Le commentaire d'Antoine Hürlimann
Zohran Mamdani, l’exemple à gauche

Dans ce commentaire, Antoine Hürlimann, chef de l'Actualité à «L'illustré», revient sur l’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York. Une victoire chargée de symboles, dont l’écho traverse l’Atlantique et redonne espoir à une jeunesse européenne en plein doute.
Pour Antoine Hürlimann, l'élection de Zohran Mamdani peut encore faire rêver la gauche.
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Antoine Hürlimann
L'Illustré

Des cris de joie, des pleurs même. La lumière dans une nuit d’angoisse! L’élection du démocrate Zohran Mamdani à la mairie de New York a provoqué un torrent d’émotions. Une victoire historique dans l’Amérique polarisée de Donald Trump, dont les remous n’ont pas tardé à traverser l’Atlantique. Tant mieux.

Ils portent avec eux en Europe un puissant message d’espoir, regonflant à bloc une génération plombée par une inflation galopante, le retour de la guerre sur son continent, la montée en puissance généralisée des extrêmes droites ou encore la crise climatique. Un sursaut culturel à l’impact comparable, en son temps, à celui du tube planétaire Starman du plus Lausannois des Londoniens, David Bowie.

Pour Trump, c'est un «communiste»

Paru en 1972 en Grande-Bretagne, au cœur d’une âpre décennie marquée par un déclin industriel brutal, synonyme de grèves et de chômage élevé, le titre raconte l’histoire d’un extraterrestre soufflant l’espoir nécessaire à la jeunesse d’alors pour affronter les tumultes. Zohran Mamdani et ses promesses permettent également de croire à un avenir «un peu meilleur», selon les mots de l’ancien président démocrate Barack Obama qui, lui, n’avait pas réussi à être à la hauteur des immenses attentes que son élection avait suscitées.

Mais, contrairement au Martien imaginé par le chanteur de Space Oddity, le jeune élu musulman de 34 ans, quasi inconnu il y a moins d’un an, est on ne peut plus humain. Un modèle concret pour une gauche sans colonne vertébrale qui se casse les dents un peu partout à travers le monde.

N’en déplaise à Donald Trump, qui traite sa nouvelle bête noire de «communiste», et aux vrais extrémistes du genre de Jean-Luc Mélenchon, qui pensent à tort être faits du même bois que l’homme fort de la Grosse Pomme, ce dernier a été porté au pouvoir par un programme résolument social-démocrate.

Vraies questions, fausses réponses

Parmi ses mesures phares qui seraient financées par la solidarité forcée des plus riches, citons l’encadrement des loyers, la gratuité des crèches et des bus ainsi que la mise en place d’épiceries gérées par la ville pour abaisser les prix.

Bien sûr, le socialiste Zohran Mamdani n’a pas oublié les minorités et les thématiques mondiales, comme la guerre menée à Gaza par Israël qu’il qualifie sans détour de «génocide». Mais l’axe fort de sa campagne se résume en une phrase: rendre New York «abordable» pour toutes les personnes qui ne sont pas riches, c’est-à-dire la grande majorité de ses près de 8,5 millions d’habitants.

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La consécration du fils d’immigrés indiens vient rappeler que la gauche peut encore faire rêver à des lendemains qui chantent
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Une leçon pour sa famille politique qui n’a, contrairement à ce que vocifèrent ses enfants terribles, pas un problème de radicalité mais de proximité. A trop s’occuper des destins d’ailleurs, elle tourne le dos aux gens qui, sous son nez, ont pourtant terriblement besoin d’elle. Autant d’individus aux «vraies questions» qui, se sentant délaissés, se tournent vers les «fausses réponses» de l’extrême droite, pour reprendre la formule de l’ancien premier ministre français Laurent Fabius.

La consécration du fils d’immigrés indiens naturalisé à 27 ans, qui doit maintenant passer des paroles aux actes, vient rappeler que la gauche peut encore faire rêver à des lendemains qui chantent. A condition qu’elle soit avant toute chose sociale et solidement ancrée dans une réalité locale.

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