Des légendes pas d'accord
Grosse controverse autour du super-G du Lauberhorn

Bernhard Russi et Hermann Maier estiment que le terrain de Wengen ne se prête pas à un super-G. Bruno Kernen espère qu'une descente sprint, en deux manches, sera organisée à la place.
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Bernhard Russi n'est pas un fan du super-G au Lauberhorn.
Photo: Sven Thomann
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Marcel W. Perren

Dans le monde du ski alpin, rares sont ceux qui contestent le statut mythique de la descente du Lauberhorn. Le consensus est nettement moins évident lorsqu’il s’agit du super-G disputé sur la même piste.

Certains experts vont jusqu’à qualifier le super-G de Wengen d’«inutile». Parmi les critiques les plus sévères figure Bernhard Russi. Le champion olympique et expert de Blick ne mâche pas ses mots. «Je pourrais comprendre qu’à Wengen, on programme un super-G comme solution de secours lorsqu’une course a été annulée ailleurs en Coupe du monde. Mais l’intégrer de manière fixe au programme est, à mes yeux, un mauvais compromis», estime l’icône du ski suisse.

Pour le champion du monde de descente 1972, qui a conçu de nombreuses pistes après sa carrière, le Lauberhorn n’a tout simplement «pas le caractère d’un terrain de super-G typique».

Même son de cloche du côté d’Hermann Maier. La légende autrichienne juge que le super-G de Wengen se distingue à peine de la descente. «Sur ce tracé étroit et très tubulaire, il n’y a absolument aucune possibilité de créer un super-G varié», tranche-t-il. Selon lui, un vrai super-G devrait permettre au traceur d’exploiter davantage la forêt afin de proposer un parcours différent.

Des champions du monde pas d'accord

Les coureurs actuels ont toutefois un avis plus nuancé. Marco Schwarz, vainqueur du super-G de Livigno en fin d’année, reconnaît la proximité avec la descente, mais défend l’épreuve. «Jusqu’au tunnel, le tracé est presque identique. Et même après, les possibilités sont limitées. Mais je trouve quand même ce super-G super cool», assure l’Autrichien.

Christof Innerhofer partage cet enthousiasme. Champion du monde de super-G en 2011 et vainqueur de la descente du Lauberhorn deux ans plus tard, l’Italien estime que cette course a toute sa place. «Il est important que le calendrier de la Coupe du monde offre un mélange entre disciplines techniques et rapides. À Beaver Creek et Kitzbühel, les super-G favorisent les techniciens. À Gröden et Wengen, ce sont de vrais super-G pour les descendeurs».

Franjo von Allmen, vainqueur de l’épreuve l’an dernier, abonde dans le même sens. «Forcément, mon succès de l’an passé me laisse d’excellents souvenirs. Et des passages comme le Brüggli-S rendent ce super-G vraiment spécial».

Retour de la descente sprint?

Bernhard Russi, lui, reste inflexible. «Il y aurait des formats bien plus adaptés à cette piste, par exemple la descente sprint», avance-t-il.

Bruno Kernen rêve lui aussi d’un retour de cette discipline aujourd’hui disparue. «Quand j’étais coureur, nous avions souvent une descente sprint le vendredi à Kitzbühel. J’adorais ce format. Les spectateurs étaient captivés bien plus longtemps que lors d’une descente classique, souvent jouée après le dossard 15.» Le suspense, grâce à une seconde manche décisive, restait intact jusqu’au dernier concurrent.

Tom Stauffer, entraîneur en chef de Swiss-Ski, se montre également favorable à une réintroduction des descentes sprint. «La piste d’Åre, en Suède, s’y prêterait particulièrement bien.»

Un casse-tête logistique à Wengen

Mais le Lauberhorn serait-il adapté à un tel format? Probablement pas. Une manche entre la Minschkante et l’arrivée durerait environ une minute et demie, bien plus que les sprints de Kitzbühel. Pour Tom Stauffer, ce n’est pas le principal problème. «Le règlement ne fixe pas de durée maximale pour une descente en deux manches».

La vraie difficulté serait logistique. «Après la première manche, les athlètes devraient tous remonter en train jusqu’au départ. Cela prendrait énormément de temps. Je ne suis pas certain que le dernier coureur arriverait avant la tombée de la nuit», souligne-t-il.

Tout indique donc que le super-G de Wengen restera encore longtemps au programme de la Coupe du monde. Une opinion partagée par Marco Odermatt, qui avait déjà pris la défense de cette épreuve lors d’un échange avec Hermann Maier à l’été 2022.

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