La ministre de la transition écologique Monique Barbut a annoncé mercredi qu'elle remettrait dans la matinée sa démission. Elle voit dans l'adoption d'une loi réintroduisant des pesticides interdits «le recul environnemental de trop» du gouvernement. «Contrairement aux engagements qui m'avaient été donnés, le gouvernement a empêché le débat autour de la suppression de cette mesure» qui pourrait marquer le retour de deux pesticides dont l'acétamipride, écrit-elle dans un message publié sur LinkedIn.
Le Parlement a entériné mardi le projet de loi d'urgence agricole du gouvernement. Parmi les nombreuses mesures qu'il prévoit, il donne à l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) la possibilité de réintroduire sous condition deux pesticides interdits, l'acétamipride et le flupyradifurone, pour une poignée de filières en difficulté, dont celles des noisettes et de la betterave. Une façon de donner le pouvoir à la «science», avaient assuré les défenseurs du texte.
«Principe de précaution»
Mais pour Monique Barbut, «en 2016, la France a fait le choix d'interdire l'acétamipride au nom du principe de précaution, sur la base des expertises scientifiques disponibles.» «Dix ans plus tard, loin d'avoir dissipé les inquiétudes, les études scientifiques continuent d'alimenter les doutes sur ses effets pour la santé humaine et l'environnement», a fustigé l'ancienne secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification.
Dans l'hémicycle, des députés du camp présidentiel avaient suggéré lundi à l'exécutif de retirer cette mesure par amendement, ce que le gouvernement a refusé. Une ligne politique qui a provoqué l'ire des associations de défense de l'environnement.
«Reniement» du gouvernement
«C'est tout à l'honneur de Monique Barbut qui n'a pas voulu boire le calice jusqu'à la lie», a réagi mercredi auprès de l'AFP François Veillerette, porte-parole de l'association antipesticides Générations Futures. Il a dénoncé un «reniement» du gouvernement, l'accusant d'avoir choisi «d'acheter la paix avec la FNSEA», le syndicat agricole majoritaire.
«Cette démission, c'est le signe qu'il n'y a aucune stratégie de long terme d'adaptation», estime auprès de l'AFP Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne, 3e syndicat agricole, classé à gauche. Les filières noisettes, cerises et pommes, destinataires des pesticides en question, avaient défendu leur réintroduction, estimant que l'accès à ces produits «permettra d'attendre sereinement l'arrivée des solutions alternatives».
Selon le texte entériné mardi au Parlement, les éventuelles dérogations pour les pesticides interdits ne seront possibles qu'en cas d'absence ou d'insuffisance de «solutions alternatives» et si leur utilisation n'est «pas susceptible d'engendrer des risques significatifs pour la santé humaine ou d'affecter de manière grave et irréversible l'environnement».
Neuf mois de turbulences
Le départ fracassant de Mme Barbut met un terme à neuf mois agités à la tête du Ministère de la transition écologique. Connue pour son franc-parler et quelques maladresses, la ministre venue du monde associatif (elle avait présidé WWF France) et des organisations internationales (dont l'ONU) avait déjà mis sa démission dans la balance en début d'année.
Elle s'était alors opposée à la réintroduction de projets de recherche d'hydrocarbures outre-mer et avait bataillé pour sanctuariser les budgets alloués à son ministère, sans parvenir toutefois à éviter de nouvelles coupes. «La politique n'est pas mon monde, et si c'est cela dont il s'agit, elle ne le sera définitivement pas», a tranché celle qui entend retrouver sa «place de citoyenne engagée».
Sa démission cristallise l'évolution idéologique de l'exécutif depuis le premier mandat d'Emmanuel Macron. Le président de la République promettait alors de sortir le pays du puissant herbicide glyphosate et d'atteindre 50% de produits biologiques ou locaux dans la restauration collective d'ici à 2022. Des objectifs non atteints.
Depuis, les crises mondiales successives, de la pandémie de Covid-19 en 2020 à la guerre en Ukraine, ont rebattu les cartes. La notion de «souveraineté agricole et alimentaire» s'est imposée dans le débat, légitimant une politique privilégiant les volumes de production, quitte à assouplir certains garde-fous environnementaux.