Le monde du ski est souvent une bulle. Un monde coloré fait de centièmes de seconde, d’adrénaline et de spectacle. Mais samedi, lors du géant dames, cette bulle s’est fissurée. Les événements tragiques survenus le jour de l’An à Crans-Montana étaient omniprésents à Kranjska Gora, en Slovénie.
La gagnante Camille Rast (26 ans) a grandi à Vétroz, à seulement vingt minutes en voiture du lieu du drame. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que la Valaisanne n’ait pu faire abstraction de l’incident, même au moment de savourer le plus beau succès de sa carrière.
Des pensées pour les familles des victimes de l’incendie
Immédiatement après la course, Camille Rast remet son triomphe en perspective dans une interview accordée à la FIS. «C’est incroyable», lâche-t-elle à propos de sa victoire, avant de préciser aussitôt ce qui occupe réellement ses pensées: «Avant tout, un terrible accident s’est produit dans mon pays et je pense à toutes les familles touchées. Nous avons skié pour elles ce week-end.» La charge émotionnelle était palpable chez l’athlète, qui reconnaît combien il a été difficile de trouver le juste état d’esprit avant le départ: «Lors de la première manche, ce n’était vraiment pas simple de savoir comment skier.»
Malgré cela – ou peut-être précisément à cause de cela – la Valaisanne livre une prestation qui témoigne d’une classe mondiale absolue. Pour la première fois de sa carrière, elle s’élance dans le groupe des sept meilleures, avec le dossard numéro un. Forte de la confiance accumulée ces dernières semaines, elle signe le meilleur temps de la première manche.
«J’espère qu’avec cette victoire, j’ai pu faire naître un ou deux sourires»
Lors de la deuxième manche, la pression est immense. L’Autrichienne Julia Scheib prend la tête et s’offre ce qui ressemble à une quatrième victoire de la saison. Mais ce qui suit n’a rien d’un exercice de gestion pour Camille Rast: c’est une démonstration de caractère.
Dans la partie centrale, la Valaisanne opte pour une ligne directe, prend des risques et se bat jusqu’au bout. «La deuxième manche était amusante – mais tout sauf facile», analysera-t-elle plus tard au micro de la télévision alémanique.
À l’arrivée, le chrono s’illumine en vert. Vingt centièmes d’avance sur Julia Scheib, quarante-sept sur l’Américaine Paula Moltzan. La première victoire en géant est acquise. Mais le geste à l’arrivée en dit long: Camille Rast exulte avec retenue et enfile un brassard de deuil.
Elle sait pour qui elle a skié ce jour-là. Un peu plus tard, sur Instagram, elle trouve les mots justes pour résumer sa journée: «Aujourd’hui, j’ai skié de tout mon cœur pour toutes les personnes touchées par la tragédie de Crans-Montana – les victimes, leurs proches et toute la communauté. Cette victoire est pour vous.» Elle espère que son succès aura pu offrir «un ou deux sourires» dans une période sombre.
Une équipe unie dans le deuil
Camille Rast n’était pas seule. L’ensemble des skieuses suisses ont porté un signe de deuil lors de leurs compétitions respectives. Un geste de solidarité silencieux, qui dépasse largement le cadre du sport. Même si, sur le plan purement sportif, les autres Suissesses n’ont pas réussi à monter sur le podium, l’unité du groupe était évidente.
Dimanche, la compétition se poursuivra à Kranjska Gora, avec un nouveau slalom programmé sur la même piste. Camille Rast y repartira à l’assaut de la victoire, «avec la même énergie et les mêmes pensées», annonce-t-elle.