«Rien n'est impossible»
Edin Dzeko, le cri du coeur de l'enfant de Sarajevo

Ce jeudi, la Nati affronte la Bosnie-Herzégovine et son capitaine de 40 ans, Edin Dzeko (21h00). Derrière le buteur, il y a un gamin qui a survécu à quatre ans de siège. Il a écrit une lettre bouleversante aux enfants de son pays.
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À 40 ans, Edin Dezko est toujours l'un des meilleurs attaquants du monde.
Photo: FIFA via Getty Images
Blick Sport

Il a 40 ans, le dos qui hurle au réveil et la boîte d'antidouleurs à portée de main. Ce jeudi soir, Edin Dzeko sera sur le terrain face à la Suisse. Et avant de fouler les pelouses nord-américaines, le vétéran avait tenu à parler. Pas aux journalistes. Aux enfants. Dans un cri du cœur publié sur «The Players' Tribune», il leur a adressé un seul message: rien n'est impossible. «Rien», insiste-t-il.

Pour comprendre cette phrase, il faut remonter loin. Très loin. Et c'est lui qui le raconte.

Derrière le meuble à chaussures

Edin a six ans quand les premières sirènes déchirent Sarajevo. Sa mère l'attrape et tous deux se cachent derrière le meuble à chaussures. C'est le jour un. Le siège durera quatre ans.

Quand la maison familiale devient trop dangereuse, ils s'entassent dans l'appartement des grands-parents. Quarante mètres carrés. Quinze personnes qui dorment par terre, cousins, oncles, tantes mêlés. Dehors, les snipers ont encerclé la ville. Alors les enfants jouent au Monopoly, assis contre le balcon, pendant des heures. Parfois le sol tremble sous les bombes et les pions valsent à travers la pièce.

«Mais le temps d'une partie, écrit Edin Dzeko dans sa lettre ouverte, tout le monde oubliait que le monde s'écroulait autour de nous.» Quelques minutes volées. Le droit, juste un instant, de redevenir des gosses.

Le sourire de sa mère

Comment enfermer un enfant pendant quatre ans? On ne peut pas. Alors, quand le calme revenait, sa mère ouvrait la porte et le laissait filer jouer dehors. Dzeko n'a jamais oublié ce regard. Un sourire fragile, parce qu'elle était heureuse de le voir courir. Et dans les yeux, la peur qu'il ne revienne jamais.

«Il fallait aussi survivre, se souvient-il. Les ascenseurs ne fonctionnaient plus, l'électricité non plus. Pour l'eau, on remplissait des seaux et on grimpait les étages à pied. J'ai dû être le gamin le plus en forme de Sarajevo.» La nourriture? «Un combat quotidien. Parfois, des caisses tombaient du ciel comme par magie. Des rations militaires.» Les enfants les appelaient leurs «boîtes-repas». «Quand on mange la même chose chaque jour, le beurre de cacahuète a le goût d'un cadeau tombé des nuages», remarque-t-il.

Au bout du compte, ils ont survécu. Et il garde une colère intacte. Tous ces innocents tués, pour quoi? «Pour l'argent. Le pouvoir. L'ego. Pour rien.» Aujourd'hui, quand la guerre revient au journal télévisé, il dit se sentir malade. «Les adultes n'apprennent jamais.»

Une banane et trois mots

Le siège se termine. Edin a presque dix ans. Les terrains sont calcinés, l'herbe a brûlé. Il continue pourtant à jouer, simplement parce qu'il aime ça. Son père livre des gâteaux et du pain, mais il s'arrange pour le conduire à l'entraînement. «Sur la route, il me répète d'être bon avec tout le monde, peu importe d'où l'on vient. À chaque fois que je sortais de la voiture, mon père me tendait une banane et me disait trois mots: 'Bonne chance, fiston'.»

Le week-end, ils regardent la Serie A à la télé. Edin idolâtre Andreï Shevchenko, le «Sheva» de l'AC Milan. Blond, buteur, on finit par le surnommer comme son héros. L'Italie lui semble un pays de conte de fées, de l'autre côté du monde. Alors qu'il n'y a finalement «que» l'Adriatique à traverser. Y jouer un jour? Impensable.

Puis tout s'enchaîne. À 19 ans, un entraîneur l'emmène en République tchèque. Teplice le rachète pour 25'000 euros. Deux ans plus tard, c'est Wolfsburg, où il échange enfin son maillot avec Sheva. Puis Manchester City, pour 37 millions. Puis la Roma. «J'ai grandi avec la guerre. Et soudain, je vivais un conte de fées.»

Le père qui boitait en pleurant

2014. La Bosnie se qualifie pour son tout premier Mondial, en Lituanie. Au coup de sifflet final, des supporters bosniens escaladent les murs du stade, hauts de deux mètres, et se laissent tomber sur le béton pour envahir la pelouse.

Dzeko voit alors un homme courir vers lui, plus lentement que les autres. Il boite, les larmes aux yeux. C'est son père. «Papa, qu'est-ce qui t'arrive?» «Je me suis blessé en sautant. Mais ne t'inquiète pas: là, tout de suite, je ne sens aucune douleur!» Ils se sont serrés dans les bras et ils ont pleuré.

