Le paradoxe américain
A Philadelphie, le foot se joue sur des terrains de baseball

Le Mondial 2026 enflamme les États-Unis, les chiffres de popularité du soccer explosent. Mais pour Isaac, Philadelphien passionné, le problème reste le même: trouver où jouer.
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Isaac est contraint d'utiliser un terrain de... baseball pour jouer au foot à Philadelphie.
Photo: DR
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Bastien FellerJournaliste Blick

Chaleur écrasante samedi après-midi à Philadelphie, sur un Baseball Diamond du centre-ville. Pas de buts. Pas de lignes au sol. Une pelouse irrégulière, de mauvaise qualité. Et un trentenaire, seul avec son ballon, qui enchaîne les jongles et les conduites de balle. Il s'agit d'Isaac, fan de la Juventus depuis qu'il a vu jouer Gianluigi Buffon lors de la finale du Mondial 2006. Il vient taper dans le ballon ici, faute de mieux.

«Les rares terrains qui existent sont payants», explique-t-il. Alors il joue seul, sur un terrain qui n'était pas fait pour ça. Ses amis, eux, restent indifférents au sport qui a bercé toute sa famille. Une scène presque anecdotique. Mais qui résume bien un paradoxe: celui que traverse le football aux USA en cet été 2026. Un engouement national, porté par la Coupe du monde organisée sur place. Et des fondations encore fragiles à l'échelle locale.

«Le problème, c'est de trouver où jouer»

À quelques kilomètres de là, le Mondial attire les regards de la planète entière. Philadelphie, et son Lincoln Financial Field, accueille des matches de la Coupe du monde. Les écrans diffusent les rencontres dans les bars. Une fan zone de 15'000 places a été organisée à Lemon Hill. Les maillots sont omniprésents dans les rues. Pourtant, pour certains habitants, pratiquer ce sport reste plus compliqué qu'il n'y paraît.

«Le problème, ce n'est pas de trouver des gens qui aiment le foot. Le problème, c'est de trouver où jouer», lâche cet amateur. Les chiffres lui donnent raison. Selon l'institut YouGov, la part d'Américains qui se déclarent supporters actifs du foot est passée de 8% à 12% depuis le Mondial 2022 au Qatar. Chez les 18-34 ans, la proportion grimpe à 23%, contre 13% avant cette même édition.

Le «soccer» devient même, avec le basket, l'un des seuls sports plus populaires chez les jeunes que dans l'ensemble de la population. Troisième discipline favorite des Américains, désormais, devant le baseball. Le phénomène déborde largement le cadre sportif: le maire de New York, Zohran Mamdani, a récemment été photographié portant les couleurs d'Arsenal.

Le foot par le haut, pas encore par la base

Cette dynamique doit aussi beaucoup à la Major League Soccer, qui investit massivement pour structurer le championnat. Et à Lionel Messi, depuis son arrivée à l'Inter Miami. Selon le propriétaire du club, le nombre d'abonnés au pass MLS sur Apple TV a plus que doublé depuis la signature de l'Argentin.

Mais cette croissance se construit «par le haut». Investissements. Stars. Marketing. Exposition médiatique. Ce qui se passe à la base, en revanche, est une autre histoire. Le sport manque encore d'un ancrage culturel profond. Celui que possèdent le football américain ou le basket, installés depuis des générations dans le tissu scolaire du pays.

Le système américain de formation fonctionne très largement sur un modèle dit «pay to play». Rejoindre une académie sérieuse peut coûter plusieurs dizaines de milliers de dollars par an. Quant aux terrains municipaux gratuits dédiés au foot, ils restent rares dans beaucoup de villes. Nombre de joueurs amateurs se replient, comme Isaac, sur des espaces détournés de leur usage premier.

L'université, puis plus rien

«Une fois sorti du lycée ou de l'université, de nombreux joueurs arrêtent de jouer car ils ne trouvent nulle part où aller», souffle le Philadelphien. La plus grande ville de Pennsylvanie n'est pas un cas isolé. Un rapport de l'Aspen Institute publié en avril 2026 sur la région de New York et du nord du New Jersey a documenté un déséquilibre marqué entre la demande de terrains et l'offre disponible. Mêmes constats du côté de Boston, où la FIFA et l'US Soccer Foundation ont dû lancer la construction de nouveaux terrains avant le coup d'envoi du tournoi.

