«Préparer» une privatisation
Le clash autour du rapport explosif sur l'audiovisuel public français se poursuit

Le président de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public français, Jérémie Patrier-Leitus, accuse Charles Alloncle de préparer une privatisation, critiquant une démarche «malhonnête» visant à réduire drastiquement le budget du secteur.
Jérémie Patrier-Leitus accuse le rapport de Charles Alloncle (en photo) de viser la privatisation.
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, estime que le rapporteur UDR Charles Alloncle a eu une démarche «malhonnête» et cherche à «préparer les esprits» à une privatisation, souhaitée par ses alliés du Rassemblement national.

Il est «malhonnête de dire que l'objectif de la commission d'enquête était de 'sauver l'audiovisuel public'», fustige Jérémie Patrier-Leitus dans son avant-propos au rapport Alloncle publié mardi. Selon lui, «on ne cherche pas à sauver un secteur ou une entreprise quand on propose de diminuer son budget de 25% et d'un milliard d'euros».

«Le rapport n'en dira rien et ne l'assumera pas, mais l'objectif n'était pas de mettre en lumière utilement et de manière sincère, indépendante et impartiale des manquements et des dysfonctionnements» au sein de l'audiovisuel public, mais de jeter «le discrédit et d'une certaine manière l'opprobre» sur ce secteur, juge le parlementaire au bout de six mois de travaux sous tension.

«Le choix de l'hypermédiatisation»

Ainsi, il est d'après lui «regrettable que l'UDR (ndlr: le parti d'Eric Ciotti) n'ait pas assumé l'objectif politique de cette commission d'enquête: préparer les esprits à la privatisation de l'audiovisuel public». Après l'adoption de son rapport il y a une semaine, Charles Alloncle a dit souhaiter que «l'audiovisuel public se porte mieux et que, dans un an, notamment lors de la campagne de 2027, on se dise qu'il n'y a pas besoin de privatiser» France Télévisions ou Radio France. «Demain, à la tête du pays, nous engagerons la privatisation de l'audiovisuel public», a de son côté soutenu le président du RN, Jordan Bardella.

Le président de la commission d'enquête éreinte, par ailleurs, «le choix de l'hypermédiatisation» fait par Charles Alloncle, ainsi que son «utilisation massive des réseaux sociaux» qui a, selon lui, «accéléré la propagation de fausses informations». Il s'emploie à démonter plusieurs de ses recommandations faites dans son rapport de quelque 400 pages. «La fusion de France 2 et de France 5 constituerait une erreur stratégique majeure», celle de Franceinfo et France 24 «soulèverait une incohérence de fond au regard de leurs missions respectives», juge-t-il.

«La nomination des dirigeants de l'audiovisuel public par le président de la République constituerait un retour en arrière préoccupant», relève-t-il aussi. Lui-même défend une fusion des entreprises de l'audiovisuel public (France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l'INA), parmi 40 propositions qu'il formule. Il reconnaît actuellement «des dysfonctionnements réels» et des «manquements», notamment dans la «tutelle de l'État», «la gestion budgétaire et financière» et encore «la prévention des risques de conflits d'intérêts».


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