Robin Cuche, Théo Gmür et Emerick Sierro vont tout donner lors des Jeux paralympiques. La RTS ayant décidé de ne pas diffuser les compétitions sur le petit écran, il faudra aller sur les sites Play RTS et RTS Sport pour les voir briller sur les pistes de Cortina d’Ampezzo. France Télévisions, en revanche, proposera près de huit heures de direct par jour sur ses antennes.
Robin Cuche: «Je vais essayer d’aller chercher au moins une médaille»
La passion qui anime ce battant de 27 ans dans tout ce qu’il entreprend le définit. Son hémiplégie, elle, n’est qu’un aspect secondaire, ou presque. «Dans la vie de tous les jours, mon handicap ne me dérange pas trop. C’est sur les skis qu’il est le plus visible», précise Robin Cuche. Né plus de deux mois avant le terme, un manque d’influx sanguin dans l’hémisphère gauche de son cerveau a laissé des séquelles sur le côté droit de son corps. «Les médecins ont dit à mes parents que je ne pourrais jamais skier et que je devrais être content si je pouvais marcher un jour», raconte celui qui a défié tous les pronostics et va dévaler les pistes de Cortina d’Ampezzo en slalom, géant, super-combiné, super-G et descente.
Grandir dans une famille de sportifs – son oncle n’est autre que Didier Cuche – qui n’a pas voulu croire le corps médical, ni cherché à le surprotéger, a incité Robin à se surpasser. «Vers 5 ans, j’ai compris que mon jeune frère serait un meilleur skieur que moi et qu’il fallait que j’arrête de me comparer directement à lui.» Robin a donc dû inventer ses propres solutions pour suivre le rythme des enfants valides. «Je ne partait pas avec un avantage dans la vie, c’est clair, mais elle n’était pas terminée pour autant.»
S’il s’essaie au foot et au tennis, c’est définitivement le ski qui fait battre son cœur. Lors de sa première compétition, il réalise pourtant un 360° involontaire au départ! «On a connu mieux comme début de carrière», s’amuse le Neuchâtelois. A 11 ans, il s’aligne au Championnat suisse handisport. «Mes concurrents avaient 16 ans ou plus. J’étais le seul à ne pas avoir de combinaison de course; j’y suis allé avec mon pantalon et ma veste de ski.» Une fois sur la troisième marche du podium, ce n’était plus qu’un détail: un champion était né!
Parmi les moments clés de son parcours, sa première médaille de Championnat du monde en super-combiné en 2017, alors qu’il concourt dans la catégorie LW9-2 (déficience modérée d’un côté du corps). Mais en 2022, une nouvelle expertise le place chez les LW9-1 (hémiplégie plus lourde). Les concurrents des diverses catégories participent aux mêmes courses, mais leur chrono réel est multiplié par un facteur différent pour parvenir à un temps plus équitable.
Or ce changement de classe, positif, en provoque un autre, très contraignant. «Jusque-là, je skiais avec deux bâtons. Mon handicap est principalement au niveau de la jambe, notamment parce que mon genou tremble beaucoup, mais je suis capable de tenir un bâton à droite. Malheureusement, après mon changement de classification, les Autrichiens ont porté protêt et réussi à faire modifier les règles. Depuis trois saisons, je n’ai droit qu’à un seul bâton.»
Un coup dur pour l’équilibre, et un cauchemar technique en slalom où il ne peut plus «boxer» les piquets à droite. Ce revers ne l’empêche pas de décrocher sa toute première victoire en Coupe du monde, à Veysonnaz, en 2023, et d’en ajouter trois autres à son palmarès. Après trois participations aux Jeux paralympiques dans son ancienne catégorie, qui le désavantageait, conclues par deux diplômes, il débarque à Milan-Cortina parmi les favoris.
Fort de deux victoires et d’un globe de cristal en descente à Tignes et d’une première place en slalom géant à Veysonnaz en février, il semble au top. «Je vais essayer d’aller chercher au moins une médaille», assure-t-il. Ce serait la plus belle façon de rappeler, avec panache, à ceux et celles qui se moquaient de lui lorsqu’il était petit que la différence peut être une force si l’on décide de prendre en main son destin. En hiver, Robin Cuche se concentre sur le ski, mais comme vivre du para-sport est très compliqué, il travaille au golf de Neuchâtel d’avril à octobre, et en profite pour y jouer.
Théo Gmür: «Quand je prends du plaisir sur les skis, que j’ai le sourire, ça fonctionne bien»
«Au tout début, j’étais le petit «cacani», l’enfant cajolé de la famille», s’amuse le Valaisan Théo Gmür. Son destin bascule peu avant ses 2 ans, lorsqu’un oedème ou un AVC – le mystère demeure – le frappe durant son sommeil, laissant son côté droit paralysé.
Si ses parents commencent par le couver, ils choisissent rapidement de gommer les barrières de sa différence. «J’ai quasiment toujours pratiqué du sport avec des valides, ce qui m’a donné une certaine force de caractère et m’a permis de repousser mes limites.» Sa devise: «Ne jamais rien lâcher!»
L’athlète de 29 ans, qui se dit «résilient, souriant et courageux» lorsqu’on lui demande de se définir, a su transformer son handicap en moteur de rencontres inspirantes. Pour contrer l’évolution de son hémiplégie, il a dû subir des interventions à la cheville et au poignet; si l’une a été très concluante, l’état de sa main reste problématique. «Il faut apprendre à vivre avec le handicap, se l’approprier, s’y adapter», assure-t-il, philosophe.
