«Pas d'énergie à perdre»
Déjà concentré sur samedi, Marco Odermatt ne veut même pas célébrer sa victoire

Marco Odermatt a gagné le super-G de Kitzbühel, de quoi faire le plein de confiance avant la descente. Mais ce succès pourrait aussi lui coûter de l'énergie avant son rendez-vous le plus important ce samedi.
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Marco Odermatt remporte le Super-G du Hahnenkamm pour la deuxième fois consécutive.
Photo: keystone-sda.ch
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Marcel W. Perren

Après avoir franchi la ligne d’arrivée, Marco Odermatt affiche un étonnement sincère. Sur le grand écran, le Nidwaldien découvre qu’il a devancé son glorieux coéquipier Franjo von Allmen de… trois centièmes seulement lors du super-G du Hahnenkamm. «Je n’ai pas réussi une course parfaite», admet-il avec lucidité avant d’entrer dans les détails. «Dans le Lärchenschuss, je n’ai pas skié comme je l’avais imaginé. Je n’étais pas non plus sur la ligne optimale dans la Hausberg et la Traverse. Je n’ai pas pu faire ce que je voulais faire.»

Malgré ces imperfections, Marco Odermatt peut savourer: dans ce super-G extrêmement rapide, il signe la 53e victoire de sa carrière en Coupe du monde. «Ce qui a été déterminant, c’est que je n’ai pas perdu mon sang-froid dans la Traverse. J’ai quand même réussi à emmener suffisamment de vitesse jusqu’au tir final.»

La grande question

Après cette deuxième victoire consécutive en super-G à Kitzbühel, une interrogation circule dans la station tyrolienne: ce succès est-il de bon augure en vue de la descente de la Streif ? L’an dernier, après son gala en super-G, Marco Odermatt avait manqué sa première victoire sur la mythique piste vingt-quatre heures plus tard.

Le champion olympique Beat Feuz avance une hypothèse bien précise: «Peut-être que la victoire en super-G a coûté à Marco la victoire en descente.»

Il développe: « Gagner le super-G à Kitzbühel, ça coûte énormément d'énergie. Vendredi, après la cérémonie protocolaire et le contrôle antidopage, Marco n’est rentré à l’hôtel qu’à 15h30, sans avoir mangé. À 18h, il devait déjà repartir pour une nouvelle cérémonie, puis pour le studio TV de la télévision autrichienne. Il n’a pu dîner à l’hôtel de l’équipe qu’à 19h30. Dans ces conditions, c’est compréhensible qu’il n’ait pas trouvé la tension nécessaire pour la descente.»

Dans la même logique, le champion olympique et expert de Blick Bernhard Russi aurait lui aussi préféré voir Marco Odermatt lever un peu le pied à Kitzbühel afin de se concentrer sur la descente.

Didier Cuche voit les choses autrement

Didier Cuche, recordman de la Streif avec cinq victoires, est à ce jour le dernier à avoir réussi le doublé super-G–descente en vingt-quatre heures, en janvier 2010. Et le Neuchâtelois balaie les doutes. «Je ne comprends vraiment pas cette discussion», lâche-t-il. «Pour le psychisme d’un coureur, il n’y a rien de mieux que de prendre le départ de la descente après avoir gagné le super-G. Personnellement, j’en tirais énormément d’énergie positive. Et Marco est habitué depuis cinq ans à des programmes aussi chargés.»

«C’est nécessaire pour perdre moins d’énergie»

Le «pape du ski» allemand Felix Neureuther partage l’avis de Didier Cuche. «Je suis sûr que Marco saura parfaitement gérer cette charge de travail particulièrement importante cette année. Il aura tiré les bonnes conclusions de son expérience lors des courses du Hahnenkamm l’an dernier.»

Les propos de Marco Odermatt après son super-G vont dans ce sens. «Le programme-cadre ne changera pas, mais après ma deuxième victoire au Hahnenkamm, je suis beaucoup plus serein qu’après la première l’an dernier. Je me laisse moins emporter par les émotions. Et c’est nécessaire pour perdre moins d’énergie.»

Le Suisse précise encore: «Il y a douze mois, j’étais complètement perturbé après ma victoire en super-G, parce que c’était un rêve d’enfant qui se réalisait. Avant la descente, j’étais déjà satisfait de ce que j’avais accompli.»

Didier Cuche conclut avec une pointe de malice: «La question n’est pas de savoir si Marco va gagner la descente du Hahnenkamm. La seule question, c’est quand. Et je peux très bien m’imaginer que ce soit le 24 janvier 2026…»

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