Andreas Schifferer a sombré
La descente aux enfers d'un vainqueur du Lauberhorn, détruit psychiquement

Vainqueur au Lauberhorn en 1998, Andreas Schifferer incarnait la puissance et la maîtrise du ski autrichien. Vingt-cinq ans plus tard, il mène une vie retirée, marquée par les blessures psychiques, les dérives ésotériques et une chute aussi brutale que silencieuse
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Andreas Schifferer, victorieux en janvier 1998 au Lauberhorn.
Photo: PAOLO FOSCHINI
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Marcel W. Perren

Pour les Autrichiens, il s’agit de l’un des moments les plus magiques de l’histoire du Lauberhorn: la descente victorieuse d’Andreas Schifferer, le 17 janvier 1998.

«Je n’oublierai jamais cette course», s’enthousiasme Hans Knauss. À l’époque, le Styrien faisait partie des cadres de l’Austria Power Team, aux côtés d'Andreas Schifferer. «Avant la course, tout le monde ne parlait que d’Hermann Maier, qui avait littéralement décollé en début de saison. Et puis Andreas Schifferer est arrivé et l’a écrasé avec ses cuisses incroyablement puissantes», se souvient aujourd’hui l’expert de la télévision autrichienne.

Ce jour-là, «Herminator» doit se contenter de la troisième place, à 1’’33 de son compatriote salzbourgeois. Le Français Jean-Luc Crétier, futur champion olympique de descente quelques semaines plus tard à Nagano, termine deuxième, à un peu plus d’une seconde. À la fin de la saison, l’athlète modèle, affectueusement surnommé «Schiffi» par ses coéquipiers, décroche le petit globe de cristal de la discipline reine.

Une gloire désormais fanée

Depuis, cet éclat s’est terni. Après de longues chutes psychiques, le héros du Lauberhorn vit aujourd’hui retiré à Radstadt, là même où a grandi une autre légende du ski autrichien, Hannes Reichelt. «Je n’ai pas vu Schiffi depuis un certain temps. Mais j’ai entendu dire que l’an dernier avait été particulièrement difficile pour lui», confie ce dernier.

Séparation d’avec sa compagne et sa fille

Le drame personnel de l’octuple vainqueur en Coupe du monde débute en 2003, après les Championnats du monde de Saint-Moritz. Andreas Schifferer est profondément frustré de ne pas avoir été aligné en Engadine. Quelques semaines plus tard, il rencontre l’énergéticien Martin Weber, une rencontre qui bouleverse sa vie.

Andreas Schifferer est convaincu d’avoir affaire à une réincarnation de Jésus et se soumet entièrement aux préceptes de son «berger». Il va jusqu’à se séparer de sa compagne et de leur fille âgée de 17 mois.

«Après ma première rencontre avec Martin, j’étais persuadé que je ne pourrais atteindre mes objectifs de vie qu’en suivant ses méthodes. Comme ma compagne était sceptique face à ces approches non conventionnelles, je l’ai quittée», expliquait-il à Blick durant l’été 2004.

Et d’ajouter: «Martin est la personne la plus fascinante que j’aie jamais rencontrée. Il lui suffit de passer ses mains sur le corps pour lever tous les blocages.»

Il parle aux arbres, il dort sur la paille

Sous l’influence de Martin Weber, Andreas Schifferer commence à parler aux arbres. «La première fois, c’était une expérience impressionnante. L’arbre m’a expliqué que je n’étais pas seulement un homme, mais aussi un arbre comme lui. J’ai compris que c’était vrai: moi aussi j’ai des racines, une couronne et des branches…»

À cette époque, Andreas Schifferer dort exclusivement sur de la paille.
«Rien que sa couleur dorée me met de bonne humeur. Son odeur me fait énormément de bien. C’est le parfum de la nature, le parfum de la liberté.»

Une habitude qui laisse Hans Knauss perplexe lors des courses de Coupe du monde à Chamonix en 2004, lorsqu’ils partagent une chambre. «Impossible de dormir. Andi faisait le tour de chaque recoin de la pièce avec un pendule», raconte-t-il.

À 22h30, Hans Knauss finit par exploser: «Je lui ai dit, en bon allemand et très clairement, qu’il devait arrêter ces conneries, qu’il était naturellement assez fort sans tout ça. Mais ça n’a servi à rien.»

«Son psychisme est atteint»

Le caractère de plus en plus étrange d'Andreas Schifferer se manifeste aussi dans sa relation avec son équipementier Atomic. Il exige que ses skis soient stockés spatules vers le bas afin que «l’énergie puisse mieux circuler». Au printemps 2004, il quitte Atomic pour Rossignol, sans que les résultats ne s’améliorent.

Lors de la saison 2004/05, l’ancien dominateur ne signe plus que trois top 10. Il attribue ses contre-performances à la couleur de ses skis, qu’il juge néfaste. Après que la Fédération autrichienne lui impose une pause en Coupe du monde, l’énergéticien Martin Weber tire la sonnette d’alarme dans la Kronen Zeitung: «J’ai parlé à Andi récemment et j’ai clairement senti que son psychisme était atteint.»

Sa dépendance envers Martin Weber apparaît alors au grand jour: «Jusqu’à l’ouverture de la Coupe du monde à Sölden, Andi allait très bien parce que je pouvais rester près de lui. Mais lorsqu’il est parti avec l’équipe pour l’Amérique du Nord, nos chemins se sont séparés. Et à partir de là, plus rien n’a fonctionné.»

Son état s'améliore-t-il secrètement?

Andreas Schifferer ne parviendra jamais à retrouver son niveau et annonce sa retraite en 2006. En 2010, lors de l’ouverture de la Coupe du monde à Sölden, il refait brièvement parler de lui: la police le soupçonne d’avoir volé un snowboard. L’affaire se révélera être un simple malentendu, et il sera acquitté.

Aujourd’hui encore, des récits inquiétants circulent à Radstadt. Il y a deux étés, l'Autrichien se serait rendu à une station-service en tenue de ski par une journée caniculaire. Une voisine aurait même alerté la police, se disant menacée par l’ancien champion.

Hannes Reichelt tient toutefois à nuancer: «J’ai toujours connu Schiffi comme quelqu’un au grand cœur.» Le champion du monde de super-G 2015 laisse entrevoir une lueur d’espoir: «J’ai entendu dire que son état s’améliore un peu en ce moment.»

Andreas Schifferer a toutefois perdu celui qu’il décrivait comme «la personne la plus fascinante» de sa vie. L’énergéticien Martin Weber est décédé en 2019.

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