Par Antoine Hürlimann
Le doute et l’accusé

Condamné pour le meurtre de son épouse à Genève, Bernhard a déposé un recours au Tribunal fédéral. «L’affaire de la plume» soulève des questions sur le doute et la solidité du système judiciaire.
Trancher, c’est le rôle des juges. Mais trancher sur quoi, quand il existe moins de preuves que d’hypothèses?
Photo: Blick
Antoine Hürlimann - Responsable de l'actualité L'illustré
Antoine Hürlimann
L'Illustré

Certaines affaires dérangent. Pas seulement à cause des faits qu’elles exposent, mais pour ce qu’elles témoignent de notre justice. L’histoire révélera si «l’affaire de la plume» est de celles-là. D’abord condamné pour le meurtre de son épouse à Genève, puis pour homicide par négligence sur la base de la description d’une asphyxie érotique trop vigoureuse, Bernhard a vu son destin pénal basculer une troisième fois il y a quelques semaines. De nouveau condamné pour meurtre, le septuagénaire dépose un ultime recours au Tribunal fédéral et se confie en exclusivité.

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Le Tribunal fédéral, dira si, dans «l’affaire de la plume», le second jugement d’appel genevois a levé le doute ou s’il a fait le choix crépusculaire de le contourner
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Derrière les récits qui s’opposent et les zones d’ombre, une question simple: que vaut encore le doute, censé profiter à l’accusé, quand les instances se succèdent et réinterprètent? Le doute, ici, est-il vraiment périphérique? Ou bien est-il partout? Une relation décrite comme harmonieuse et aimante. Un drame. Des expertises qui expliquent comment, mais jamais pourquoi. Et le narratif tardif de Bernhard après de longues années de mensonge, d’abord jugé crédible puis rejeté. Que disent ces vertiges judiciaires de la solidité de l’ensemble? Comment deux appels peuvent-ils aboutir à des lectures opposées des mêmes faits, sans que ceux-ci bougent vraiment?

Trancher, c’est le rôle des juges. Mais trancher sur quoi, quand il existe moins de preuves que d’hypothèses? Comment une version peut-elle tenir un jour, puis s’effondrer le lendemain? Est-ce le signe d’un arbitraire ou celui, beaucoup plus terre à terre, d’une justice qui repose aussi sur une part d’appréciation humaine?

Jusqu’où peut-on aller avec une conviction? A partir de quand cesse-t-elle d’être une analyse pour devenir une croyance? Condamner dans ces conditions, est-ce appliquer le droit ou combler une incertitude incommodante? Où passe la frontière?

Autant de questions fondamentales auxquelles l’Etat de droit répond. Son garant, le Tribunal fédéral, dira si, dans «l’affaire de la plume», le second jugement d’appel genevois a levé le doute ou s’il a fait le choix crépusculaire de le contourner.

Un article de «L'illustré» n°19

Cet article a été publié initialement dans le n°19 de «L'illustré», paru en kiosque le 6 mai 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°19 de «L'illustré», paru en kiosque le 6 mai 2026.

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