Lorsque Giovanni Franzoni jaillit de manière explosive hors de la cabane de départ du super-G du Lauberhorn avec le dossard 1, Marco Odermatt se tient à peine cent mètres plus loin, les yeux rivés sur un écran. La superstar du lac des Quatre-Cantons suit avec une attention maximale la course de l’Italien de 24 ans. À peine la ligne d’arrivée franchie, son verdict tombe, sans hésitation:
«Il va gagner cette course. Franzoni a skié exactement comme j’aurais voulu le faire.»
Et les faits lui donnent raison. À l’issue de l’épreuve, le spécialiste italien de la vitesse s’impose. Après Pirmin Zurbriggen (1986 à Hemsedal) et Hannes Reichelt (2007 à Beaver Creek), Giovanni Franzoni devient le troisième skieur de l’histoire à remporter un super-G de Coupe du monde avec le dossard 1. Un exploit rare, car ce numéro est généralement considéré comme un handicap dans cette discipline, faute de course d’entraînement.
À Wengen toutefois, les différences entre le tracé du super-G et celui de la descente sont minimes. «C’est pour cette raison qu’après les deux entraînements de la descente, tout le monde aurait aimé tirer le numéro 1 pour le super-G», explique Marco Odermatt, parti avec le dossard 12. D’autant que Giovanni Franzoni avait déjà été le plus rapide à l’entraînement. «Lors du premier, j’ai même cru qu’il avait volontairement laissé passer quelques portes», admet le Nidwaldien.
«Tous ses souhaits sont exaucés»
Pour Christof Innerhofer, doyen de l’équipe italienne, la première victoire de Giovanni Franzoni en Coupe du monde, après sa troisième place lors du super-G de Val Gardena, n’a rien de surprenant. «Giovanni est un grand skieur. Et il bénéficie en plus d’un soutien exceptionnel au sein de notre équipe, où tous ses souhaits sont exaucés. Ça aide forcément», explique le vainqueur de la descente du Lauberhorn 2013.
Christof Innerhofer en dit même un peu plus: «Notre entraîneur en chef est presque aussi son entraîneur privé, puisqu’il l’avait déjà sous ses ordres dans le cadre C. Comme Giovanni peut parfois faire des choses impossibles pour les autres, il doit aussi encaisser quelques remarques stupides de ses coéquipiers.»
Avant de préciser: «Il s’entraîne régulièrement avec le groupe de géant, sur des pistes totalement verglacées. Et sa qualité exceptionnelle dans les virages fait désormais aussi la différence en vitesse.»
Une victoire marquée par un drame
En septembre, Giovanni Franzoni a traversé les pires jours de sa carrière. Son compagnon de chambre Matteo Franzoso a trouvé la mort lors d’un accident à l’entraînement, en descente, à La Parva (Chili). Après son premier podium en Coupe du monde, il y a quatre semaines à Val Gardena, l’Italien avait laissé éclater son émotion, dédiant son succès à son ami disparu. «Je skierai pour lui le reste de ma vie. Si Matteo était encore là, je lui dirais qu’il est un homme fantastique et que je suis fier d’être son ami.»
Stefan Babinsky surprend tout le monde
Stefan Babinsky compte de nombreux amis au sein de l’équipe d’Autriche. «C’est le genre d’ours en peluche qu’on ne peut qu’aimer», sourit Alex Hofstetter, journaliste à la «Kronen Zeitung». Trop gentil, parfois, pour ce sport impitoyable. À Val Gardena, lorsqu’il n’avait pas su profiter de conditions idéales pour accrocher le podium, son chef d’équipe Vincent Kriechmayr avait explosé à l’arrivée: «Parfois, j’ai l’impression que Stefan ne veut même pas monter sur le podium!»
Mais lors de sa 94e course de Coupe du monde, celui que tout le monde surnomme «Baba» a fait mentir ses détracteurs en prenant la deuxième place. À relever encore: c’est lui qui a négocié le plus rapidement le très exigeant sur le plan technique) virage dit «S-Kernen».