Le plus long millième de seconde de sa vie

Mars dernier, Dzeko fête ses 40 ans. Ou plutôt non: c'est le Ramadan, et il y a du travail, contre le Pays de Galles puis l'Italie. «D'accord, ça sera ma fête à moi», se dit-il. Menés 1-0 face aux Gallois, il voit le tableau d'affichage: 85e minute. La panique. Le temps file. Et sur un corner, le petit défenseur qui le marque ne fait pas le poids. Une déviation, et le ballon est au fond. Lui qui a perdu ses quatre séances de tirs au but en carrière laisse les jeunes finir le travail. «Eux ne réfléchissent pas trop, contrairement à nous, les vétérans», rigole-t-il.

Puis l'Italie, à Zenica. Dzeko se blesse à l'épaule dans les dernières minutes et doit sortir. Vient la séance de tirs au but. Lui ne regarde pas. Il ne peut pas supporter toute cette pression. Le staff lui bande encore le bras contre la poitrine, les entraîneurs lui bouchent la vue. Alors il écoute. La foule rugit, l'Italie manque, manque encore. Quand Esmir s'avance pour le penalty décisif, le sélectionneur se retourne: «Moi non plus, je ne peux pas regarder.» Les deux hommes collent leurs fronts, ferment les yeux.

Ils entendent la frappe. La foule fait «Ahhhh». Le gardien effleure le ballon. La foule fait «Ohhh». Un silence. «Le plus long millième de seconde de ma vie», écrit Edin Dzeko. Puis l'explosion. Cris, fumigènes, feux d'artifice. Il lève les yeux au ciel et hurle. Vingt secondes durant. Son petit pays retournait à la Coupe du monde douze ans plus tard.

«Le monde est à vos pieds»

A 40 ans, chaque réveil est une épreuve, chaque fête manquée pèse, chaque été sacrifié laisse une trace. Mais dès qu'il entre sur le terrain, il redevient un gamin, le ventre noué et des étoiles dans les yeux. «Sans les mauvais moments, les bons n'arrivent jamais», philosophe-t-il très justement. 

Il dit jouer pour les siens. Pour les gosses dans les rues de Sarajevo. Pour toutes les cultures et religions qui font la beauté de son pays, même quand certains essaient encore de le déchirer. «Ils n'y arriveront jamais», promet-il. Et de conclure, à l'adresse des enfants: «N'oubliez jamais d'où vous venez. Vous êtes Bosniens. Le monde est à vos pieds et rien n'est impossible. Absolument rien.»

Ce jeudi soir, la Suisse aura face à elle un adversaire redoutable. Et un homme qui sait, mieux que personne, qu'il ne faut jamais cesser d'y croire.

Coupe du monde 2026 – Groupe A
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Mexique
Mexique
1
2
3
2
République de Corée
République de Corée
1
1
3
3
République Tchèque
République Tchèque
1
-1
0
4
Afrique du Sud
Afrique du Sud
1
-2
0
Playoffs
Groupe B
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Suisse
Suisse
1
0
1
2
Canada
Canada
1
0
1
3
Qatar
Qatar
1
0
1
4
Bosnie-Herzégovine
Bosnie-Herzégovine
1
0
1
Playoffs
Groupe C
Équipe
J.
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1
Écosse
Écosse
1
1
3
2
Maroc
Maroc
1
0
1
3
Brésil
Brésil
1
0
1
4
Haïti
Haïti
1
-1
0
Playoffs
Groupe D
Équipe
J.
DB.
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1
Etats-Unis
Etats-Unis
1
3
3
2
Australie
Australie
1
2
3
3
Turquie
Turquie
1
-2
0
4
Paraguay
Paraguay
1
-3
0
Playoffs
Groupe E
Équipe
J.
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PT.
1
Allemagne
Allemagne
1
6
3
2
Côte d´Ivoire
Côte d´Ivoire
1
1
3
3
Equateur
Equateur
1
-1
0
4
Curaçao
Curaçao
1
-6
0
Playoffs
Groupe F
Équipe
J.
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1
Suède
Suède
1
4
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2
Japon
Japon
1
0
1
3
Pays-Bas
Pays-Bas
1
0
1
4
Tunisie
Tunisie
1
-4
0
Playoffs
Groupe G
Équipe
J.
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1
Nouvelle-Zélande
Nouvelle-Zélande
1
0
1
2
Iran
Iran
1
0
1
3
Belgique
Belgique
1
0
1
4
Egypte
Egypte
1
0
1
Playoffs
Groupe H
Équipe
J.
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1
Uruguay
Uruguay
1
0
1
2
Arabie Saoudite
Arabie Saoudite
1
0
1
3
Espagne
Espagne
1
0
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4
Cap Vert
Cap Vert
1
0
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Playoffs
Groupe I
Équipe
J.
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Norvège
Norvège
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3
3
2
France
France
1
2
3
3
Sénégal
Sénégal
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0
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Irak
Irak
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Playoffs
Groupe J
Équipe
J.
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Argentine
Argentine
1
3
3
2
Autriche
Autriche
1
2
3
3
Jordanie
Jordanie
1
-2
0
4
Algérie
Algérie
1
-3
0
Playoffs
Groupe K
Équipe
J.
DB.
PT.
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Colombie
Colombie
1
2
3
2
République Démocratique du Congo
République Démocratique du Congo
1
0
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3
Portugal
Portugal
1
0
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Ouzbékistan
Ouzbékistan
1
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0
Playoffs
Groupe L
Équipe
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1
Angleterre
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3
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Ghana
Ghana
1
1
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Panama
Panama
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-1
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Croatie
Croatie
1
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Playoffs
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