Au départ du 64e slalom géant du Chuenisbärgli, l’ambiance n’est pas aussi euphorique que ces dernières années. Une partie des 20’000 spectateurs observe un moment de recueillement en mémoire des victimes de la tragédie de Crans-Montana. Mais lorsque Marco Odermatt, dossard 7, s’élance dans la première manche, les tribunes retrouvent instantanément leur voix. Et le Nidwaldien offre au public de l’Oberland bernois ce qu'il est venu voir.
Auteur d’une très belle manche avec le dossard 1, Lucas Pinheiro Braathen ne peut rien faire face au quadruple vainqueur du classement général de la Coupe du monde. Malgré de fortes chutes de neige et une visibilité réduite, Marco Odermatt devance le Brésilo-Norvégien de 49 centièmes. En deuxième manche, il gère son avance au centième près. À 28 ans, il s’impose ainsi pour la cinquième fois consécutive à Adelboden et établit un nouveau record dans le plus prestigieux des géants.
«Heureusement qu’Adelboden n’a pas suivi la tendance de la FIS»
Les propos de son entraîneur Helmut Krug dans un entretien avec Blick ne manqueront pas de faire réagir la concurrence: «Marco a skié de manière extrêmement intelligente aujourd’hui. Je suis totalement impressionné. Et il avait encore de la marge: je suis convaincu qu’il aurait pu aller chercher quelques dixièmes supplémentaires si cela avait été nécessaire.»
Martin Julen (97 ans), vainqueur de la toute première course internationale disputée à Adelboden en 1955, abonde dans le même sens: «C’est impressionnant de voir avec quelle intelligence Marco Odermatt skie. On dirait qu’il possède une horloge interne: il sait toujours exactement ce qu’il faut pour gagner.»
Après sa 51e victoire en Coupe du monde, Marco Odermatt tient surtout à remercier l’équipe du chef de piste Toni Hari: «La piste était absolument géniale. Grâce à l’excellent travail effectué ces dernières semaines, elle a parfaitement tenu, malgré la pluie, le vent, puis la neige tombée ces derniers jours.»
Cet hiver, plusieurs pistes n’ont pas résisté aux précipitations, car elles avaient été préparées avec moins d’eau, à la demande de la direction des courses de la FIS. «Heureusement qu’Adelboden n’a pas suivi cette tendance, sinon il n’y aurait très probablement pas eu de course ici», explique Walter Reusser, CEO de Swiss Ski.
Ces Autrichiens qui font tout pour Marco Odermatt… et son coach
Les magiciens de la préparation de la Reiteralm, en Autriche, ont eux aussi joué un rôle clé dans ce triomphe historique suisse. Ce n’est un secret pour personne: l’ancien recordman du Chuenisbärgli, Marcel Hirscher (quatre victoires en géant), se préparait presque exclusivement sur ce site de Styrie durant ses années fastes. Aujourd’hui, le nouveau recordman d’Adelboden bénéficie du même traitement de faveur — notamment grâce à son entraîneur Helmut Krug, originaire du Tyrol.
Dans les années 1990, Helmut Krug fut le premier à s’entraîner sur cette montagne proche de Schladming, alors qu’il était responsable de l’entraînement du Suédois Frederik Nyberg. Depuis, les équipes de la Reiteralm exaucent tous les souhaits du coach suisse. «La semaine dernière, nous avons pu reproduire parfaitement le géant d’Adelboden à la Reiteralm», raconte Helmut Krug.
«Grâce à Hans Pieren, j’ai su exactement quelle quantité d’eau avait été utilisée sur le Chuenisbärgli. Les techniciens de la Reiteralm ont préparé la piste d’entraînement avec la même quantité, et les transitions étaient identiques à celles d’Adelboden.»
Marco Odermatt compte 95 points d’avance
Avec sa 28e victoire en géant, Marco Odermatt récupère également le dossard rouge de leader de la discipline. L’Autrichien Stefan Brennsteiner, qui comptait cinq points d’avance sur le Nidwaldien avant la course, a été éliminé lors de la deuxième manche. À trois géants de la fin de la saison, Marco Odermatt possède désormais 95 points d’avance sur l'Autrichien dans la course au petit globe.
Et après cette journée historique, le dernier mot revient au principal intéressé :
«Pour moi, il n’y a rien de plus grand qu’une victoire à Adelboden. Nulle part ailleurs l’ambiance n’est aussi exceptionnelle. Et si je peux rendre quelque chose à ces formidables fans de ski en gagnant ici, alors cela me rend vraiment heureux.»