Enfin les vacances! C'est une belle journée d'été de juillet à Aix-les-Bains, en France. Un touriste suisse a besoin d'un peu d'argent en liquide pour acheter des souvenirs. Il se rend donc rapidement au distributeur le plus proche pour retirer 100 euros avec sa carte bancaire.
Lorsque la machine lui demande s’il souhaite que le montant soit facturé en francs suisses, il répond «oui». Quoi de plus pratique que de savoir immédiatement combien de francs seront prélevés sur son compte pendant les vacances. C’est donc la banque qui se charge de la conversion.
Seulement voilà: la banque, ou l’exploitant du distributeur, fait payer cher cette conversion. Au taux de change déjà peu avantageux de 96 centimes pour un euro s’ajoute une commission de change supplémentaire de 12,95%.
Méfiez-vous du «piège du franc»
Résultat: ses 100 euros lui coûtent 104,16 francs au bancomat d’Aix-les-Bain. Et ce, alors que l’euro s’échange depuis des mois à environ 92 centimes sur les marchés des changes. Bien sûr, aucun consommateur ne bénéficie du taux de change interbancaire. Mais la majoration ne devrait pas dépasser de beaucoup les 10 centimes, et se situer plutôt entre deux et trois centimes. Tout ce qui va au-delà frise l'arnaque!
«Il faut absolument éviter ce 'droit de douane' caché des vacances», met en garde Michael Kuhn, expert financier chez Comparis. «Il ne faut pas tomber dans le piège du franc.»
Derrière cette arnaque se cache le terme de «Dynamic Currency Conversion» (DCC), ou conversion dynamique des devises. Le prestataire propose un service inutile à un prix exorbitant. «Les clients doivent savoir que lorsqu’une conversion est effectuée à un distributeur automatique ou à un terminal, c’est un taux de change fantaisiste qui est appliqué», explique Ralf Beyeler, expert financier chez Moneyland.
Beaucoup s’y laissent prendre
Selon lui, si cette pratique abusive est autant répandue, c'est pour une raison précise. «A l’étranger, ni l’exploitant du distributeur automatique ni le commerçant n’entretiennent de relation durable avec le client. Du coup, les gens se disent qu'ils peuvent bien tenter le coup!» Souvent, les commerçants touchent même une commission lorsqu’ils convainquent le vacancier d’opter pour la conversion dans sa propre monnaie!
La possibilité de payer directement dans sa propre monnaie – c’est-à-dire en francs – n’existe pas seulement aux distributeurs automatiques, mais aussi sur la plupart des terminaux de paiement. Par exemple lors d’achats dans une boutique de souvenirs, au restaurant, au comptoir d’une agence de location de voitures ou dans de nombreuses applications de mobilité comme Uber.
Il faut donc que vos achats soient facturés dans la monnaie locale ou que la devise soit correctement configurée dans l’application. Et au distributeur automatique, vous devez absolument refuser l’offre alléchante de conversion en francs. «C’est très pratique, car on voit directement le montant en francs», explique Ralf Beyeler. «Mais ce confort a un prix: une majoration qui dépasse souvent 10%, voire plus.»
Ne pas se laisser intimider
La Conversion dynamique des devises n’existe pas seulement dans la zone euro, cette pratique est répandue dans le monde entier. Dans les pays hors de l’Europe, la majoration peut même être encore plus élevée.
«Il faut surtout faire attention aux distributeurs automatiques isolés dans les aéroports, les hôtels ou sur les artères touristiques très fréquentées», précise Michael Kuhn. «Ne vous laissez pas intimider au moment de payer, sinon vous risquez de tomber dans ce piège d’arnaqueurs.»
A noter qu'il est aussi utile de connaître le taux de change en vigueur dans le pays où vous voyagez et d’avoir une idée approximative du coût de la vie sur place. En effet, 100 euros peuvent valoir bien moins, comme le montre l’exemple d’une note d’hôtel à Lisbonne en mai. La nuit, réglée par carte bancaire dans la devise locale, a finalement coûté 95,80 francs. Ce prix avantageux s'explique notamment par un taux de change favorable et à des frais de traitement de 1,75%. Rien à voir avec la majoration de plus de 12% pratiquée au distributeur d’Aix-les-Bains.