Parmi les souvenirs les plus précieux de Théo Gmür, son premier concours des écoliers à Nendaz. «J’étais le seul élève en situation de handicap à y participer et j’ai décroché une troisième place. Ça a été un déclic.» Le sportif raconte aussi à quel point il a toujours rêvé des Jeux: «Petits, mon frère et moi faisions des «courses olympiques» à skis puis nous chantions à tue-tête l’hymne national debout sur les tables de jardin.»
Ce rêve olympique, il le réalise en 2018, à Pyeongchang. «Hormis mes trois médailles d’or, le plus beau, c’était d’être là en portant la tenue suisse.» En 2019, Théo assoit sa domination avec deux titres de champion du monde. Pourtant, lorsqu’il évoque ses succès, ce ne sont pas les chronos qu’il retient, mais la joie des enfants devant ses médailles: «Le fait que mes performances puissent mettre des sourires sur le visage des gens est le plus beau des cadeaux. Pour moi, c’est plus puissant que n’importe quelle victoire.»
Lors de ses deuxièmes Jeux paralympiques, à Pékin, il décroche le bronze en descente. Cette année, après une blessure au genou qui l’a tenu éloigné des circuits, il aborde l’échéance de Milan-Cortina avec une philosophie nouvelle: «Je ne suis pas dans les grands favoris et ça me fait beaucoup de bien, surtout à la tête. Moins de pression. Quand je prends du plaisir sur les skis, que j’ai le sourire, en général, ça fonctionne bien. Donc j’espère avoir le plus grand des sourires au départ de toutes mes courses.»
Théo Gmür se consacre pleinement au ski en hiver. Hors saison, il travaille pour le Comité international olympique et s’occupe de projets sur la santé mentale, la prévention contre le harcèlement et les abus envers les athlètes.
Emerick Sierro: «Je ne me mets aucune pression de résultat. On verra dans quatre ans»
«Il est très talentueux, c’est un bon vivant qui aime bien charrier. Il apporte beaucoup à l’équipe», confie Théo Gmür, qui a pris sous son aile le petit nouveau. A 19 ans, Emerick Sierro, skieur montreusien originaire d’Hérémence (VS), incarne le futur du para-ski helvétique.
Son hémiplégie, causée par un AVC survenu juste après sa naissance, n’a jamais été un frein à ses ambitions, grâce à ses parents. «Ils ont tenu à m’élever comme mon frère et ma sœur qui n’ont aucun souci de santé.» A 3 ans, ils lui font découvrir les pistes de Thyon, là où eux-mêmes ont appris à skier, lui transmettant leur passion, qui ne se démentira jamais.
Son hémiplégie a-t-elle fait de lui quelqu’un de plus fort? «Je crois que oui. J’ai trouvé des moyens de m’adapter et de faire des choses malgré le handicap. Ça a forgé mon caractère et influencé ma résilience. Je pense vraiment que rien n’est impossible. Certaines choses sont plus compliquées que d’autres, mais tout reste faisable», explique celui qui se dit «persévérant et patient», mais avoue aussi ne pas être le roi de l’organisation.
Compte tenu de sa jeunesse, les moments clés de sa carrière s’enchaînent tout schuss. Emerick Sierro cite notamment son intégration dans l’équipe nationale au début de cette saison et son baptême du feu en Coupe du monde, en janvier 2025 à Saint-Moritz. «Il y a aussi mon premier top 5 à Veysonnaz, en slalom géant, lors de la grande finale de la Coupe du monde en janvier.»
Et il va bientôt ajouter ses premiers Jeux paralympiques à sa liste. «Je me réjouis de vivre un événement aussi emblématique à Milan-Cortina, mais je ne me mets aucune pression de résultat. Je me laisse le temps. On verra dans quatre ans...» La patience est décidément sa plus précieuse alliée.
Après avoir réussi sa maturité en biologie-chimie, Emerick Sierro a fait une pause d’un an pour se concentrer sur le ski. Il devrait commencer des études en ingénierie en septembre, et tenter de les concilier avec le sport de haut niveau.
Les six autres athlètes suisses aux Jeux paralympiques
Pascal Christen (33 ans, Nidwald) Paraplégique après un accident de mountain bike, cet athlète qui assure que «le sourire est aérodynamique» s’alignera dans les compétitions en monoskibob (assis sur un seul ski large).
Fabrice von Grünigen (24 ans, Berne) A la suite d’un accident d’alpinisme il y a six ans, l’avant de son pied droit a dû être amputé et une partie de sa jambe gauche reconstruite. Un an après, il était de retour sur les pistes de snowboard.
Christophe Damas (23 ans, Argovie) L’informaticien, qui vit avec une paraplégie incomplète due à une carence en vitamines et minéraux ayant entraîné la défaillance des organes à 8 ans, défendra nos couleurs en monoskibob.
Ueli Rotach (23 ans, Saint-Gall) Ce skieur a une tétraparésie spastique consécutive à un AVC qui l’a plongé dans le coma lorsqu’il avait 5 ans. Ce sera la première expérience aux Jeux pour cet athlète de la relève.
Aron Fahrni (27 ans, Berne) Un accident à 6 ans dans un téléski a déchiré les nerfs de son bras droit, dont trois jusqu’à la moelle épinière, mais sa détermination l’a amené à la tête du classement général en para snowboard.
Luca Tavasci (32 ans, Grisons) Ce battant, un ingénieur qui donnera tout lors des épreuves de ski de fond et de biathlon, est né avec une aplasie de la main gauche et, à 18 ans, a dû lutter contre un cancer. Il vise le top 10.
Cet article a été publié initialement dans le n°10 de «L'illustré», paru en kiosque le 5 mars 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°10 de «L'illustré», paru en kiosque le 5 mars 2026.