L’improbable scénario, qui aurait pu propulser le Red Star en Ligue 1 dès samedi soir, n’a pas eu lieu. Mais après leur match nul contre Montpellier (1-1), les Parisiens peuvent toujours rêver d’accéder au grand monde. Et Théo Magnin avec eux, puisqu’il s’est progressivement installé dans le couloir droit ce printemps. L’ex-Servettien de 22 ans sait à quel point le chemin est encore long.
Tout commence par un «Magninico», ce mardi soir au Stade Bauer, face au Rodez de «l’autre Genevois» Mathis Magnin. En cas de victoire, il s'agira d’aller défier Saint-Etienne et ses 40'000 supporters dès vendredi, là aussi sur un match sec. Puis, si exploit, il ne restera «plus qu’à» remporter un barrage aller-retour face à Nice, Auxerre ou Le Havre. Un parcours du combattant qui colle bien à l’ADN du jeune homme.
Théo Magnin, où avez-vous dormi et qu’aviez-vous sur le cœur, fin janvier dernier, au soir de votre signature au Red Star?
Entre les premiers contacts et mon départ pour Paris, il s’est passé à peine une semaine - j’ai signé un vendredi ou un samedi (ndlr: 30 ou 31 janvier). Ce soir-là, je dors au Novotel de Saint-Denis et c’est l’excitation qui prend le dessus. J’avais un week-end devant moi pour profiter un peu à Paris, avec ma copine, avant de commencer une nouvelle aventure, dans un nouveau contexte. Depuis que je suis né, je n’avais jamais vécu ailleurs qu’à Genève. Donc il y avait un côté grande première, limite le mec qui part avec son sac à dos pour découvrir quelque chose d’autre, qui ne sait pas trop où il va, ni comment ça va se passer, mais qui a hâte d’entamer une nouvelle partie de sa vie, de faire quelque chose de bien.
Et trois mois plus tard - rêvons-un peu -, la Ligue 1, c’est possible…
Il ne faut surtout pas se prendre la tête avec ça. Quand je suis arrivé, après un très bon premier tour réussi par l’équipe, l’objectif consistait à décrocher ces play-off. Ça, c’est validé. A partir de là, ça va se jouer sur quelques matches, que des finales, où il faudra tout donner. Ça me fait un peu penser à l’expérience que j’ai eue avec Servette en Coupe de Suisse: si tu perds un match, c’est fini. Il faut arriver le couteau entre les dents, ne pas avoir peur. Si on pense à Saint-Etienne avant Rodez, ce sera le meilleur moyen de se planter.
Qu’est-ce que ça vous inspire d’affronter un autre produit servettien, votre homonyme Mathis Magnin, qui brille à Rodez?
C’est cool de jouer contre lui, parce que ça montre qu’on peut avoir des trajectoires différentes, dans le football. On se connaît un peu, puisqu’on avait joué un petit moment ensemble en M21. Quand j’ai signé au Red Star, il m’a envoyé un message pour me féliciter et me dire que j’allais kiffer.
Vous êtes-vous senti obligé de quitter Servette?
Obligé, dans le sens où je pense à ma carrière. Je sais très bien qu’à mon âge, quand on ne joue pas, ce n’est pas bon. Un jeune qui a déjà plus de 80 matches en pro et qui commence à moins jouer… Je ne dirais pas que j’ai été mis de côté mais à la fin, je n’étais même plus convoqué. Donc partir ressemblait à un impératif, dès le moment où je voulais jouer, m’éclater - moi, j’ai juste envie de ça. Si cela avait pu continuer avec Servette, cela aurait été avec le plus grand des plaisirs, parce que je me sentais très bien dans le club de mon enfance, avec tous mes proches, mes amis. Mais quand ça n’est plus possible, partir est la meilleure des solutions.
Y a-t-il eu un moment en particulier où vous avez compris qu’on ne comptait plus sur vous?
