Festival à Vevey (VD)
On a compris les Food Culture Days, on vous explique

Les Food Culture Days, un festival qui questionne nos relations à l'alimentation et à la nature dans un contexte de monde en crise, peut paraître complexe au premier abord, mais on vous explique simplement en quoi ça consiste.
Les Food Culture Days comptent sur les artistes pour éveiller la sensibilité du public aux questions alimentaires
Photo: Eri Rama
Blick_Fabien_Goubet.png
Fabien GoubetJournaliste Blick

En cuisine, on appellerait ça une salade de fruits. Coupez plein d'ingrédients, mettez-les ensemble, ce sera toujours bon. C'est un peu le sentiment dominant à la lecture du programme des Food Culture Days, qui se dérouleront du 26 mai au 4 juin à Vevey: des artistes, des chefs, des architectes, des performances, des dialogues, des ateliers ou encore de la «cultivation», il y a de quoi en perdre son latin.

Je n'ai pas soumis cette exacte comparaison à la fondatrice Margaux Schwab (les traits de génie surviennent souvent trop tard), mais en lui avouant ma confusion, celle-ci acquiesce et s'amuse de me voir quelque peu déboussolé. «Les Food Culture Days, il faut les vivre», m'assure-t-elle. La suite montrera que cette salade fruits est tout sauf une vague improvisation: ce flou artistique voulu est la meilleure manière de questionner notre rapport à l'alimentation.

L'événement, que Margaux Schwab voit «davantage comme une plateforme d'échange qu'un festival» s'intéresse au sens large aux liens entre écologie et alimentation. Les artistes, veut-elle croire, ont leur mot à dire pour toucher le public en la matière. Après tout, fait-elle valoir, la nature, la nourriture et l'alimentation ont toujours été présents dans l'histoire de l'art, depuis l'art pariétal jusqu'aux natures mortes.

Un festival aux portes de Nestlé

Or, dans un monde en proie à des crises et sur lequel pèse une menace croissante sur les ressources naturelles, l'information ne suffit plus. «Les statistiques, les articles, les reportages, ça ne marche pas. Ils ne parviennent pas à nous sensibiliser sur les crises, sur leur impact sur l'environnement. Il manque quelque chose pour véritablement nous concerner.»

Une des pistes possibles, selon elle, serait l'art. «L'art peut y remédier en étant vecteur d'histoires et de témoignages, en donnant de la visibilité à des sujets et des voix marginalisées par les discours dominants capitalistes, extractivistes et patriarcaux.»

Voyons, ça me fait penser à quelque chose mais quoi?
Photo: Gina_Proenza

C'est dans cette optique que s'inscrivent les Food Culture Days: rassembler un large pan de la population. «Un rassemblement physique», souligne Margaux Schwab qui rappelle que le choix de tenir les festivités à Vevey, associée à Nestlé, revêt une symbolique certaine. «C'est l'occasion de connecter tout le monde et de dire que face à l'industrie agroalimentaire, «vos histoires comptent», qu'il s'agisse de celle d'un fromager valaisan ou d'une agricultrice mexicaine», poursuit la fondatrice.

Les points forts de l'événement

Voilà pour l'intention, mais dans les faits? Parmi les activités proposées au public – en grande partie gratuites – citons des expositions telles que Sobremesa, qui présentera les travaux de plusieurs artistes en rapport avec la nourriture et la politique alimentaire dans des cafés et bistrots de la ville. Plus intrigant, «Vogue végétale», où l'on pourra admirer des photos de «vêtements constitués de salade, de radis, de raisins et d’autres fruits et légumes comestibles», série réalisée par l'artiste Soya the Cow, qui se présente comme une «vache drag queen sex-positive, féministe et vegan libérée du genre et de l’espèce».

Margaux Schwab met pour sa part en avant des «dialogues interdisciplinaires quotidiens». Ces discussions conviviales sont organisées «sans podium, avec des panels pas uniquement constitués d'experts, pour rester le plus accessible possible au public».

Nourriture oblige, des chefs engagés seront évidemment de la partie. Impossible de ne pas citer Nicolas Darnauguilhem, de la Pinte des Mossettes, connu pour sa cuisine alpine locale et durable, qui a répondu présent pour improviser un repas le 1er juin (au pavillon central, prix libre).

Nicolas Darnauguilhem
Photo: Food Culture Days

Le 29 mai, Aziadé Cirlini et Marie Bergé cuisineront à quatre mains au Café des Argiles un menu centré «autour de l’hospitalité et de l’inclusion, mais aussi de l’écologie, de la décroissance et de l’anarchie.» Margaux Schwab cite encore la journée du 4 juin, où deux artistes exposeront le fruit de leurs recherches sur la biodiversité des prairies suisses au cours d'un buffet de petit-déjeuner on ne peut plus local.

Aziadé Cirlini
Photo: Food Culture Days

De quoi nourrir le corps, l'esprit, et les discussions? «Sans un grand changement de paradigme, on fonce dans le mur. Pourquoi attendre pour changer, alors qu'on peut le faire dès maintenant?» Rendez-vous dès le 26 mai pour en débattre.

Articles les plus lus