Quand le voyant rouge de la caméra de télévision s’allume, il faudrait sourire. Beaucoup le font. Pas Julia Scheib. L’Autrichienne de 27 ans ne joue pas la comédie: si elle n’est pas satisfaite après une course, cela se lit immédiatement sur son visage. La frustration, la déception, elle ne cherche pas à les cacher. «Je ne souris pas parce que quelqu’un l’attend de moi ou pour plaire. Je reste moi-même», explique-t-elle. Même lorsqu’elle gagne, elle célèbre avec retenue. «Ce n’est pas celui qui a le plus grand sourire qui est le plus heureux.»
Samedi à Åre, en Suède, Scheib pourrait déjà s’assurer le globe de cristal du slalom géant. Elle possède actuellement 89 points d’avance sur Camille Rast. Ce serait probablement le seul globe remporté par l’Autriche cet hiver. Mais qui est donc cette skieuse discrète, haute de seulement 162 centimètres, devenue la grande patronne du géant?
Caractère bien affirmé
Blick l’a rencontrée il y a quelques semaines à Vienne. La discussion commence autour d’un dîner à l’hôtel. Le lendemain, place à un shooting photo dans la cuisine: Julia Scheib prépare des œufs brouillés – la cuisine est l’un de ses grands hobbies. Plus tard, elle essaie la poterie pour la première fois. «Je vais faire une gamelle pour Oskar, mon chien. Il va être content.» Elle découvre rapidement que ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. «La poterie, c’est amusant, mais c’est aussi beaucoup de travail.»
Elle parle comme elle skie: sans détour. Il y a trois ans, elle avait annoncé clairement son ambition: «Je veux gagner le globe du slalom géant.» À l’époque, beaucoup avaient accueilli cette déclaration avec un sourire sceptique. Elle n’avait encore jamais remporté une course de Coupe du monde. «Je n’avais pas peur de dire cela. Je savais que j’étais rapide. Il me manquait simplement deux manches propres. J’ai des objectifs élevés, je ne peux pas me satisfaire d’une dixième place.»
Une déception lors des Jeux olympiques
Cet hiver, elle n’a de toute façon jamais terminé dixième. Sur huit slaloms géants disputés, elle a franchi la ligne d’arrivée à six reprises: quatre victoires et deux deuxièmes places. Un bilan impressionnant. Aux Jeux olympiques, elle a terminé cinquième, mais la piste relativement plate ne lui convenait pas vraiment – pas plus qu’à Camille Rast. «Mon plus grand objectif a toujours été le globe de géant. Celle qui le gagne n’est pas seulement la meilleure un jour, mais pendant tout l’hiver.»
Son parcours, pourtant, n’a rien d’une ligne droite. Originaire de Styrie, elle a chaussé ses premiers skis à deux ans et demi derrière son père. Elle a essayé de nombreux sports – athlétisme, natation, football, tennis – avant de rester fidèle au ski. Très tôt, elle montre de l’ambition. «J’avais du talent et un virage rapide.» Mais les coups durs arrivent: une rupture des ligaments croisés à 17 ans, une deuxième cinq ans plus tard, puis le Covid et une mononucléose. «Par moments, c’était l’horreur.»
Parallèlement à sa carrière sportive, elle a suivi une formation de policière. Une expérience marquante l’a particulièrement touchée: lors d’une intervention, un jeune homme souffrant d’une malformation cardiaque est décédé. «C’était un choc. Je n’avais jamais vu de cadavre.» Elle explique toutefois avoir été bien accompagnée et n’exclut pas de revenir un jour dans la police. Elle se souvient aussi d’épisodes plus légers. «Une fois, une vache s’était échappée et nous avons dû bloquer la route pendant une demi-journée, parce que personne ne savait à qui elle appartenait», raconte-t-elle en riant.
Sa percée en Coupe du monde est arrivée sur le tard. «Avant, je skiais de manière trop agressive. Aujourd’hui, je suis plus intelligente dans ma manière d’aborder les courses.» Depuis l’été dernier, elle travaille notamment avec Michael Schiendorfer, le manager de Marco Odermatt. «Pour moi, les relations humaines sont importantes. Ce n’est pas seulement une question d’argent. Je suis heureuse que Michi m’aide.»
Avant une course, elle garde toujours les mêmes rituels. La veille, elle écoute de la musique: techno, rock ou parfois Beethoven. «Mais pas de musique folklorique.» Et si elle remportait le globe de cristal? La réaction ne serait sans doute pas spectaculaire. «Je peux faire la fête, mais plutôt en petit comité. Je n’aime pas l’alcool. Peut-être un schnaps de pin du Zillertal. Il est excellent.»