Le coup de gueule de Justin Murisier
Le ski aux Jeux, «pas une bonne publicité pour notre sport!»

Pas content, Justin Murisier! Le Valaisan s'emporte contre le règlement olympique lequel favorise, selon lui, les skieurs venus de ce qu'il appelle les pays «exotiques» au détriment des athlètes de premier plan comme lui et d'autres.
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Justin Murisier a remporté la classique de descente à Beaver Creek en décembre 2024, devant Marco Odermatt.
Photo: Sven Thomann
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Marcel W. Perren

Ils sont trois à avoir vu leur grand objectif de la saison leur filer sous le nez. Tous trois ont manqué les critères de sélection et ont dû suivre les Jeux olympiques à distance: Justin Murisier, Alessio Miggiano et Lars Rösti. Parmi eux, l’un s’est montré particulièrement critique.

Justin Murisier

Le Valaisan a échoué pour huit malheureux centièmes dans la course au billet olympique. Si celui qui avait signé une victoire sensationnelle lors de la descente de Beaver Creek il y a 14 mois n’a pas répondu aux attentes cet hiver en Coupe du monde, la faute incombe surtout à son genou. Le skieur de 34 ans paie encore les séquelles de trois opérations des ligaments croisés.

«Après la descente de Val Gardena, j’ai souffert d’une inflammation particulièrement forte. Les sauts y sont énormes», explique-t-il. Pendant que ses coéquipiers mettaient le cap sur l’Italie pour le rendez-vous phare de la saison, Justin Murisier se soignait. «J’ai suivi une autohémothérapie à Genève. Depuis, je vais mieux.» Après ce traitement, le cousin de William Besse s’est entraîné une semaine sur la Reiteralm, en Autriche, avant de partir en vacances en Italie avec sa compagne.

«Au départ, je m’étais dit que je ne regarderais pas les Jeux. Finalement, j’ai suivi toutes les courses de ski à la télévision.» Et une chose l’a profondément agacé: «Voir 34 coureurs au départ d’une descente, dont à peine 25 savent vraiment skier, ça me rend triste. Il est inadmissible que des athlètes capables de jouer une médaille restent à la maison pendant que ceux venant de pays exotiques disputent la course la plus importante des quatre dernières années. »

Le Valaisan enfonce le clou: «En Coupe du monde, les 30 premiers se tiennent parfois en deux secondes et demie. Aux Jeux, après la première manche du slalom, le 30e accusait plus de huit secondes de retard. Ce n’est pas une bonne publicité pour notre sport.» Il précise toutefois: «Je n’ai rien contre les pays émergents. Mais avant eux, les 30 meilleurs mondiaux devraient être au départ. Or, avec le règlement olympique actuel, certains athlètes du top 30 sont exclus. Ce n’est pas l’esprit du sport.»

Alessio Miggiano

Le Zurichois de 23 ans, originaire de l’Oberland bernois, fait partie de ceux visés par le discours de Justin Murisier. Malgré deux places dans le top 8 cet hiver (5e à Val Gardena, 8e à Crans-Montana), il n’a pas été retenu. En cause: un quota limité à onze athlètes, fixé par l’entraîneur en chef Tom Stauffer.

«Je dois admettre que cette non-sélection m’a fait plus de mal que je ne l’imaginais», confie Alessio Miggiano. «Jusqu’à Kitzbühel, je ne pensais pas vraiment aux Jeux. J’étais concentré sur la Coupe du monde. Puis j’ai compris que je n’étais vraiment pas loin du ticket.»

Malgré la déception, le fils d’un chef étoilé a suivi les compétitions sans amertume. «Ce n’est pas la faute de mes coéquipiers. J’ai donc vibré pour les succès suisses.» Deux jours après le titre olympique de Loïc Meillard en slalom, Alessio Miggiano avait lui aussi de quoi se réjouir: il s’est classé deuxième du super-G de Coupe d’Europe à Sarajevo, sur la piste des Jeux de 1984.

Lars Rösti

Le spécialiste de la descente originaire de Sankt Stephan, dans le canton de Berne, a rempli les critères de sélection trop tard. Sa sixième place à Crans-Montana est tombée après l’envoi des nominations au CIO, effectué six jours plus tôt par le patron du ski alpin suisse, Hans Flatscher. Le menuisier de formation n’en veut toutefois qu’à lui-même: «J’ai trop mal skié avant Crans-Montana.»

Une visite médicale a ensuite permis de trouver l'origine de ses difficultés: «Je toussais énormément et il m’arrivait presque de vomir après les courses. J’avais en fait une bronchite.» La semaine dernière, le Bernois de 28 ans a prouvé qu’il avait retrouvé toutes ses capacités en remportant le super-G de Coupe d’Europe à Sarajevo.

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