Non, ça s’est fait petit-à-petit à la fin du premier tour, où je voyais que je n’avais plus du tout de temps de jeu, sinon un match par ci par là quand il y avait deux-trois blessés. J’avais déjà parlé avec le club pour trouver une solution, ils ont été réceptifs. J’ai quand même fait la préparation avec eux en attendant la bonne opportunité et j’ai été très content lorsque la porte du Red Star s’est ouverte, en fin de mercato.
Comment avez-vous été perçu dans le vestiaire, à votre arrivée: le petit Suisse qui doit porter les cônes ou le gars qui peut bomber le torse parce qu’il a joué en Coupe d’Europe?
Déjà, je ne suis pas quelqu’un qui en montre beaucoup, je ne suis pas arrivé en me la racontant - ce n’est pas le genre de la maison. L’endroit où il faut s’affirmer, c’est le terrain, à l’entraînement, en match. Ce que tu as fait avant, on s’en fout. Quand tu débarques dans un nouveau groupe, il faut montrer que tu as des qualités, que tu n’es pas ici pour rien mais apporter un plus à l’équipe.
Culturellement, humainement, comment la greffe a-t-elle pris entre le gaillard de Laconnex et les lascars du 93?
Il y a des clans dans certains vestiaires mais là, il y a un côté 'tous ensemble'. J’ai été très bien accueilli par un super groupe où les gars viennent d’un peu partout en France. Vraiment, tout se passe bien, j’ai même réussi à esquiver le bizutage et la chanson - j’ai réussi à passer entre les mailles du filet.
Outre l’aspect sportif, comment se passe votre premier contact avec Paris, qui n’est pas la ville la plus dégueulasse du monde?
En habitant à Asnières, je ne suis pas trop loin du centre, donc c’est top. Ce qui m’a marqué le plus, dès le premier jour, ce sont les monuments: l’Arc de Triomphe, la Tour Eiffel… D’un coup, tu te dis que ça va être ton paysage de tous les jours, avec toute cette histoire, cette offre culturelle incroyable. Quand il fait beau et que je ne suis pas trop fatigué, je prends mon vélo et je vais découvrir la ville comme ça. Ici, le simple fait de se balader devient génial. T’es à vélo, tu passes devant le Louvre avec un coucher de soleil, c’est magnifique.
Et le Parc des Princes, vous l’avez vu?
Non, les billets sont très chers… J’essaie de demander autour de moi s’il y a des plans, mais c’est dur d’en trouver à moins de 400 ou 500 balles - donc voilà, c’est sympa aussi à la télé.
Vous savez ce qu’il faut faire pour le découvrir de l’intérieur… A quel point caressez-vous ce rêve de Ligue 1?
Quand l'opportunité Red Star se présente, tu regardes le classement et tu te dis qu'il y a moyen de terminer dans les cinq premiers. Maintenant, on y est (ndlr: les Audoniens ont terminé 4es du championnat) et on va tout faire pour prolonger notre parcours. On m’a présenté un super projet, dans un club historique. Même si une ascension ne constituait pas l'objectif du club en début de saison, désormais, c'est un objectif qui nous anime. J’ai évidemment envie de jouer au plus haut niveau donc la Ligue 1, ce serait top. Et si je pouvais le faire dès maintenant, ce serait un rêve.
Et sinon, malgré votre contrat signé jusqu’en 2028, vous chercherez une autre adresse cet été?
Non. On parle d’un projet à moyen-long terme avec le club, raison pour laquelle je n’ai pas juste été prêté. J’ai envie de m’installer ici, de vraiment prendre mes marques, de réaliser une prochaine saison pleine avec le Red Star et de voir où ça nous mène. On ne peut pas connaître l’avenir, mais je ne suis pas venu ici pour quatre mois, j’avais aussi besoin d’être dans un endroit où on me voulait vraiment. C’est super important pour construire une carrière, sinon, tu peux vite être trimbalé de droite à gauche.
