Il est accusé de viols ou d'agressions sexuelles sur une trentaine de patientes: un ostéopathe est jugé à partir de lundi à Strasbourg, un procès où la «confiance» envers les professionnels de santé sera «au coeur des débats», selon une avocate de parties civiles.
Ce praticien de 37 ans exerçait depuis 2014 et était implanté à Eschau, commune cossue de la banlieue sud de Strasbourg. Il est renvoyé devant la cour criminelle du Bas-Rhin pour des viols sur huit patientes et des agressions sexuelles sur 21 d'entre elles, des faits présumés «commis par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction», selon l'accusation.
Placé sous contrôle judiciaire, Pierre Garitte a interdiction d'exercer son métier. Son avocat, Yves Sauvayre, s'est borné à affirmer qu'il défendrait son innocence et que ses actes n'avaient aucun caractère sexuel. En garde à vue, son client a d'abord affirmé s'être cantonné à des «points de pression dans la zone du périnée», avant de reconnaître les gestes qui lui étaient reprochés, mais en niant toute intention sexuelle, selon une source proche du dossier.
Pendant ce procès qui doit s'achever le 12 juin, il sera confronté à des femmes qui l'accusent de leur avoir touché les parties intimes en consultation. Or, tout toucher «interne» est proscrit dans cette profession relevant des pratiques de soins non conventionnelles, a précisé à l'AFP Philippe Sterlingot, président de l'Union pour l'ostéopathie.
«Une violence profonde»
Bien que la première plainte à son encontre remonte à 2018, l'enquête n'a réellement débuté qu'avec la plainte pour viol d'une patiente en octobre 2020. En épluchant son répertoire de patientes, les enquêteurs ont remonté le fil et identifié d'autres femmes témoignant d'actes répréhensibles.
«Cette affaire révèle une violence profonde: ces femmes ont remis leur corps à un soignant parce qu'elles pensaient que leur vulnérabilité serait protégée par 'l'éthique' même du soin. Et c'est justement cette confiance thérapeutique qui sera au coeur des débats», a déclaré Sendegul Aras, avocate de six parties civiles.
Voir un professionnel de santé jugé pour des violences sexuelles est encore rare, notent plusieurs observatrices. «C'est extrêmement tabou de prendre conscience que des professionnels de santé sont capables de violences et de viols», juge Sonia Bisch, présidente de l'association Stop aux violences obstétricales et gynécologiques.
Mais ce tabou se lève progressivement depuis une dizaine d'années, relève Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol. Les professionnels de santé sont mieux formés à recueillir le consentement des patientes, et les patientes dénoncent davantage des actes qui leur semblent anormaux. Aboutissant à des procès comme ceux, à venir, des gynécologues Phuoc-Vinh Tran, renvoyé pour viols et agressions sexuelles sur une centaine de patientes, ou Émile Daraï à Paris, poursuivi pour violences volontaires.
«Que ça serve»
Pour Sonia Bisch, alléguer l'absence d'intention sexuelle pour se défendre d'avoir violé ou agressé relève de la «désinformation» et d'une volonté de «brouiller les cartes». «Ce n'est pas parce qu'on consent à des soins qu'on va consentir à tout et de n'importe quelle manière». «Il y a une stratégie, chez les agresseurs professionnels, de laisser penser que ça fait partie du soin», estime aussi Emmanuelle Piet. «Mais en aucun cas le viol ne fait partie du soin.»
«Ce qu'on attend, c'est qu'on puisse le confronter par rapport à la législation et à la quantité de personnes qui ont décrit les mêmes comportements à leur égard. Ce sont les mêmes dates, et la même approche», a dit à l'AFP Françoise Schlecht, avocate d'une patiente. La plupart des procès pour viol se tiennent à huis clos, mais à quelques jours de l'ouverture, aucune demande en ce sens n'a été déposée. Seule une plaignante a demandé un huis clos partiel, pour être entendue sans public.
«Ce qui envahit ma cliente, c'est que ce procès se tienne, qu'il (l'accusé, NDLR) assume ses responsabilités» après plus de cinq ans de procédure, a affirmé à l'AFP Anne-Sophie Wagnon-Horiot, avocate d'une autre patiente. «Et au-delà de ça, ce qui est important pour elle, c'est que ça serve pour les autres. D'où le fait qu'on ne demande pas le huis clos: que ça puisse faire résonance chez des personnes qui n'ont pas osé, ou qui n'ont pas pu, ou qui ont cru que c'était de leur faute».
- Police: 117
- Violencequefaire (anonyme et gratuit, réponse dans les 3 jours)
Centres d’aide aux victimes LAVI
Et pour les jeunes:
- Ciao.ch (réponse dans les 2 jours)
- Pro Juventute (24/7): 147
- Patouche: 0800 800 140
- Police: 117
- Violencequefaire (anonyme et gratuit, réponse dans les 3 jours)
Centres d’aide aux victimes LAVI
Et pour les jeunes:
- Ciao.ch (réponse dans les 2 jours)
- Pro Juventute (24/7): 147
- Patouche: 0800 800 140