Conscients du problème, certains sponsors du Mondial ont tenté d'y répondre. Visa et Bank of America, en partenariat avec l'association Street Soccer USA, ont annoncé la construction de onze parcs de «street soccer» dans les villes hôtes. Philadelphie, de son côté, a investi plusieurs millions de dollars pour transformer le Lincoln Financial Field — le stade des Eagles, en NFL — aux dimensions réglementaires de la FIFA. Un chantier qui illustre bien la priorité donnée, pour l'instant, aux grandes infrastructures. Pas aux terrains de quartier.

Un décalage, aussi, avec l'Europe

À ces obstacles matériels s'ajoute une difficulté plus diffuse pour le football aux USA. Le décalage horaire avec l'Europe, où se jouent les plus grandes compétitions de clubs, pose problème. Sur la côte Est, la Champions League se joue souvent en plein milieu de l'après-midi. En pleine journée de travail. «C'est compliqué de s'enthousiasmer pour un match à cette heure-ci», regrette Isaac. Un horaire qui limite l'audience à un noyau de passionnés déjà convaincus. Sans permettre une adhésion plus large.

C'est en partie ce que la diffusion télévisée a tenté de corriger ces dix dernières années. Depuis que NBC a acquis les droits de la Premier League en 2013, le championnat anglais bénéficie d'une exposition inédite aux États-Unis. Des matches programmés le samedi matin, une plage horaire pensée pour le public local. De quoi installer, peu à peu, une vraie culture du «Premier League morning» dans les bars du pays.

Cette ferveur, dopée par l'effet Mondial, survivra-t-elle à l'été 2026? En attendant de le savoir, sur le terrain de baseball mal taillé du centre de Philadelphie, le foot continue de se jouer comme il peut.

Coupe du monde 2026 – Groupe A
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Mexique
Mexique
2
3
6
2
République de Corée
République de Corée
2
0
3
3
République Tchèque
République Tchèque
2
-1
1
4
Afrique du Sud
Afrique du Sud
2
-2
1
Playoffs
Groupe B
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Canada
Canada
2
6
4
2
Suisse
Suisse
2
3
4
3
Bosnie-Herzégovine
Bosnie-Herzégovine
2
-3
1
4
Qatar
Qatar
2
-6
1
Playoffs
Groupe C
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Brésil
Brésil
2
3
4
2
Maroc
Maroc
2
1
4
3
Écosse
Écosse
2
0
3
4
Haïti
Haïti
2
-4
0
Playoffs
Groupe D
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Etats-Unis
Etats-Unis
2
5
6
2
Australie
Australie
2
0
3
3
Paraguay
Paraguay
2
-2
3
4
Turquie
Turquie
2
-3
0
Playoffs
Groupe E
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Allemagne
Allemagne
2
7
6
2
Côte d´Ivoire
Côte d´Ivoire
2
0
3
3
Equateur
Equateur
2
-1
1
4
Curaçao
Curaçao
2
-6
1
Playoffs
Groupe F
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Pays-Bas
Pays-Bas
2
4
4
2
Japon
Japon
2
4
4
3
Suède
Suède
2
0
3
4
Tunisie
Tunisie
2
-8
0
Playoffs
Groupe G
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Egypte
Egypte
2
2
4
2
Iran
Iran
2
0
2
3
Belgique
Belgique
2
0
2
4
Nouvelle-Zélande
Nouvelle-Zélande
2
-2
1
Playoffs
Groupe H
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Espagne
Espagne
2
4
4
2
Uruguay
Uruguay
2
0
2
3
Cap Vert
Cap Vert
2
0
2
4
Arabie Saoudite
Arabie Saoudite
2
-4
1
Playoffs
Groupe I
Équipe
J.
DB.
PT.
1
France
France
2
5
6
2
Norvège
Norvège
2
4
6
3
Sénégal
Sénégal
2
-3
0
4
Irak
Irak
2
-6
0
Playoffs
Groupe J
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Argentine
Argentine
2
5
6
2
Autriche
Autriche
2
0
3
3
Algérie
Algérie
2
-2
3
4
Jordanie
Jordanie
2
-3
0
Playoffs
Groupe K
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Colombie
Colombie
1
2
3
2
République Démocratique du Congo
République Démocratique du Congo
1
0
1
3
Portugal
Portugal
1
0
1
4
Ouzbékistan
Ouzbékistan
1
-2
0
Playoffs
Groupe L
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Angleterre
Angleterre
1
2
3
2
Ghana
Ghana
1
1
3
3
Panama
Panama
1
-1
0
4
Croatie
Croatie
1
-2
0
Playoffs
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