Un peu comme vous sur le terrain, avec Servette… Avez-vous le sentiment d’avoir été mis dans les meilleures dispositions?
René Weiler m’a un peu mis à toutes les positions imaginables: latéral droit, latéral gauche, no6, ailier droit, ailier gauche - j’ai même fait un match défenseur central à Yverdon. Au début, je voyais le côté positif des choses, ça voulait dire qu’il me faisait confiance pour ma première saison. Pourvu que je joue, je m’en foutais où. Avec Thomas Häberli, pour ma deuxième saison, j’espérais plus de stabilité. Au bout d’un moment, tu sais que quand tout le monde est là, tu ne joues pas. Tu fais partie de ceux qui passent en premier quand il y a une défection, mais tu ne sais jamais où ni quand tu vas intervenir.
C’est un peu l’inverse de ce qu’on préconise pour un jeune qui émerge…
C’est ça. En fait, c’est plus dur de se construire comme ça, de créer une confiance, des certitudes. Quand tu te fais balader d’un poste à l’autre, tu essaies de faire ton job partout, mais c’est compliqué de bâtir vraiment quelque chose de stable. Il y a besoin de constance pour travailler sur certains points, s’améliorer. Si tu es ailier gauche, tu n’as pas les mêmes préoccupations qu’un numéro 6. Même à l’entraînement, on n’arrêtait pas de me faire alterner les rôles. On peut dire que c’est positif: il est polyvalent, il connaît plein de postes. Mais pour se construire en tant que footballeur, mentalement, c’est chaud… Tu as l’impression, même si tu donnes le maximum, que tu n’es jamais en mesure de donner le meilleur de toi-même. Ce n’est pas évident de te dire ça quand tu commences un match. Ce qui était un avantage au début m’a desservi sur la fin.
En trois ans, vous n’avez été titularisé trois matches de suite qu’à deux reprises…
C’est l’histoire de mon début de carrière.
En voulez-vous à quelqu’un?
Non, je n’en veux à personne, parce que les coaches font leurs choix. Après, c’est vrai que sur certains trucs, ils se sont peut-être dit: 'On va mettre Théo là et il va gérer.' Mais il n’y avait pas de vrai accompagnement. J’avais souvent l’impression qu’on était content de moi, mais qu’il n’y avait pas de volonté de me pousser, de me mettre en avant. Cela dit, je n’ai aucun sentiment de revanche par rapport au club. C’est plus envers mes proches, les gens qui me suivent, ma famille. J’ai envie de leur montrer que je suis parti de Servette pour mieux rebondir ailleurs.
Pensez-vous que le fait d’être le petit jeune du cru a rimé avec moins d’égards?
Peut-être. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie de partir. Je devais m’enlever cette étiquette de jeune du club, arriver dans un nouvel environnement avec un bagage et m’imposer. Quand tu es le jeune du coin, c’est compliqué, on se dit que tu seras malléable, que tu ne vas pas gueuler… Et moi, vu ma personnalité, je ne suis pas du genre à chercher le conflit, à aller parler avec le coach dès que quelque chose ne va pas. Des fois, ça peut desservir une carrière.
Êtes-vous trop gentil?
Ouais, je pense.
Faudra-t-il apprendre à devenir méchant?
Non, je ne veux pas changer ma personnalité. Mais je sais qu’on peut accepter certaines choses, d’autres moins. Il faut apprendre à ne pas trop se laisser marcher sur les pieds.
Quels rêves dessinez-vous pour la suite, selon un scénario idéal?
Idéal? Alors ce serait déjà de monter en Ligue 1 avec le Red Star. Après, j’ai toujours aimé le championnat allemand, donc c’est aussi l’un de mes objectifs à plus long terme de jouer un jour là-bas et d’arriver à toucher l’équipe de Suisse.
