La délégation norvégienne a emporté avec elle 300 kilos de poisson et 116 kilos de fromage, de peur de ne pas trouver son bonheur culinaire aux Etats-Unis. Pas de ça pour l’équipe de Suisse, dont les sept tonnes de matériel emportées dans les soutes de Swiss ne comportaient pas de nourriture. «Nous avons désormais pris l’habitude de nous fournir exclusivement avec des produits locaux, où que nous allions. Nous n’avons vraiment pas à nous plaindre dans notre hôtel ici à San Diego, la cuisine est de qualité et les produits très bons en Californie», explique Damien Mollard, le très avenant et organisé team manager de l’équipe de Suisse. N’y a-t-il vraiment pas une petite exception à la règle ? «Les compléments alimentaires ont voyagé avec nous, oui», reconnaît-il, avant de lâcher une petite confidence. «Et qui sait si dans une caisse, tout au fond, il n’y a pas un appareil à raclettes et une meule de fromage?», sourit le Fribourgeois, qui espère, comme l’ensemble de la délégation, que l’équipe de Suisse aille le plus loin possible dans ce tournoi.
Chez les joueurs, personne ne pense aux billets d'avion, aux hôtels ou aux feuilles de match. C’est précisément le travail de Damien Mollard. Si tout se passe bien, personne ne remarque son existence. Si quelque chose tourne mal, en revanche, tout le monde se tourne en panique vers lui. En tant que «team-manager», un rôle-clé, Damien Mollard a pour mission, en gros, de tout organiser. «C’est un peu exagéré», rigole-t-il, avant de corriger: «Disons plutôt: de tout coordonner, c’est plus juste.» La délégation suisse compte 66 personnes, en comptant les 26 joueurs bien sûr, et il faut penser à tout, en faisant en sorte que chacun puisse se concentrer sur son travail. Et en premier lieu, les joueurs.
Un CV impressionnant après sa carrière de joueur pro
«Tout tourne autour du secteur sportif, c’est sûr. Nous sommes là pour que les joueurs puissent penser au maximum au terrain», explique Damien Mollard, lui-même ancien joueur professionnel, passé par le Werder Brême et Lugano, mais aussi par les différentes équipes de Suisse juniors. Après sa carrière, il a entamé une sérieuse reconversion, en obtenant notamment son FIFA Master auprès du CIES ä Neuchâtel, puis en oeuvrant au CIO. De solides références qui lui ont ouvert les portes de l’ASF, où il est devenu un moteur essentiel de la grande machine.
Parmi ses missions au quotidien figure tout le travail en dehors des rassemblements, notamment de gestion du budget et d’organisation stratégique. Avant de voyager, il faut penser à tout, anticiper chaque problème potentiel, régler les questions financières et tout organiser, en lien aussi bien avec les instances organisationnelles qu’avec l’ASF, son employeur. Ce travail de coordination, souvent invisible, est essentiel. Partir en repérage sur les sites qu’utiliseront les joueurs et le staff, composer le staff, penser au moindre détail, coordonner les meetings avec les différents départements… Derrière un simple déplacement en bus, il peut y avoir cent détails cachés à régler en amont.
Que l’équipe de Suisse parte pour un court voyage de trois jours en Slovénie, ou qu’elle s’en aille disputer un grand tournoi sur un autre continent, l’organisation des voyages est un point névralgique du travail de Damien Mollard. Et la tâche est évidemment bien plus complexe lors de cette Coupe du monde nord-américaine qu’au Qatar il y a quatre ans. «On avait joué tout le tournoi dans un pays de la taille d’une ville, ou quasiment. C’est sûr que les déplacements, ce n’était pas la même chose», sourit-il, lui qui a le calendrier exact de la Nati dans la tête, heure par heure et jour par jour. Chaque match est en effet différent, le timing aussi. «A Los Angeles, on part le jour d’avant en bus, c’est un peu comme un déplacement entre Berne et Saint-Gall. A Vancouver, ce sera à J-2, en avion.» Les horaires doivent être respectés très précisément et l’improvisation n’a aucune place dans ce processus… même pour les affiches qui ne sont pas encore connues! «Bien sûr qu’on a déjà tout anticipé. Si on passe la phase de groupes, on connaît déjà les possibilités pour la suite, on les a déjà en tête», confie-t-il.
