«A quel moment je vous ai donné mon consentement? Jamais!», a lancé mercredi Gisèle Pelicot à Husamettin Dogan, accusé de l'avoir violée, qui venait de réaffirmer devant la cour d'assises à Nîmes ne pas considérer avoir commis un viol. «Assumez vos actes et arrêtez de vous cacher derrière votre lâcheté!», a vigoureusement répliqué celle qui est devenue un symbole des violences sexuelles faites aux femmes au seul accusé de l'affaire des viols de Mazan à avoir fait appel de sa condamnation.
«Qu'il ait pu croire que j'étais consentante, c'est absolument abject», a-t-elle poursuivi debout, d'une voix assurée mais sans jeter un regard à son agresseur présumé, assis sur une chaise un mètre devant elle. Husamettin Dogan, ex-ouvrier de 44 ans, s'était à nouveau dans la matinée enfoncé dans le déni, estimant ne pas avoir «commis de viol»: «J'ai fait un acte sexuel, j'ai jamais violé personne», allant jusqu'à se considérer comme une «victime» du «manipulateur» Dominique Pelicot.
«La seule victime dans cette salle d'audience, c'est moi. M. Dogan n'est victime de personne», a-t-elle répliqué. Et d'ajouter: «J'ai honte pour vous!».
Ne jamais retourner dans un tribunal
L'audience s'est ouverte par la diffusion de 14 vidéos insoutenables et accablantes de quelques secondes chacune, tournées par Dominique Pelicot ce fameux 28 juin 2019 où l'accusé s'est rendu à leur domicile de Mazan (Vaucluse). On y voit l'accusé réaliser plusieurs actes sexuels sur une Gisèle Pelicot en sous-vêtements, portant des sandales et parfois un bandeau sur les yeux, totalement inerte et ronflant parfois fortement.
«Je me mets à la place des victimes qui malheureusement ne pourront jamais» avoir la preuve et vont «devoir vivre avec leur humiliation: dans cette salle, les victimes se font toujours humilier», a relevé Gisèle Pelicot à propos de ces preuves matérielles.
«J'ai le sentiment d'être allée au bout de cette épreuve qui a duré cinq ans. Je souhaite ne jamais retourner dans un tribunal de ma vie. Moi, le mal est fait, il va falloir que je me reconstruise sur cette ruine. Je suis en bonne voie. Je n'ai jamais regretté», a-t-elle encore dit, appelant les victimes d'agressions sexuelles à ne «jamais (avoir) honte de ce qu'on leur a imposé par la force» «Si j'ai déjà donné la force aux autres, c'est déjà une bonne chose», a-t-elle estimé.
La septuagénaire, qui pendant une décennie a été sédatée par son ex-mari pour la violer et la faire violer par des dizaines d'inconnus recrutés sur Internet, a rappelé que ces faits avait constitué «une déflagration, un tsunami» pour elle et sa famille.