La rançon du succès
Franjo von Allmen: «Je ne peux déjà plus sortir comme avant»

Le triple champion olympique Franjo von Allmen se livre dans une grande interview accordée à Blick. Sa passion pour les vieilles voitures, l'agitation autour de ses sacres et sa vie privée: il s'exprime en profondeur.
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Le «golden boy» Franjo von Allmen.
Photo: keystone-sda.ch
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Benjamin Gwerder

Depuis son triomphe aux Jeux olympiques, beaucoup de choses ont changé dans la vie de Franjo von Allmen – et pourtant, l’essentiel est resté intact. Dans un entretien accordé à Blick, le nouveau triple champion olympique raconte pourquoi il aime toujours autant labourer la neige avec son frère malgré le tumulte médiatique, pourquoi les Championnats du monde de Saalbach lui ont laissé un souvenir plus fort que les Jeux de Bormio, et comment il garde les pieds sur terre dans cette nouvelle vie rythmée par les fans, l’attention et – malgré tout – une certaine liberté.

Sur Instagram, on vous a vu, juste après les Jeux, de retour à la maison en train de déblayer la neige avec votre frère. Est-ce que vous vous forcez à faire ce genre de choses simples parce que vous savez que ça vous fait du bien, au milieu de toute cette agitation?
Franjo von Allmen: Je sais que ça me fait du bien, mais je ne le fais pas consciemment pour cette raison. Si je devais me forcer, je ne le ferais pas. J’aime simplement ce côté ludique, comme avant. C’est pour ça que j’ai construit un tremplin en décembre, dans la neige profonde. Ça me rappelle pourquoi j’aime autant le ski. À l’époque, j’avais l’impression de skier à 90% dans la poudreuse ou sur des chemins forestiers. J’aimerais préserver ce plaisir. Et j’ai le sentiment que ça aide aussi à progresser en compétition.

Lors des Championnats du monde de Saalbach, il y a un an, l’ambiance au sein de l’équipe suisse était électrique, notamment avec cette action collective où tout le monde s’était rasé les cheveux. À Bormio, l’atmosphère paraissait plus feutrée. C’est aussi ce que vous avez ressenti?
Oui, on ne peut pas comparer les Jeux olympiques avec les Mondiaux de Saalbach. À Bormio, tout était beaucoup plus policé, lisse. J’irais même jusqu’à dire qu’il y avait moins de monde que lors d’une Coupe du monde normale à Bormio. Pour nous, paradoxalement, c’était plutôt positif, parce que ça nous permettait de nous concentrer pleinement sur le ski. Mais c’était aussi un peu dommage d’être pratiquement le seul sport sur place, en dehors du ski-alpinisme. Des échanges avec d’autres athlètes auraient été sympas. Mais le temps est de toute façon limité, et il faut se focaliser sur les courses.

Donc, à vos yeux, Saalbach était encore un cran au-dessus?
Il y avait tout simplement plus de monde. Plus de public, plus de fêtes, et aussi les cérémonies de remise des médailles le soir. Ce sont des moments très impressionnants, qui m’ont un peu manqué à Bormio.

Avec le succès, le nombre de fans augmente forcément. Vous le ressentez dans votre quotidien, par exemple lorsque vous sortez?
Oui, sortir n’est plus tout à fait comme avant. C’est un peu dommage. Mais ça fait partie du jeu. Disons qu’on évite désormais plus facilement les grandes foules. Plutôt qu’une grosse fête, on préfère rester chez soi avec des amis, boire un verre tranquillement.

À propos de sorties: cette veste colorée qu’on vous voit souvent porter, c’est quoi l’histoire?
Ah, la fourrure… non, non (rires). Je l’ai simplement achetée en Amérique avec Marco Kohler. Elle est juste super confortable.

Vous n’êtes pas du genre à vouloir attirer l’attention. Vous avez récemment déclaré que vous ne vous feriez jamais tatouer, parce que «on ne colle pas un autocollant sur une Ferrari». Vous rêvez de conduire une Ferrari?
Non, pas vraiment. J’aime beaucoup les voitures, mais pas forcément les plus chères. Ce sont surtout les anciennes qui me fascinent. Celles qui ont une histoire.

Y a-t-il quelqu’un dans votre entourage qui reste dans l’ombre mais qui joue un rôle essentiel dans vos succès?
Oui, je dirais Kevin Wälti, mon plus proche collaborateur. Il a une importance énorme dans ma carrière. Il prend beaucoup de temps pour moi, pas seulement en été, mais toute l’année. On fait aussi des choses ensemble qui m’aident vraiment à me changer les idées et à prendre de la distance par rapport au ski.

Vous vous aérez souvent la tête en motocross. Avec votre partenaire Thömus, vous présentez désormais un e-bike. Est-ce que vous roulez parfois en vélo électrique? Et, en tant que sportif professionnel, est-ce que c’est autorisé?
Honnêtement, j’ai encore très peu utilisé le vélo électrique. Mais je connais des membres de l’équipe qui s’en servent à l’entraînement, notamment pour éviter que le pouls ne s’emballe dès que la route grimpe. Sinon, il faut pousser le vélo… De ce point de vue-là, c’est un outil très intéressant. Pour mes séances d’endurance les plus exigeantes, j’utilise mon vélo de course. Comme souvent, ce qui compte pour moi, c’est le plaisir. Et là, c’est presque du plaisir doublé, puisque je peux enchaîner plus de descentes.

Vous possédez un petit autocar, votre «Büs». L’utilisez-vous aussi pour transporter votre moto ou votre vélo lorsque vous partez en vacances?
Ça dépend un peu des projets. Mais si je pars quelques jours en Italie pour des vacances reposantes, le vélo – ou le vélo de course – m’accompagne, oui. Pour aller boire un café tranquille, par exemple. Avec la moto, en revanche, c’est plus compliqué.

Avez-vous déjà planifié votre prochain road trip?
Non, pour l’instant, toute l’attention est tournée vers les dernières courses.

Et quels sont vos objectifs désormais, en tant que triple champion olympique?
Il y en a encore suffisamment! Je n’ai pas encore remporté toutes les grandes courses de la Coupe du monde. Il reste donc beaucoup de travail à accomplir.


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