Le moment de fixer les objectifs avant une compétition est toujours très solennel et il est important que toutes les parties prenantes soient parfaitement alignées. Il arrive parfois que les objectifs à l'intérieur d'un groupe ne soient pas ceux communiqués à l'extérieur, afin de s'enlever un peu de pression.
Alors, Murat Yakin, Pierluigi Tami et le service communication de l'ASF ont bien réfléchi avant cette Coupe du monde et ont convenu d'une formule officielle, à répéter à l'envi: la Nati s'envole pour les Etats-Unis, le Mexique et le Canada dans l'optique d'y disputer «la meilleure Coupe du monde de l'histoire» pour une sélection suisse.
Les objectifs ne sont pas toujours alignés
Granit Xhaka, le chef des joueurs, l'a d'ailleurs reprise à son compte mot pour mot, preuve que la cohésion n'est pas de façade. Et le capitaine de la Nati sait bien à quel point il peut être casse-gueule de faire cavalier seul, lui qui s'était beaucoup trop emballé avant les qualifications pour l'Euro 2024 en parlant de «faire dix sur dix», c'est-à-dire gagner tous les matches, dans un groupe composé de la Roumanie, du Kosovo, d'Israël, d'Andorre et de la Biélorussie. Au final, la Suisse avait terminé deuxième, mais qualifiée, avec quatre victoires, cinq nuls et une défaite... L'objectif du coach et de la Fédération avait été atteint, pas celui du capitaine. Cette fois, à l'heure de monter dans l'avion pour San Diego ce mardi à 11h à Kloten, tout le monde parle d'une même voix.
Reste à savoir ce que veut dire l'expression: «Meilleure Coupe du monde de l'histoire». Sur le plan des résultats, la Suisse n'a jamais fait mieux qu'un quart de finale, en 1954, à une autre époque. «Mais il n'y a pas que le résultat qui compte. La manière dont l'on va jouer, les émotions que l'on va procurer... Tout cela va avoir une influence dans le bilan», explique-t-on à l'interne à l'ASF. En clair, une élimination glorieuse après un match épique en quarts de finale après deux belles prestations en seizièmes et en huitièmes pourrait faire l'affaire.
Pour atteindre cet objectif, et entrer dans l'histoire du football suisse, Murat Yakin entend bien tirer les leçons du Qatar et de cet inoubliable, dans le mauvais sens du terme, huitième de finale face au Portugal (1-6). Le staff a été très largement renforcé, dans tous les domaines (nutrition, sommeil, préparation physique...) afin de mieux gérer les a-côtés et tout l'aspect extra-footballistique. Et pour ce qui est du terrain, la Nati n'a jamais semblé aussi forte, même si le sélectionneur a pris une décision très forte, et largement commentée ces derniers jours en se privant de plusieurs jeunes talents comme Alvyn Sanches, Zachary Athekame, Sascha Britschgi et Joël Monteiro.
«La priorité absolue, c'est la vie de groupe»
«Est-ce que nous avons privilégié l'expérience? Oui», a admis sans détour Pierluigi Tami, directeur des équipes nationales. Murat Yakin l'a encore affirmé avec force ce dimanche, après le succès face à la Jordanie. «La compétition va durer plusieurs semaines, en tout cas nous l'espérons. La priorité absolue, c'est la vie de groupe», a affirmé le sélectionneur. Des paroles qui peuvent sembler banales et «bateau», mais qui ne le sont pas pour qui prend le temps d'écouter vraiment ce que dit l'ancien défenseur central et d'analyser ses décisions.
En clair, Murat Yakin assume totalement son choix d'emmener des joueurs connaissant et acceptant leur rôle, quitte à avoir une sélection moins douée techniquement. Tous trois présents face à la presse cette semaine à Saint-Gall (ce qui n'était pas un hasard non plus), Cédric Itten, Miro Muheim et Christian Fassnacht ont chacun dit la même phrase à un moment donné de leur prise de parole: «Le sélectionneur sait ce que je peux apporter et je suis prêt à le faire en cours de match, même si je joue quelques minutes.» Ou même pas du tout, a ajouté Christian Fassnacht avec énormément de franchise, en rappelant tout de même pour défendre sa présence son entrée en jeu décisive lors du fameux 8es de finale victorieux contre la France à l'Euro 2021.
Cela ne veut pas dire que les jeunes talents que sont Alvyn Sanches, Zachary Athekame, Sascha Britschgi et Joël Monteiro n'auraient pas accepté leur rôle, attention. Tous ont une bonne mentalité et n'ont jamais causé de problème dans leur carrière, ce que Murat Yakin sait parfaitement. Difficile, et même carrément impossible, d'imaginer l'un de ces quatre joueurs s'épancher sur Instagram après le premier tour en regrettant de ne pas être entré en jeu, ou d'avoir joué un rôle annexe. Mais Murat Yakin est très attentif à la gestion de la frustration et garde un souvenir très frais de l'Euro 2024 et de l'attitude boudeuse de Noah Okafor, lequel tirait franchement la gueule à l'entraînement en constatant qu'il ne figurait pas dans les plans du sélectionneur.
Murat Yakin n'est pas borné, et a appelé l'attaquant de Leeds pour ce Mondial, mais en mettant très largement les choses au point avec lui en amont. La relation est apaisée, et Noah Okafor sait qu'il n'a plus le droit à l'erreur: s'il se plaint une seule fois de son sort, il prend le premier avion depuis San Diego pour Kloten. Pour le dire clairement: en sélectionnant des joueurs de devoir, plus que des jeunes ambitieux, Murat Yakin s'évite le délicat problème de devoir gérer des émotions négatives nées d'une éventuelle frustration.
