Jamie Welch et Adrian Ursea veulent tous deux le bien d'Yverdon Sport, mais ces deux hommes ont une conception différente du timing. Ce n'est même pas malsain, c'est même au fond assez habituel dans le fonctionnement d'un club de football: le président et propriétaire veut aller vite, le technicien réclame du temps. Mais dans le cas d'Yverdon Sport, ces deux positions sont peut-être un peu plus marquées qu'ailleurs et assez intéressantes à observer.
Jamie Welch est l'homme qui paie les salaires et il n'a pas envie de passer une deuxième saison consécutive en Challenge League, ce qu'il a clairement exprimé envers Blick en fin d'année. Oui, Vaduz et Aarau ont de l'avance. Mais pas question de ne pas aller chercher l'un des deux premiers et, donc, de disputer un barrage, potentiellement face à Grasshopper. Adrian Ursea, lui, voit le résultat comme la conséquence d'un processus et non pas comme une fin en soi. Et, on le redit, ce n'est pas le premier couple «président-entraîneur» qui fonctionne ainsi.
Une saison pour apprendre?
Ainsi, quand Yverdon galère à trouver la faille vendredi soir contre Nyon devant un Stade municipal garni d'à peine plus de 1000 spectateurs, le technicien roumain considère que ce genre de difficultés font partie de l'apprentissage d'une équipe en reconstruction. Lui voit cette première saison après la relégation en Challenge League comme celle de la mise en place de ses principes, et la prochaine comme celle où YS en récoltera les fruits. Il y a des étapes à ne pas brûler et il faut le temps d'apprendre savoir comment contourner un bloc bas, faire le geste juste, trouver la faille dans le bon timing. Et ça, ce n'est pas une question d'investissement ou de milliers de francs dépensés, c'est une question de temps et de travail.
«Ce qui nous a manqué ce soir, c'est d'être un peu plus patients, de trouver des joueurs bien démarqués et de combiner à une touche de balle. On a précipité les choses et on n'a pas eu le temps de mettre en place des structures d'attaque qui nous serviront très certainement pour pouvoir empêcher l'adversaire, s'il récupère le ballon, de partir en contre», a ainsi déclaré Adrian Ursea à Blick après la rencontre, là où de nombreux techniciens auraient simplement répondu «l'efficacité», nous renvoyant aux «Expected goals». Le Roumain, lui, voit son métier autrement et attache une énorme importance aux «principes» et à la «structure».
Plus facile contre Servette que contre Nyon?
«Bien sûr, parce que sinon on joue au hasard. Et dans les jeux de hasard, parfois tu gagnes et souvent tu perds. Moi, je veux réduire cette part de risque», a-t-il enchaîné. «Donc, il faut construire une idée de jeu. C'est ce qui prend du temps et que peut-être les gens ne comprennent pas toujours.» Et il y a l'adversaire, bien sûr, qui, lorsqu'il vient ouvrir le jeu comme Lausanne et Servette en Coupe se retrouve puni. «Leur jeu nous convenait. Mais en Challenge League, c'est très souvent l'inverse. Alors oui, on doit s'améliorer contre les blocs bas qui nous sont imposés. Et ça, de nouveau, ça passe par l'entraînement et le travail.» Et ça demande du temps.
Si Yverdon a fini par s'imposer ce vendredi face à Nyon (1-0), ce n'est cependant pas grâce à une action construite à une ou deux touches, mais bien sur un corner dévié dans son propre but par un défenseur nyonnais. Robin Golliard relevait comme son entraîneur que bouger un bloc bas n'est pas la tâche la plus facile dans le football d'élite. «Ils ont bien défendu, on s'y attendait. Mais on a assuré l'essentiel, on a fait un match cohérent. On a essayé de prendre le temps de poser nos actions, même si on ne l'a pas toujours bien fait», explique le Gruérien, héros de la Coupe face à Lausanne.
