Caché sous un masque!
Critiqué, piqué, impérial et incognito au carnaval: la réponse de Marco Odermatt

En égalant Hermann Maier avec une 54e victoire en Coupe du monde, Marco Odermatt continue d’écrire sa propre légende. Leader solide en descente comme au général, le Nidwaldien répond aux critiques et se rapproche un peu plus d’un cinquième gros globe consécutif.
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Après sa course triomphale sur le Kandahar, Marco Odermatt rejoint Hermann Maier au classement des victoires.
Photo: Getty Images
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Marcel W. Perren

L’histoire entre Marco Odermatt et l’Autrichien Hermann Maier a quelque chose de symbolique. Le Nidwaldien a chaussé ses skis pour la première fois le 8 décembre 1999 à Klewenalp, aux côtés de son père Walti — au lendemain du 27e anniversaire de l’«Herminator».

En 2023, Marco Odermatt est devenu le premier skieur depuis Hermann Maier, en 2001, à décrocher quatre globes de cristal au cours d’un même hiver. Le grand cador a également effacé le record de points en Coupe du monde détenu par l’Autrichien, portant la marque de 2000 à 2042 unités. Et en s’imposant pour la 54e fois en Coupe du monde, samedi, lors de la descente de Garmisch-Partenkirchen, il a rejoint Hermann Maier au classement historique des victoires.

Mais ce n’est pas seulement pour cette raison que la superstar du lac des Quatre-Cantons a laissé éclater un cri de joie si intense au bas de la mythique «Kandahar». Avec ce neuvième succès de l’hiver, le skieur de 28 ans a pris une option décisive sur le globe de descente. Le champion olympique Franjo von Allmen, seulement sixième après une grosse faute dans le dernier secteur, accuse désormais 175 points de retard à deux courses de la fin, à Courchevel et Kvitfjell.

Concrètement, une dixième place suffirait à Marco Odermatt pour s’assurer le globe dans la discipline reine. Quant au gros globe, il semble promis au quadruple sportif suisse de l’année pour la cinquième fois consécutive. Son avance au classement général sur Lucas Pinheiro Braathen atteint 687 points alors qu’il reste neuf épreuves. Et comme le Brésilo-Norvégien ne devrait disputer qu’une poignée de courses supplémentaires cet hiver, le suspense est très relatif.

Est-il déjà l'heure de le féliciter pour un nouveau sacre? «Non. On aura bien le temps de me féliciter à Courchevel…»

«Ces gens ne comprennent pas grand-chose au sport de haut niveau»

La victoire en Bavière a aussi valeur de réponse. Après avoir manqué l’or olympique, Marco Odermatt a senti le vent tourner. Avant les Jeux, il avait même supprimé les applications consacrées au ski. «Parfois, mieux vaut ne pas lire ce qui s’écrit sur moi.»

Mais il n’est pas dupe. «D’un côté, c’est peut-être ma faute si je n’arrive plus à satisfaire certains autrement qu’en gagnant l’or. De l’autre côté, ceux qui, après trois médailles olympiques et ma place de leader dans quatre classements de Coupe du monde, ont expliqué que ma grande époque était déjà terminée, ne comprennent pas grand-chose au sport de haut niveau.»

Il glisse ensuite un aveu étonnant: «Le programme de janvier et février était un peu trop chargé. Pendant les Jeux à Bormio, j’ai perdu un peu de fraîcheur, peut-être même un peu de faim.»

À son retour d’Italie, il a choisi une thérapie inattendue: «Je suis allé au carnaval de Lucerne. Avec un masque, j’ai pu profiter de la fête sans être reconnu.»

L’éloge de «Herminator»

À l’été 2022, Marco Odermatt avait invité Hermann Maier à dîner à Salzbourg. Ils avaient évoqué la gestion mentale d’une saison, y compris l’importance des moments de relâchement. «Une bonne fête au bon moment peut faire du bien à un coureur», glissait l’Autrichien.

Aujourd’hui à égalité en nombre de victoires, le champion du Salzburgerland ne tarit pas d’éloges: «Ce qui me fascine le plus chez Marco, c’est sa volonté permanente de progresser. Quand il ne gagne pas, on voit immédiatement que son cerveau travaille déjà pour revenir au sommet dès la course suivante. J’admire tout ce qu’il met au service de son sport. Marco incarne le professionnalisme au plus haut niveau.»

Dimanche, Marco Odermatt aura une nouvelle occasion de briller lors du super-G de Garmisch. Un clin d’œil de l’histoire: c’est justement sur le super-G de la Kandahar qu’Hermann Maier avait décroché, en 1997, sa toute première victoire en Coupe du monde.


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