Cette organisation au millimètre vise à minimiser l’impact des imprévus, plus ou moins embêtants. Il y a les petites chicanes, les points à régler en trois minutes, et il y a les gros soucis, comme le visa de Breel Embolo. Là, Damien Mollard et ses collaborateurs transpirent un moment et adaptent le dispositif sans tarder afin de minimiser l’impact de la galère. Et déjà qu’il est toujours à disposition, le décalage horaire entre San Diego et la Suisse (neuf heures) vient encore réduire les heures de sommeil du Fribourgeois. «J’ai le téléphone toujours allumé, ça c’est sûr», confirme-t-il.
La feuille de match, sa plus grande crainte
Sa hantise est d’ailleurs identifiée, mais elle ne lui est encore jamais arrivée. Et ce n’est pas d’oublier les chaussures d’un joueur à l’hôtel. «Ca c’est le boulot du département du matériel», sourit-il. Non, la sienne est administrative, mais serait lourde de conséquences: oublier un joueur sur la feuille de match transmise une heure avant la rencontre. «Ca c’est clair que ce serait un gros problème. Qu’un joueur ne puisse pas entrer sur le terrain par ma faute… Je peux vous dire que je vérifie toujours trois fois, au minimum, chaque feuille de match. Mais des fois ce n’est pas si simple, il faut trouver le coach avant le match, avoir les bonnes informations, être sûr qu’il n’y a pas de changement.» Un petit coup de stress désormais habituel avant les rencontres et toujours bien géré jusqu’ici.
La tâche d’un team-manager est multiple, mais peut se résumer pendant les tournois par une phrase générique : mettre les joueurs dans les meilleures conditions possibles, sans aller jusqu’à céder à tous les caprices. Une fois tout le travail de management, de coordination et d’organisation stratégique effectués, il est l’heure de penser aux joueurs, une tâche pas toujours linéaire, que Damien Mollard accomplit notamment avec Amadeo Duarte, qui se rend par exemple dans les villes de match en amont afin d’effectuer les derniers préparatifs.
Les Suisses ne sont cependant pas réputés pour être des divas, et les internationaux savent bien qu’il y a des limites à ne pas franchir. «Mais nous, de notre côté, on doit être le plus professionnel possible. Certains jouent dans des clubs de très haut niveau, où le standard est très élevé. A l’ASF, on doit s’en approcher, mais en sachant bien qu’on a un budget à tenir.» Pas question, comme les Français, de privatiser un hôtel entier à Boston. Mais l’hôtel Fairmont de San Diego n’en reste pas moins de très bonne facture.
Deux billets gratuits par joueur
Si les Bleus sont souvent entourés de polémiques, comme dernièrement concernant le nombre de billets alloués à chaque joueur pour sa famille, les Suisses en sont le plus souvent épargnés. «On essaie de bien communiquer, mais les négociations existent. Là, pour cette Coupe du monde, chaque joueur a droit à deux billets gratuits. Les autres, il doit les payer.» Les familles sont également un grand enjeu, puisque l’ASF organise le voyage pour qui le désire. «On avait décidé de commencer après la Coupe du monde au Qatar, donc on a déjà mis en place ce dispositif à l’Euro en Allemagne», confie Damien Mollard.
Les familles sont placées dans un hôtel, pas loin de celui des joueurs, mais qui n’est pas le même. «Olivier Jordan travaille en amont avec les familles, des mois en avance. Olivier est team-manager des M21, et responsable Family & Friends pour l’équipe A lors du grand tournois. C’est important qu’elles soient là. Il y a des moments où les joueurs doivent être focus sur le foot, c’est évident. Mais quand vous êtes loin de la maison cinq ou six semaines, c’est bien aussi de pouvoir voir votre épouse, votre copine ou vos enfants de temps en temps. On organise des activités pour les familles qui le veulent, mais c’est facultatif bien sûr. Et il y a deux jours où ils peuvent se rencontrer : juste après le match à Los Angeles et après celui à Vancouver.»
Attention à la clim'!
