L’ambiance atteint son paroxysme à Kitzbühel. Les 45’000 spectateurs font un vacarme assourdissant lorsque Marco Odermatt, dossard 12, s’élance sur la Hausberg en direction du mur final. Au dernier intermédiaire, le Nidwaldien accuse un retard d’un dixième de seconde sur la révélation italienne Giovanni Franzoni, auteur d’un temps remarquable avec le dossard numéro 2.
Ces cinq dernières années, le quadruple vainqueur du classement général de la Coupe du monde a souvent fait la différence grâce à son physique exceptionnel dans la partie finale. Cette fois encore? Non. Il manque sept petits centièmes à Mardo Odermatt pour décrocher sa première victoire en descente sur la Streif. À l’arrivée, le Suisse fond en larmes.
«J’ai réussi une très bonne course, mais j’ai manqué mon objectif de très peu. Ça fait mal. Je me sens même un peu stupide, parce que je m’en veux d’avoir terminé deuxième au Hahnenkamm et que des skieurs me consolent alors qu’ils ont accompli bien moins que moi dans leur carrière. Mais oui, pour moi, c’est une vraie défaite.»
C’est alors Beat Feuz, dernier Suisse à avoir remporté la descente du Hahnenkamm en 2022, qui vient réconforter son ancien coéquipier. Sans que cela ne débouche sur une longue discussion.
«C’était surtout de la petite conversation», explique le champion olympique de descente 2022. «Sur le moment, il est évident que Marco est très déçu.»
En 2022, Beat Feuz s’était imposé devant Marco Odermatt
L’Emmentalois comprend parfaitement l’état d’esprit de Marco Odermatt. Lui-même avait dû attendre d'avoir presque 34 ans avant de savourer sa première victoire sur la Streif. Jusque-là, le skieur aujourd’hui âgé de bientôt 39 ans s’était contenté à quatre reprises de la deuxième place sur la descente la plus redoutée du monde.
«En tant que descendeur, on rêve particulièrement de gagner ici. Je sais à quel point c’est difficile de terminer plusieurs fois deuxième sur cette piste», souligne Beat Feuz.
Pour la troisième fois, Marco Odermatt doit se contenter de la place de dauphin à la descente du Hahnenkamm. En 2022, c’est Beat Feuz lui-même qui avait devancé le Buochser. En 2024, le skieur Stöckli avait dû s’incliner face au Français Cyprien Sarrazin. «Avant sa grave chute l’hiver dernier à Bormio, Sarrazin était le seul capable de suivre des lignes aussi serrées qu’Odermatt dans les disciplines de vitesse.»
Aujourd’hui, c’est Franzoni qui parvient à skier «les lignes d’Odi». Et contrairement à Sarrazin, l’Italien semble encore plus stable. Franzoni rappelle donc à Odermatt son ancien rival français. Feuz précise: «Sur le plan du tracé, Giovanni est le pendant de Cyprien. Sarrazin est monté pour la première fois sur un podium de Coupe du monde en descente à Val Gardena en 2024, avant de remporter le super-G du Lauberhorn puis la descente du Hahnenkamm. Franzoni a lui aussi signé son premier podium à Val Gardena, avant de s’imposer en super-G au Lauberhorn.»
Mais qu’est-ce qui a réellement fait la différence entre Franzoni et Odermatt à Kitzbühel? «Le virage du Lerchenschuss n’a jamais été mon passage préféré. Cette fois, j’avais pourtant l’impression de l’avoir bien négocié. Mais en regardant le chronomètre, on voit que j’y ai encore perdu du temps», analyse Odermatt.
Pour Beat Feuz, il s’agissait «d’un duel d’égal à égal, qui s’est joué à un cheveu en défaveur de Marco». Et l’Emmentalois conclut avec des mots très clairs:
«Ça m’agace que certaines personnes affirment toujours qu’un autre coureur ne peut gagner que si Marco a commis une erreur.»
Beat Feuz devient précis: «Quand Odermatt a terminé quatrième du super-G de Livigno, beaucoup ont dit qu’il aurait gagné sans son erreur dans la partie finale. Mais d’autres ont aussi commis des fautes. Il faut simplement reconnaître que Giovanni Franzoni a été légèrement meilleur que Marco à Kitzbühel.»