Six ados devant les juges
Ces mineurs ont-ils aidé le tueur qui a décapité Samuel Paty?

Ils avaient entre 13 et 15 ans le 16 octobre 2020. Tous étaient élèves au collège du Bois d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) au moment de l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty. Leur procès à huis clos s'ouvre ce lundi en France.
Publié: 27.11.2023 à 06:15 heures
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Dernière mise à jour: 27.11.2023 à 07:59 heures
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Laurent Brosse, Maire de Conflans Ste Honorine, entouré d'élus, de parents d'élèves et d'enseignants, a rendu hommage à Samuel Paty.
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Richard WerlyJournaliste Blick

On ne connaît pas leur visage. Et personne ne pourra sans doute les photographier à l’entrée et à la sortie de la cour d’assises pour mineurs de Paris, devant laquelle ils comparaissent à partir de ce lundi. Ces six collégiens sont tous accusés d’avoir été les complices du jeune terroriste islamiste qui a, le 16 octobre 2020, tué puis décapité le professeur d’histoire Samuel Paty.

Ce dernier, selon l’accusation, avait rémunéré cinq d’entre eux pour monter la garde, repérer les lieux et scruter les allers et venues de l’enseignant. La sixième accusée est l’élève qui, suite à la plainte de ses parents radicalisés, est à l’origine de l’emballement qui a mené le meurtrier sur la piste de Samuel Paty.

Ce dossier judiciaire a de quoi glacer d’effroi tous les parents d’élèves des collèges et lycées français. L’enseignant assassiné à 47 ans voici trois ans dans cette tranquille banlieue de Paris n’avait fait que son travail. Il avait choisi, pour débattre de la laïcité, de montrer à ses classes quelques-unes des caricatures du prophète Mahomet publiées par l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, dont une partie de la rédaction a été massacrée par les frères Kouachi le 7 janvier 2015.

C’est à la suite de la plainte déposée par l’adolescente aujourd’hui accusée que tout a déraillé. Dès que celle-ci accuse l’enseignant d’avoir diffusé une image à caractère pornographique, de l’avoir exclue de son cours, et d’avoir tenu des propos islamophobes, son père radicalisé partage les dires de sa fille sur les réseaux sociaux. Abdelhakim Sefrioui, un prédicateur connu pour graviter dans les milieux salafistes, s’empare de l’affaire. Abdoullakh Anzorov, un jeune d’origine tchétchène, déscolarisé et violent, a trouvé sa cible.

Refaire le chemin du meurtrier

C’est le chemin qui a mené au meurtre de sang-froid de l’enseignant par ce jeune radicalisé (tué par les policiers lors de son interpellation) que les magistrats de la Cour d’assises des mineurs vont devoir refaire, emprunter pas à pas, baliser, expliquer et éclairer. Cinq des adolescents sont jugés pour «association de malfaiteurs en vue de préparer des violences aggravées». Ils sont accusés d’avoir surveillé les abords du collège et d’avoir désigné l’enseignant à l’assaillant contre rémunération.

La sixième comparait pour «dénonciation calomnieuse». Mais c’est indéniablement sur elle que le procès va se focaliser. Cette jeune femme a en effet menti. Elle n’était pas présente dans la classe de Samuel Paty. Elle venait d’être exclue du collège et a monté cette «histoire» qui a rendu son père furieux.

Celui-ci, depuis, a reconnu ses erreurs fatales: «J’ai été con, stupide. Je dois la vérité à cette famille, à Monsieur Paty, à toute la France», s’est-il repenti lors des interrogatoires selon les médias français. Et d'ajouter qu’il se «foutait des caricatures présentées par Samuel Paty dans son cours» et qu’il se serait mis en colère «à cause des deux jours d’exclusions subies par sa fille».

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Des enseignants assommés

Les plus abasourdis, aujourd’hui, demeurent les ex-collègues de Samuel Paty. Ils savent que ce procès à huis clos va répondre à des questions proches de celles que se posent les enseignants du lycée Gambetta d’Arras, où Dominique Bernard, 57 ans, professeur de français, a été poignardé à mort le 13 octobre 2023 par un autre jeune originaire du Caucase, Mohammed Mogouchkov, désormais détenu. Pourquoi ont-ils accepté de faire le guet? Pourquoi n’ont-ils alerté personne? Comment cette opération commando a pu être menée dans un environnement aussi balisé qu’une école?

Huit adultes (sept hommes et une femme) seront à leur tour, à partir de novembre 2024, devant la Cour d’assises spéciale qui juge les faits de terrorisme, dont le prédicateur Abdelhakim Sefrioui. A ses côtés figureront deux amis d’Abdoullakh Anzorov, soupçonnés d’avoir eu une connaissance précise du projet terroriste. Tous risquent des peines allant de trente ans de prison à la perpétuité.

Le procès des six mineurs doit, lui, se tenir jusqu’au 8 décembre. Ils risquent tous jusqu’à cinq ans de prison. Si l’on inclut leur incarcération depuis les faits, ils pourraient être remis en liberté dès 2025.

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