Pas de «Nebengeräusche»!
Une autre preuve? Il suffit d'écouter attentivement le sélectionneur, encore une fois. Dimanche à Saint-Gall, il a été interrogé sur ce qui ferait la différence entre une Coupe du monde réussie ou ratée, au-delà de l'aspect purement footballistique. La réponse de Murat Yakin a été limpide: «Faire ce que l'on fait bien depuis un moment: éviter les 'Nebengeräusche'». Les bruits perturbateurs. Ceux qui déstabilisent une équipe et dérèglent un collectif. Parfois, ils viennent de l'extérieur et il suffit de créer une bulle au sein de l'équipe pour s'en protéger. Mais parfois ils viennent de l'intérieur. Et ceux-là, Murat Yakin préfère les prévenir en les coupant à la racine, quitte à prendre des décisions impopulaires et difficilement compréhensibles vu de l'extérieur.
Le rassemblement de mars a compté. Oui, mais...
Et au passage, pour justifier sa décision, le technicien a encore lâché deux vérités dimanche, s'appuyant sur le 4-1 de Christian Fassnacht face à la Jordanie («Il sait où se trouve le but») et assumant qu'il s'était également appuyé sur le rassemblement de mars pour faire ses choix. Une manière de rappeler, sans le dire, qu'Alvyn Sanches n'avait pas fait deux bonnes entrées face à l'Allemagne et en Norvège. Et qu'il ne comptait aucun match référence dans sa carrière hors de la Super League, puisque ses performances en Europa League avec YB ont été neutres, au mieux. Mais cette explication a ses limites: Joël Monteiro avait été très bon lors de ses entrées en mars... et Christian Fassnacht et Cédric Itten n'étaient pas là.
Cette logique de construction de groupe est critiquable, Murat Yakin en est conscient, et elle a d'ailleurs fait l'objet de nombreux commentaires négatifs. Elle pose un problème évident et flagrant en ce qui concerne la relève tant il est indéniable qu'il aurait été bon pour l'avenir de cette équipe indéniablement vieillissante (Granit Xhaka, Ricardo Rodriguez, Remo Freuler...) qu'Alvyn Sanches (23 ans), par exemple, puisse vivre un tournoi de l'intérieur avant de jouer un rôle en vue avec la Nati dans les suivants. Simplement pour prendre de l'expérience, ajouter du vécu et grandir. Qui sera le plus utile à la Nati à l'Euro 2028 ou à la Coupe du monde 2030: Christian Fassnacht et ses 32 ans ou lui? La réponse est évidente et Murat Yakin assume de sacrifier une partie de l'avenir de la Nati pour un gain immédiat. Le pari est discutable, mais il est assumé.
En une phrase: Murat Yakin a pris une décision impopulaire et risquée à long terme pour privilégier l'unité de son groupe sur le très court terme.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Mexique | 0 | 0 | 0 | |
2 | Afrique du Sud | 0 | 0 | 0 | |
3 | République de Corée | 0 | 0 | 0 | |
4 | République Tchèque | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Canada | 0 | 0 | 0 | |
2 | Bosnie-Herzégovine | 0 | 0 | 0 | |
3 | Qatar | 0 | 0 | 0 | |
4 | Suisse | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Brésil | 0 | 0 | 0 | |
2 | Maroc | 0 | 0 | 0 | |
3 | Haïti | 0 | 0 | 0 | |
4 | Écosse | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Etats-Unis | 0 | 0 | 0 | |
2 | Paraguay | 0 | 0 | 0 | |
3 | Australie | 0 | 0 | 0 | |
4 | Turquie | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Allemagne | 0 | 0 | 0 | |
2 | Curaçao | 0 | 0 | 0 | |
3 | Côte d´Ivoire | 0 | 0 | 0 | |
4 | Equateur | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Pays-Bas | 0 | 0 | 0 | |
2 | Japon | 0 | 0 | 0 | |
3 | Suède | 0 | 0 | 0 | |
4 | Tunisie | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Belgique | 0 | 0 | 0 | |
2 | Egypte | 0 | 0 | 0 | |
3 | Iran | 0 | 0 | 0 | |
4 | Nouvelle-Zélande | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Espagne | 0 | 0 | 0 | |
2 | Cap Vert | 0 | 0 | 0 | |
3 | Arabie Saoudite | 0 | 0 | 0 | |
4 | Uruguay | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | France | 0 | 0 | 0 | |
2 | Sénégal | 0 | 0 | 0 | |
3 | Irak | 0 | 0 | 0 | |
4 | Norvège | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Argentine | 0 | 0 | 0 | |
2 | Algérie | 0 | 0 | 0 | |
3 | Autriche | 0 | 0 | 0 | |
4 | Jordanie | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Portugal | 0 | 0 | 0 | |
2 | République Démocratique du Congo | 0 | 0 | 0 | |
3 | Ouzbékistan | 0 | 0 | 0 | |
4 | Colombie | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Angleterre | 0 | 0 | 0 | |
2 | Croatie | 0 | 0 | 0 | |
3 | Ghana | 0 | 0 | 0 | |
4 | Panama | 0 | 0 | 0 |