Voilà donc Yverdon vainqueur et revenu à sept points d'Aarau, battu dans le même temps (4-2) par Stade-Lausanne-Ouchy, ce qui fera plaisir à Jamie Welch, mais aussi aux joueurs d'YS bien évidemment. Les Argoviens sont désormais dans le viseur et Robin Golliard, invité à réagir à cette bonne nouvelle, a commencé par parler de... principes de jeu. «On essaie toujours de les mettre en place. Bien sûr qu'on regarde ce que font les autres, mais on se concentre surtout sur notre jeu et ce qu'on a à faire, que ce soit en match ou à l'entraînement.»
«L'idée, c'est de réduire l'écart»
Une fois que Blick a rapporté ces paroles à Adrian Ursea, un sourire arrive sur le visage du technicien. «J'aime bien que mes joueurs parlent comme ça, c'est vrai», admet-il. Sans pour autant que les résultats soient oubliés. «Cela fait quelques matches en arrière maintenant que j'ai dit à l'équipe que l'écart de douze points, à l'époque, entre Vaduz, Aarau et nous était trop élevé par rapport à ce que les trois équipes montrent sur le terrain. L'idée, maintenant, c'est de réduire cet écart au maximum. Ce soir, on a repris trois points sur Aarau, tant mieux, mais l'idée, c'est que l'on reste concentrés sur ce que l'on doit faire et sur ce que l'on doit améliorer encore. Et après, si on doit les rattraper, on va les rattraper. Et si on n'y arrive pas, cela voudra dire qu'on n'aura pas fait ce qu'il fallait... cette année.» Le timing, toujours.
Des principes et une structure
Les joueurs, en tout cas, adhèrent, à en croire Robin Golliard. «C'est un grand coach, on sait tous par où il est passé, on est très attentifs à toute l'expérience qu'il a pu engranger et à ses énormes qualités tactiques. On suit ce qu'il veut mettre en place et, si j'ai parlé de principes avant, c'est parce que ce sont des mots qu'on entend tous les jours à l'entraînement, qu'on étudie à la vidéo. Il n'y a pas une séance sans qu'on entende parler de ces principes.» Ce qui ne veut pas pour autant dire que les attaquants sont bridés. «Au contraire. On met justement des principes en place pour amener le ballon dans la dernière zone et après, c'est le talent des attaquants et des ailiers qui doit faire la différence. En fait, tout est orienté pour nous mettre dans les meilleures dispositions pour avoir des un contre un et être décisifs.»
Anthony Baron, un renfort très appréciable
Si Yverdon a perdu son ailier haut-valaisan Mauro Rodrigues, parti en Ukraine au FK Oleksandria, il a récupéré Anthony Baron dans les dernières heures du mercato. L'élégant gaucher s'est engagé jusqu'en 2028 et Adrian Ursea s'en réjouit particulièrement. «J'en suis très content, son arrivée va créer une concurrence saine, il a une expérience du haut niveau qui va nous permettre d'améliorer encore plus notre jeu depuis derrière. Chez nous, les premiers attaquants sont le gardien et les défenseurs. Quand on joue contre des blocs bas, on est obligés d'avoir de la qualité de relance derrière. C'est un joueur sur lequel le club a envie de construire.» Un temps. Adrian Ursea reprend. «Il n'est pas uniquement là pour maintenant, mais aussi pour l'avenir.» Là aussi, une question de timing, toujours.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Vaduz | 22 | 26 | 52 | |
2 | FC Aarau | 22 | 13 | 49 | |
3 | Yverdon Sport FC | 22 | 15 | 42 | |
4 | FC Stade-Lausanne-Ouchy | 22 | 10 | 35 | |
5 | Neuchatel Xamax FCS | 22 | 0 | 31 | |
6 | FC Rapperswil-Jona | 22 | -9 | 25 | |
7 | FC Stade Nyonnais | 22 | -7 | 21 | |
8 | FC Wil | 22 | -16 | 21 | |
9 | Etoile Carouge FC | 22 | -12 | 18 | |
10 | AC Bellinzone | 22 | -20 | 14 |