L'Apig, organisme collectif regroupant près de 300 quotidiens français, a annoncé mardi être passée à l'offensive devant l'Autorité de la concurrence, en réaction au déploiement fin juillet par Google de résumés par IA, dont les médias redoutent qu'ils ne les privent de trafic.
L'Apig demande à l'Autorité d'intervenir «pour demander le respect par Google des engagements pris en 2022» car «le déploiement unilatéral de nouveaux usages des contenus de presse, sans autorisation préalable ni rémunération dédiée, méconnaît ces engagements», selon un communiqué. Le géant américain a lancé le 22 juillet en France ses résumés de résultats de recherche en ligne rédigés par l'intelligence artificielle (IA).
Ces Aperçus IA (AI Overviews) arrivent accompagnés d'un mode IA consistant en une recherche conversationnelle qui permet à l'utilisateur de dialoguer avec le moteur de recherche. Les liens classiques en réponse aux requêtes figurent sous ces deux fonctionnalités. Selon l'Apig, «les éditeurs ont ainsi été mis devant le fait accompli».
Acccord conclu en 2022
Le lancement des Aperçus IA et du mode IA est «intervenu avant l'ouverture d'une négociation transparente et de bonne foi, sur la base d'une simple proposition d'actualisation du contrat de licence existant et avec pour seule alternative un retrait technique entraînant une perte de visibilité» pour les sites des médias, précise l'organisme collectif.
L'information «a une valeur considérable», souligne Marc Feuillée, président de l'Alliance et également directeur général du groupe Figaro, cité dans le communiqué. «Les éditeurs ne demandent pas d'arrêter l'innovation. Ils demandent que cette valeur soit partagée et que l'utilisation de leurs productions soit rémunérée, comme la loi l'exige», ajoute-t-il. La saisine de l'Autorité de la concurrence «ne ferme nullement la voie à la négociation», précise l'Apig.
En France, Google a conclu en 2022 des accords avec 450 éditeurs de presse sur les droits voisins au droit d'auteur, qui permettent aux journaux, magazines ou agences de presse de se faire rémunérer lorsque leurs contenus sont utilisés par les géants du numérique.
Amende infligée il y a 3 ans
En mars 2024, l'Autorité de la concurrence lui a toutefois infligé une amende de 250 millions d'euros pour ne pas avoir respecté certains engagements pris lors de la conclusion de ces accords. Pour les médias français, les résumés par IA représentent un risque de voir leur audience en ligne diminuer, alors que le secteur est déjà touché par des baisses de revenus et que plusieurs groupes de médias ont annoncé des suppressions de postes.
Sur les marchés européens où ces services sont déployés, le régulateur français de l'audiovisuel et du numérique, l'Arcom, a évalué «entre 33% et 38% la perte de trafic attribuable aux résumés générés par intelligence artificielle», souligne l'Apig.
Lancées dans de nombreux pays en 2024 et 2025, les nouvelles fonctionnalités sont finalement arrivées en France où «il y avait des blocages de régulation qui étaient là, qu'on pense avoir levés», avait indiqué fin juillet à l'AFP le directeur général de Google en France, Sébastien Missoffe.