Il a préféré la télécabine!
Le jour où un skieur a refusé de descendre la Streif

Descendeur talentueux mais marqué par la peur après un accident frôlant la mort, Siegbert Prestl a pris, à seulement 22 ans, l’une des décisions les plus courageuses de sa carrière: refuser de s’élancer sur la Streif de Kitzbühel. Un choix lourd de conséquences.
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L'Allemand Sigbert Prestel a eu son heure de gloire dans les années 70.
Photo: imago sportfotodienst
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Marcel W. Perren

Franz Klammer, quadruple vainqueur de la Streif, sourit lorsqu’il évoque Siegbert Prestl. «Sigi est un type amusant, et comme descendeur, c’était un excellent glisseur. Mais dans les sauts, il se faisait régulièrement secouer!» Franz Klammer se remémore alors une anecdote: «Je me souviens d’une journée d’entraînement à Wengen, durant laquelle nous avions effectué quatre manches. Sigi est sorti de piste au moins trois fois de manière assez violente.»

Lorsque Blick rend visite à Sigbert Prestl, vainqueur d’une descente de Coupe d’Europe en 1975, à son domicile d’Oberstaufen, le septuagénaire nuance toutefois les souvenirs de son ancien rival: «Je ne suis pas tombé trois fois à Wengen, mais deux. Près de la Minschkante et dans le S final.»

Un épisode dramatique

L’épisode le plus marquant – et le plus dramatique – de la carrière de Sigbert Prestl remonte toutefois à décembre 1977. Lors de la descente de Val Gardena, l’Allemand s’élance dans la dernière section avec le cinquième temps intermédiaire. «Comme mon coéquipier Sepp Wildgruber, j’ai voulu tenter une trajectoire particulière dans la pente d’arrivée. J’ai failli y laisser la vie. À l’époque, une maison se trouvait à côté de la piste. Après mon saut, j’ai atterri à un mètre et demi d’un mur de jardin.»

Sigbert Prestl s’en sort miraculeusement sans blessure. Mais cet incident laisse des traces profondes. «Quand j’ai réalisé à quel point j’étais passé près de la mort à Val Gardena, j’ai perdu une grande partie de mon courage. J’avais désormais trop de respect pour les descentes.» Et plus encore pour la Streif de Kitzbühel.

«Après avoir skié comme sur des œufs à l’entraînement, j’ai clairement expliqué à mon entraîneur que prendre le départ de la descente du Hahnenkamm n’avait aucun sens pour moi.» Une position que le chef des descendeurs allemands refuse d’entendre: «Sigi, si tu refuses de prendre le départ, tu perdras toute chance de participer aux championnats du monde. Monte immédiatement au départ!»

«Pas un sentiment agréable»

Le matin du 21 janvier 1978, Sigbert Prestl se présente donc bel et bien dans l’aire de départ, skis aux pieds. «Mais à ce moment-là, j’ai pris une décision ferme: je ne partirais pas. J’avais trop peur de cette piste préparée de manière extrêmement brutale.» Une décision qui lui vaut sans doute les minutes les plus embarrassantes de sa carrière.

«Ce n’est vraiment pas un sentiment agréable d’être le seul inscrit sur la liste de départ à ne pas s’élancer, mais à redescendre en télécabine.» Comme annoncé, l’entraîneur met sa menace à exécution: Sigbert Prestl est écarté de la sélection pour les championnats du monde de Garmisch.

Peu après son 23e anniversaire, Siegbert Prestl annonce sa retraite du ski de compétition. Il se reconstruit loin des pistes et entame ensuite une brillante carrière comme directeur d’une station thermale à Oberstaufen — une réussite professionnelle qui contraste avec une carrière sportive aussi courte que marquée par le courage… et la lucidité.

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