En bref
De «Frank et Louis» au documentaire consacré à Paul «Vatti» Baumann, plusieurs œuvres vues à Locarno explorent la prison, l’emprise et les enfermements invisibles. Une chronique où le hasard fait constamment dialoguer cinéma et réalité.
Locarno est un festival de hasard et de coïncidences. Entre quatre films de prison, j’ai appris par un ami — puis dans mon propre média — qu’un détenu s’était échappé de Bois-Mermet.
Le hasard, justement, conduit aussi Bruton derrière les barreaux. Le mensonge d’une proche va changer sa vie. Dans Frank et Louis, le premier nommé invoque lui aussi le hasard, ou plutôt la malchance, pour expliquer son « homicide » aux siens. Mais lui s’est enfermé dans un mensonge pour moins culpabiliser.
Si les deux films se regardent – dans tous les sens du terme –, ils montrent aussi à quel point des histoires proches peuvent donner naissance à des films formellement très différents. Vincent Grashaw construit un récit parfois disruptif, où flashbacks et hallucinations viennent secouer la narration. Petra Volpe, pour son premier film américain, déroule au contraire son scénario dans le classicisme le plus total.
Les deux longs-métrages sont inspirés de faits réels. Le réel est une fabrique à scénarios. Et l’enfermement, une boîte à fantasmes du pire de notre société.
Dans Down the Arm of God, qui a tiré des larmes à la Piazza, les sans-abris et les paroissiens de Peter Brunner sont eux aussi enfermés: dans leur condition, dans leurs a priori. Même lorsqu’un pasteur tente de les en faire sortir. Jusqu’à la folie.
Folie aussi de Paul «Vatti» Baumann, gourou d’une secte installée à Linden, à deux pas de chez nous. Dans son documentaire, la réalisatrice zurichoise Marina Klauser — à voir dès le 24 août sur la RTS et PlaySuisse — donne la parole aux femmes qu’il a violées alors qu’elles étaient mineures.
Le film, saisissant et créatif, raconte aussi quelque chose de plus effrayant encore : condamné par la justice, Baumann, Le faiseur d’anges a continué à sévir après sa sortie de prison. Et le mouvement Methernita qu’il avait fondé lui a survécu. Il existe encore aujourd’hui.
A Locarno, cette année, les prisons ne sont décidément pas toutes faites de murs.