Personne ne le dit publiquement. Mais si l’on se renseigne au Passo San Pellegrino, le son de cloche est souvent le même. «Ce n’est pas une descente», dit-on. Et: «Trois virages, ça va. Mais le reste est bien trop facile». Même le magnifique panorama et le soleil n’y changent pas grand-chose.
En effet, la «Volata», comme on appelle la piste dans les Dolomites, offre plutôt de la cuisine familiale que de la haute gastronomie. Le meilleur temps de ce vendredi? 81 secondes – un record de brièveté. Il n’y a quasiment aucun passage où les skieuses doivent vraiment se dépasser. La pente n’est pas très raide non plus. Conséquence: la moindre erreur est déjà de trop.
«Je ne voyais pas où j'étais»
Corinne Suter en sait quelque chose. Dans un virage à gauche, elle s’élance au-dessus d’une bosse, mais ne parvient pas à se rapprocher de la porte. Particularité: le drapeau arraché auparavant ne tient plus qu’à une barre. Suter a-t-elle manqué d’un point de repère important? «C’était un peu bête. Je ne voyais pas exactement où j’étais. Je me demande pourquoi aucun juge de porte n’a corrigé cela», dit-elle. Elle n’est pas la seule à partager cet avis.
Conséquence: Corinne Suter se retrouve trop bas, ne négocie pas non plus parfaitement la porte suivante et perd la course. Rien que dans le quatrième secteur, elle concède 63 centièmes. «Corinne n’a pas réussi à conserver son élan. Et quand les écarts sont aussi serrés, cela te fait immédiatement reculer de plusieurs places», explique le directeur alpin Hans Flatscher.
À l’arrivée, il manque 49 centièmes à Suter, huitième place finale: «Je n’ai pas perdu six dixièmes à cause du drapeau. Ce n’est pas une excuse», dit-elle. «Je n’ai tout simplement pas assez bien skié à cet endroit».
Malorie Blanc pas dedans
Avec le quatrième temps de secteur de Stefanie Grob, Corinne Suter aurait remporté la course. La skieuse de 21 ans signe le septième meilleur temps dans le secteur le plus technique. «Tu peux aller voir à la Fédération internationale de ski si je peux donner mon temps à Corinne?», plaisante l’Appenzelloise. Après 27 tentatives infructueuses, Stefanie Grob marque des points en Coupe du monde de ski alpin pour la troisième fois consécutive – pour la première fois en descente. Elle termine 23e: «Ce n’était pas si mal», dit-elle.
Quatre autres Suissesses terminent dans les points. Mais aucune ne parvient à se hisser dans le top 20. «Nous n’avons pas tiré le meilleur parti de la situation. Elles peuvent faire mieux», estime Hans Flatscher. Malorie Blanc (25e) suscite notamment des interrogations. Depuis sa victoire en super-G fin janvier à Crans-Montana, la vitesse lui manque. «Ce succès m’a coûté de l’énergie. Mais je continue d’apprendre», dit-elle. Hans Flatscher analyse: «Cette piste devrait convenir à Malo. Mais elle perd du temps du haut en bas.» Il rappelle toutefois que Malorie Blanc n’a que 22 ans.
Tout en haut du classement se trouve une personne qui n'était jamais montée sur le podium en 124 courses de Coupe du monde auparavant: Laura Pirovano. L'Italienne n'habite pas loin du Passo San Pellegrino et profite de l'avantage d'être à domicile. «Elle s'en est approchée si souvent et c'est une personne au grand cœur. Je lui souhaite de tout cœur de réussir», déclare Jasmine Flury, 21e de la course du jour.