Son biographe l'affirme
«Marine Le Pen est mieux armée que Jordan Bardella»

Hubert Coudurier a longuement enquêté sur Marine Le Pen. Il lui a consacré un livre consacré à son mystère personnel et politique. Pour Blick, il raconte les dessous de la campagne présidentielle qui a démarré cette semaine.
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Marine Le Pen est depuis mardi 7 juillet candidate à l'élection présidentielle française de 2027.
Photo: IMAGO/ABACAPRESS
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Quelles sont les chances de Marine Le Pen à la présidentielle française de 2027? Un journaliste qui a longuement enquêté sur elle répond à cette question pour Blick.

Hubert Coudurier, vous avez enquêté sur le «mystère Marine Le Pen», titre de votre dernier livre. Cette candidature lève, pour vous, le voile sur la réelle personnalité de la cheffe du Rassemblement national (RN)?
Cette candidature correspond en tous points à son slogan de campagne: «La renaissance». Au fond, les péripéties judiciaires ne sont pas l’essentiel. Le plus important est qu’elle puisse concourir à l’élection présidentielle de 2027. Même si elle avait laissé paraître des signes de résignation ces dernières semaines et que le plan B incarné par Jordan Bardella semblait s’imposer, ma conviction est que Marine Le Pen n’avait jamais réellement renoncé. Depuis quinze ans, elle a construit une stratégie de long terme: changement de nom du parti, entreprise de dédiabolisation, normalisation de son image. Après un tel investissement, il aurait été étonnant qu’elle fasse une croix aussi facilement sur tout ce travail. Renoncer, cela signifiait pour elle faire un deuxième deuil politique, après celui du Front national, qu’elle a dédiabolisé en 2018. Je ne suis pas surpris par sa décision. A mes yeux, elle demeure aujourd’hui mieux armée et plus qualifiée que Jordan Bardella pour mener cette bataille.

«Marine», comme la surnomment ses partisans et ses électeurs, est donc plus forte et plus déterminée que beaucoup le pensaient?
Oui. Beaucoup pensaient qu’elle n’était plus indispensable, oubliant le lien extrêmement fort qu’elle entretient avec son parti. En France, son courage est largement reconnu par ses électeurs. On oublie aussi combien Marine Le Pen est avant tout une fine tacticienne. Elle connaît parfaitement la France et ses ressorts politiques. Elle a vu comment Jacques Chirac avait su contourner puis vaincre Édouard Balladur en 1995, grâce à sa thématique de la «fracture sociale». Surtout, elle possède une forme d’empathie que Jordan Bardella n’a pas encore acquise. N’oubliez pas, par ailleurs, qu’à droite, au-delà de son camp, beaucoup la considèrent aussi comme une meilleure candidate. Pour beaucoup, Jordan Bardella n’a pas encore le niveau pour une élection présidentielle.

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Elle a réussi à transformer ses défaites en récit politique
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Marine Le Pen version 2026, c’est une candidate différente de celle qui s’est déjà présentée devant les Français en 2012, 2017 et 2022?
Je pense qu’elle a véritablement fendu l’armure. Le moment clé est intervenu en février 2022, lors d’un meeting à Reims, alors qu’elle traversait une période difficile et que tout le monde annonçait l’ascension d’Éric Zemmour. Ce jour-là, elle a raconté sa propre histoire: sa résilience, l’attentat dont sa famille a été victime et auquel elle a miraculeusement échappé, le départ de sa mère qui l’a profondément marquée, puis les combats politiques qu’elle a menés aux côtés de son père. Elle a ensuite évoqué les crises internes du Front national, le parti fondé puis contrôlé par son père. Son objectif? Démontrer qu’à chaque étape, elle a choisi de se battre et a fini par l’emporter. En 2026, Marine Le Pen ne craint pas de dire les choses. Elle est revenue devant moi sur le fiasco du débat télévisé présidentiel de 2017 face à Emmanuel Macron. Ce soir-là, beaucoup ont estimé qu’elle s’était totalement effondrée. Certains ont même affirmé que sa carrière était terminée. Or, c’est précisément de cette succession d’épreuves qu’elle tire aujourd’hui sa force. Elle a réussi à transformer ses défaites en récit politique.

Son meilleur atout, pour cette quatrième campagne présidentielle?
L’incarnation. Je suis convaincu que, dans cette campagne, elle primera sur le programme. Ce sera, plus que toute autre, une campagne de l’incarnation. Tout va donc reposer sur la candidate et sur sa capacité à élargir son électorat, qui est réelle. Regardez le Rassemblement national. Ce parti, héritier du Front national, est devenu un parti attrape-tout, qui cherche à ratisser le plus large possible. Au fil des années, il a considérablement fait évoluer ses positions. Il défendait autrefois la sortie de l’euro; cette idée a été abandonnée. Aujourd’hui, le parti se rapproche davantage du modèle incarné par Giorgia Meloni en Italie.

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Marine Le Pen rencontre les préoccupations d'une large partie de l'électorat
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Cette évolution explique aussi le regard plus pragmatique que portent désormais les milieux économiques sur le RN. Bien sûr, certaines positions régulièrement défendues par Marine Le Pen, notamment sur le retour de la retraite à 60 ans, continuent d’inquiéter une partie du patronat. Mais, si elle accédait au pouvoir, elle n’aurait probablement pas une grande liberté de manœuvre. L’histoire montre que les présidents français sont souvent contraints par la réalité économique. Elle en est tout à fait consciente.

Sa forte progression dans les sondages depuis l’annonce de sa candidature ne vous surprend pas? L’effet Bardella est dissipé pour de bon?
Marine Le Pen, ces dernières semaines, semblait parfois se demander si tous les efforts consentis depuis des années n’avaient pas été vains. Elle pouvait avoir le sentiment d’avoir consacré sa vie à un objectif qui. au final, lui échappait. Elle se rassurait en se disant qu’elle avait préparé la relève en intronisant son dauphin, Jordan Bardella. Sauf que la politique n’est pas une affaire de calculs. Plus on a voulu l’écarter du jeu, plus elle s’est accrochée. Cette adversité a produit chez elle l’effet inverse: elle a renforcé sa détermination et les Français le sentent. Son autre atout majeur est l’état de l’opinion, marqué par une forte volonté de dégagisme. Le Rassemblement national estime avoir été injustement tenu à l’écart du pouvoir pendant des décennies, et une grande partie des Français le pense aussi.

Comment le justifier alors que les thèmes qui structurent son discours – immigration, insécurité, délinquance – sont au cœur du débat public et que l’actualité nourrit ses arguments?
C’est ce que disent les sondages: Marine Le Pen rencontre les préoccupations d’une large partie de l’électorat. Il lui reste toutefois une étape décisive à franchir. Une partie de l’électorat du bloc central, environ 10%, continue de douter de sa capacité à gouverner. Elle doit absolument effacer ce doute, que Jordan Bardella, par son inexpérience, aurait contribué à fortifier. Ensemble, en revanche, Marine et Jordan peuvent constituer un tandem convaincant. Leur stratégie, à ce stade, me semble être la bonne.

A lire: «Le mystère Marine Le Pen» de Hubert Coudurier (éd. Plon). 

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