Hollywood est à Cortina. Du spectacle, du suspense, du drame. Mardi soir, Lindsey Vonn entre dans la trop petite salle de conférence de presse. Détendue et décontractée, légèrement maquillée, le sourire aux lèvres. Pourtant, ses nouvelles sont loin d’être bonnes. «Je me suis déchiré le ligament croisé lors de ma chute à Crans-Montana», confie-t-elle. En d’autres termes: le rêve d’une médaille d’or olympique, son dernier grand objectif, semble s’évanouir. Mais l'Américaine ne veut pas en entendre parler. «Je veux participer à la descente de dimanche», affirme-t-elle.
Malgré ses 41 ans, une prothèse partielle en titane au genou droit et un ligament croisé déchiré au genou gauche, Lindsey Vonn ne pense pas à abandonner. «Mes chances ne sont plus les mêmes qu’avant l’accident. Mais il y a toujours une chance. Je ne perds pas espoir. Ce n’est pas encore fini», assure-t-elle, suscitant forcément l’admiration par sa volonté inébranlable. Mais est-ce vraiment raisonnable de participer à une course neuf jours seulement après une déchirure des ligaments croisés?
Artur Trost a un avis très tranché: «Aucun médecin raisonnable ne recommanderait cela». Spécialiste reconnu en chirurgie du genou et traumatologie du sport, Artur Trost a notamment sauvé la jambe de la star autrichienne Hermann Maier après un grave accident de moto. L'Autrichien a ensuite connu de grandes victoires, devenant même champion du monde, alors que peu y croyaient. Artur Trost explique: «Une musculature saine peut compenser à court terme une déchirure du ligament croisé. Mais il n’est en aucun cas conseillé, d’un point de vue médical, de prendre le départ. Cela peut finir de manière dramatique».
Même sans chute, le risque est réel
On pourrait se dire: Lindsey Vonn a de toute façon déjé le ligament croisé déchiré, pourquoi ne pas essayer de terminer son conte de fées? Ce n’est pas si simple. «Pendant la course, les muscles tendus stabilisent le genou. Mais si Lindsey tombe, ce mécanisme cesse de fonctionner. Cette protection disparaît», explique Artur Trost.
Les séquelles peuvent alors être très graves: «Cela va des blessures supplémentaires des ligaments aux fractures du plateau tibial. Le cartilage du genou est également en danger, même sans chute. Il peut déjà être endommagé à long terme par les contraintes des sauts, des virages et des chocs répétés».
«J’essaierais aussi»
Il y a toujours eu des athlètes qui ont skié sans ligament croisé reconstruit, parfois avec succès: Andreas Sander (Allemagne), Brigitte Obermoser (Autriche), Daniel Hemetsberger (Autriche) et actuellement la Bernoise Joana Hählen.
Et bien sûr le skieur suisse Carlo Janka. Ce dernier confie: «Quand j’ai appris le plan de Lindsey, je me suis directement dit que ça allait être difficile». Il croise les doigts pour que tout se passe bien. «Après ma rupture des ligaments croisés en octobre 2017, il m’aurait été impossible de reprendre la compétition une semaine plus tard. Mais les Jeux olympiques sont le dernier coup de maître de sa carrière. Apparemment, elle ne souffre pas et n’a pas d’enflure. Dans son cas, j’essaierais aussi.»
Et si les conditions sont mauvaises?
Lindsey Vonn a probablement eu de la chance dans son malheur: une déchirure nette, sans saignement important dans le genou, selon Artur Trost. «C’est un bon signe si elle n’a pas mal.» La skieuse se sent parfaitement bien à Cortina, où elle a déjà gagné treize fois: l’Olimpia delle Tofane est son terrain de jeu. «Je connais le parcours par cœur. Cela me donne confiance», explique-t-elle.
Artur Trost rétorque: «Mais que faire si la visibilité est mauvaise? Si elle rate un virage ou un saut? C’est sa décision, et il faut la respecter. Mais en tant que médecin, je lui déconseillerais vivement de skier». Le dernier mot revient à Carlo Janka: «Je continue à faire confiance à Lindsey. Avec cette histoire, la descente féminine sera un vrai moment fort. Je lui souhaite tout le meilleur et j’espère que son rêve d’or se réalisera».