A 22 ans, vous avez déjà pas mal d’émotions au compteur, avec cette victoire en Coupe de Suisse en 2023 notamment…
C’était incroyable de ramener un trophée à Servette après plus de vingt ans - je n’étais même pas né pour le dernier, en 2001. Pour un mec qui a grandi en regardant ce club et effectué toutes ses classes là-bas, c’était une fierté immense de gagner ça. Les autres moments que je retiens, c’est cette épopée européenne avec René Weiler, avec ces matches tous les trois jours, où tu prends l’avion et où tu ne fais que du foot, dans des ambiances de fou, c’était trop bien.
La saison suivante, vous avez même évolué une petite demi-heure à Stamford Bridge, le berceau de vos rêves de gosse, face à l’un de vos club de coeur, Chelsea. Qu’en reste-t-il?
C’est marrant parce que six mois plus tôt, on était en vacances à Londres avec ma copine, qui m’avait fait la surprise d’aller visiter le stade. J’étais un peu comme un gosse, vu que j’aime trop voir jouer Chelsea depuis tout petit. Mais je ne me doutais pas que j’aurais l’occasion de fouler cette pelouse la même année. Quand je pense qu’en plus d’y jouer, nous avions bien rivalisé avec Chelsea…
Avez-vous parfois l’impression de vivre dans un film, à force de réaliser vos rêves?
Sur le moment, je n’arrive pas à réaliser les choses - même après, d’ailleurs. Ce sont souvent mes proches qui me le rappellent en me disant 'mais attends, c’est juste incroyable, t’as joué à Stamford Bridge contre ton équipe préférée...'. Moi, j’ai toujours un peu de peine à réaliser et oui, j’ai un peu le syndrome de celui qui se voit parfois depuis l’extérieur. Mais je ne me dis pas que c’est un film. Je me dis: 'Ok, c’est comme ça et ça va continuer.' Le fait de regarder certaines photos ou vidéos, après coup, m’aide à me dire 'ah ouais, c’était quand même pas mal, toutes ces émotions…'. L’objectif, c’est qu’il y en ait beaucoup plus à la fin de ma carrière.
Vous a-t-on sensibilisé à propos de la dimension historique et sociale du Red Star?
Oui, on nous a même donné un petit livret où il est question de ça. Dès la signature, on te parle beaucoup de cet aspect, on sent que les valeurs du club comptent beaucoup au quotidien. Il y a un contexte social, familial et politique qui est très important. On le sent bien quand on affronte des clubs plus ou moins estampillés à droite. Rien qu’au stade, situé en plein cœur de Saint-Ouen avec des immeubles derrière les tribunes, on sent qu’il s’agit d’un club populaire, ancré, avec des messages de sensibilisation auprès des jeunes. Quand tu arrives, on te fait comprendre que le bling-bling n’est pas trop bienvenu, ici. Franchement, tout le monde est hyper humble, tout s’assemble bien avec les nouvelles tribunes en construction.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Paris Saint-Germain | 32 | 44 | 73 | |
2 | RC Lens | 32 | 29 | 67 | |
3 | Lille OSC | 33 | 17 | 61 | |
4 | Olympique Lyonnais | 33 | 17 | 60 | |
5 | Stade Rennais FC | 33 | 11 | 59 | |
6 | Olympique Marseille | 33 | 16 | 56 | |
7 | AS Monaco | 33 | 7 | 54 | |
8 | RC Strasbourg | 32 | 9 | 47 | |
9 | FC Lorient | 33 | -1 | 45 | |
10 | Toulouse FC | 33 | 1 | 44 | |
11 | Paris FC | 33 | -4 | 41 | |
12 | Stade Brestois | 32 | -11 | 38 | |
13 | Angers SCO | 33 | -19 | 35 | |
14 | Le Havre AC | 33 | -14 | 32 | |
15 | AJ Auxerre | 33 | -12 | 31 | |
16 | OGC Nice | 33 | -23 | 31 | |
17 | FC Nantes | 33 | -23 | 23 | |
18 | FC Metz | 33 | -44 | 16 |