L’idée est tout de même de créer une bulle autour de l’équipe, sans que celle-ci soit complètement hermétique. La leçon du Qatar, avec tous les joueurs malades à l’heure d’affronter le Portugal, a été tirée. «L’une des raisons de la maladie de certains joueurs a été le fait qu’ils n’ont pas fait assez attention à qui ils ont rencontré, ni à bien se protéger du froid. On passait de 35 degrés à l’extérieur à des hôtels et lieux fermés climatisés à l’extrême. De ce point de vue, on est mieux à San Diego, où la température extérieure n’est pas excessive», assure le Fribourgeois, lequel a compris depuis longtemps que la clé du succès se cachait dans les détails. «C’est comme pour la sécurité. Il en faut, mais nous sommes clairement une des nations les moins exposées et tant mieux.»
Chacun son boulot, c'est la base!
Surtout, dans un staff, chacun doit apprendre à rester dans son rôle, concentré sur ses tâches. «On est comme tout le monde, on a tous un avis sur le foot. Mais on doit être professionnels, c’est la base. Même quand on est à table, ou dans un groupe, pas question de commencer à parler de composition d’équipe ou de tel ou tel joueur. On est passionnés, c’est sûr, et je ne dis pas que dans une discussion à deux on ne peut pas se permettre de donner un avis, mais un staff qui fonctionne, c’est celui où chacun fait son travail.»
Pas de risques donc de le voir critiquer une composition de départ ou de souffler à Murat Yakin qu’il trouverait tel latéral droit meilleur qu’un autre ? «Pas du tout, non», sourit-il. Pendant que les supporters débattent des choix du sélectionneur, le team-manager lui, continue de compter ses tâches et de faire en sorte de n’en oublier aucune, même la plus insignifiante. Parce qu'à son poste, la meilleure journée est celle où personne ne remarque que vous étiez là, mais où tout a parfaitement fonctionné.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Mexique | 3 | 6 | 9 | |
2 | Afrique du Sud | 3 | -1 | 4 | |
3 | République de Corée | 3 | -1 | 3 | |
4 | République Tchèque | 3 | -4 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Suisse | 3 | 4 | 7 | |
2 | Canada | 3 | 5 | 4 | |
3 | Bosnie-Herzégovine | 3 | -1 | 4 | |
4 | Qatar | 3 | -8 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Brésil | 3 | 6 | 7 | |
2 | Maroc | 3 | 3 | 7 | |
3 | Écosse | 3 | -3 | 3 | |
4 | Haïti | 3 | -6 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Etats-Unis | 3 | 4 | 6 | |
2 | Australie | 3 | 0 | 4 | |
3 | Paraguay | 3 | -2 | 4 | |
4 | Turquie | 3 | -2 | 3 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Allemagne | 3 | 6 | 6 | |
2 | Côte d´Ivoire | 3 | 2 | 6 | |
3 | Equateur | 3 | 0 | 4 | |
4 | Curaçao | 3 | -8 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Pays-Bas | 3 | 6 | 7 | |
2 | Japon | 3 | 4 | 5 | |
3 | Suède | 3 | 0 | 4 | |
4 | Tunisie | 3 | -10 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Belgique | 3 | 4 | 5 | |
2 | Egypte | 3 | 2 | 5 | |
3 | Iran | 3 | 0 | 3 | |
4 | Nouvelle-Zélande | 3 | -6 | 1 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Espagne | 3 | 5 | 7 | |
2 | Cap Vert | 3 | 0 | 3 | |
3 | Uruguay | 3 | -1 | 2 | |
4 | Arabie Saoudite | 3 | -4 | 2 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | France | 3 | 8 | 9 | |
2 | Norvège | 3 | 1 | 6 | |
3 | Sénégal | 3 | 2 | 3 | |
4 | Irak | 3 | -11 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Argentine | 2 | 5 | 6 | |
2 | Autriche | 2 | 0 | 3 | |
3 | Algérie | 2 | -2 | 3 | |
4 | Jordanie | 2 | -3 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Colombie | 2 | 3 | 6 | |
2 | Portugal | 2 | 5 | 4 | |
3 | République Démocratique du Congo | 2 | -1 | 1 | |
4 | Ouzbékistan | 2 | -7 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Angleterre | 2 | 2 | 4 | |
2 | Ghana | 2 | 1 | 4 | |
3 | Croatie | 2 | -1 | 3 | |
4 | Panama | 2 | -2 | 0 |

