«Que vous étiez champion du monde ou juste une personne croisée dans la rue, Jacques vous considérait de la même manière.» Dans un communiqué, la famille Cornu a rendu hommage au motard neuchâtelois décédé lundi à l'âge de 72 ans. Elle a salué le caractère humble, résilient et profondément humain de celui qui a marqué l'histoire du motocyclisme helvétique. «Il ne le faisait pas pour être apprécié, c’était juste sa façon d’être, et de faire, toujours avec son cœur», poursuit Elvir Softic, qui a repris son école de pilotage Cornu Master School en 2018.
«Il n’a jamais pris la grosse tête, même durant sa période de gloire, a souligné sa fille Justine. Il avait beau être hypermédiatisé, il a gardé sa personnalité, ouverte, partageuse.» Au total, le «grand Jacques», comme il était surnommé, est monté 21 fois sur le podium en Grand Prix, remportant trois épreuves en 250 cm3 (Autriche et France 1988, Belgique 1989). «Lorsque nous étions petites, il y avait toujours quelqu’un qui venait lui parler, se remémore Camille, sa fille cadette. J’imaginais parfois qu’il pouvait en avoir marre, mais ça n’était jamais le cas. Il restait toujours naturel et souriant, rencontre après rencontre.»
«Il a vraiment toujours eu une bonne étoile»
Sa compagne, Catherine Jobin, a salué l'humour qui caractérisait Jacques Cornu. «Même à l’hôpital, durant les dernières semaines de la maladie qui l’a emporté, il plaisantait encore avec le personnel infirmier, se souvient-elle. Il est toujours resté un grand enfant.» Ce qui ne l'empêchait pas d'être un dur au mal. La famille de Jacques Cornu a d'ailleurs fait part de deux anecdotes éloignées des circuits pour l’illustrer.
Opéré à une jambe, il s'était fait la malle avec ses cannes afin de rentrer chez lui pour relever sa boîte aux lettres. La raison? Il devait recevoir un contrat. Il avait conduit, utilisant une de ses béquilles pour actionner la pédale d’embrayage. Arrivé à la poste, il a glissé, est tombé et a vu sa plaie se rouvrir. Rentré en catimini dans sa chambre d’hôpital, il avait appelé les médecins depuis son lit pour leur dire que sa plaie saignait.
Plus tard, lors d’un voyage en Namibie, Jacques Cornu avait violemment chuté, se cassant quelques côtes et voyant sa rate exploser. Malgré les douleurs, il a tenu à terminer son voyage avant de rentrer. Mais il a tout de même attendu avant de se faire hospitaliser. La raison? Il tenait à suivre les obsèques de Johnny Hallyday à la télévision. «Il a vraiment toujours eu une bonne étoile», estime Elodie Viel, sa fille aînée. «Plutôt une armée d’anges gardiens», ajoute Catherine Jobin. De là-haut, le «grand Jacques» pourra désormais veiller sur sa petite-fille, qui vient d'enfourcher sa première moto.