Une communication maladroite
La ministre allemande de la Défense démissionne après une série de gaffes

La ministre allemande de la défense Christine Lambrecht a démissionné. Cette figure du parti social-démocrate se voit depuis des mois reprocher une mauvaise communication, une série de bévues et de ne pas avoir su imposer son autorité.
Au cours des 13 mois passés au ministère, les dérapages se sont multipliés pour Christine Lambrecht, culminant dans un message de voeux raté le soir du Nouvel An (archives).
Photo: Fabian Sommer

La ministre allemande de la Défense a annoncé son départ après plusieurs mois de polémique. La sociale-démocrate Christine Lambrecht était notamment fortement critiquée depuis une vidéo de voeux jugée complètement ratée dans laquelle elle se réjouissait des «rencontres» que la guerre lui avait permis de faire.

«La focalisation des médias sur ma personne pendant des mois ne permet guère d'établir des rapports et des discussions objectifs sur les soldats, l'armée dans son ensemble et les nouvelles orientations de la politique de sécurité dans l'intérêt des citoyens allemands», déplore-t-elle dans une déclaration. Dans ce contexte, «j'ai demandé aujourd'hui au chancelier de me relever de mes fonctions».

Nouvelles aides attendues

Le nom de sa ou son successeur n'est pas encore connu et ne sera pas communiqué ce lundi, selon des sources gouvernementales. Plusieurs noms circulent néanmoins dans la presse, dont la commissaire à la Défense Eva Högl, chargée d'un rapport annuel sur l'état de l'armée, ou encore le co-dirigeant du parti social-démocrate (SPD), Lars Klingbeil.

Cette démission intervient au moment où l'Allemagne est une nouvelle fois sous pression pour livrer des chars à l'Ukraine. Une réunion des alliés occidentaux, autour des États-Unis, doit avoir lieu vendredi sur la base américaine de Ramstein, des nouvelles aides à l'Ukraine devraient y être annoncées. «Le travail précieux des soldats et des nombreuses personnes motivées doit être au premier plan», estime Christine Lambrecht, alors que l'Allemagne prévoit des investissements de 100 milliards d'euros pour moderniser son armée.

Série de gaffes

Ministre de la Justice dans le précédent gouvernement de coalition d'Angela Merkel, Christine Lambrecht a enchaîné les bévues depuis le début de la guerre en Ukraine, le 24 février 2022. Le chancelier Olaf Scholz lui avait rendu un hommage appuyé il y a encore quelques jours, mais les critiques croissantes rendaient sa position difficilement tenable. Elle pourrait retourner à sa profession d'avocate, ayant renoncé à se représenter au Bundestag en 2020, après 22 années de mandat.

La politicienne a d'abord suscité les critiques de Kiev en annonçant peu avant le déclenchement de la guerre l'envoi de 5000 casques, quand le gouvernement de Volodymyr Zelensky demandait des armes lourdes. Elle a aussi utilisé un hélicoptère de l'armée pour partir en vacances avec son fils.

La vidéo dans laquelle elle présentait ses voeux début janvier a été la goutte qui a fait déborder le vase. La ministre y apparaissait dans le centre de Berlin, décoiffée par des bourrasques de vent, en train d'évoquer la guerre en Ukraine entre deux explosions de pétards et de feux d'artifices, particulièrement prisés des Allemands pour fêter la nouvelle année. «Une guerre fait rage au milieu de l'Europe», glissait la ministre au sujet de l'invasion russe, évoquant «beaucoup, beaucoup de rencontres avec des gens intéressants et formidables». «Pour cela, je dis un grand merci».

«Une communication maladroite»

Christine Lambrecht a aussi incarné les lacunes d'une armée dont le matériel est vétuste et les difficultés à la moderniser. Berlin a ainsi dû suspendre à la mi-décembre de nouvelles commandes de blindés Puma après une série de pannes frappant les véhicules déjà utilisés par l'armée.

Dans le dernier baromètre de l'institut Insa, elle apparaissait en dernière position des personnalités politiques, derrière les co-dirigeants du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne. Plus des deux tiers des Allemands (77%) souhaitaient sa démission, selon un autre sondage. «Lambrecht n'a jamais réussi à se dépêtrer des gros titres négatifs», relève la chaîne publique ARD, pointant ses «diverses erreurs politiques, souvent couplées à une communication maladroite». Pour la Süddeutsche Zeitung, les erreurs répétées de la ministre constituaient «une énorme hypothèque» pour une armée amenée à recouvrer une importance stratégique en temps de guerre.

(ATS)

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