Une Genevoise de 17 ans à Milan
Laure Mériguet: «En apprenant ma sélection, j'ai pleuré et sauté de joie»

En février prochain, la Genevoise Laure Mériguet va disputer ses premiers Jeux olympiques. À seulement 17 ans, la défenseuse a un bel avenir devant elle... et un présent particulièrement chargé. Rencontre.
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Laure Mériguet a déjà disputé un Mondial des «grandes»
Photo: keystone-sda.ch
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Grégory BeaudJournaliste Blick

«Je rentrais de Verbier et j’étais dans le train lorsque Colin Müller (ndlr le sélectionneur national) m’a appelée pour m’annoncer ma sélection. Lorsqu’on a raccroché, j’ai pleuré et sauté de joie. Heureusement qu’il n’y avait pas beaucoup de monde dans le wagon, hormis mon copain (rires).» En ce début d’année, Laure Mériguet a reçu un appel marquant: l’officialisation de sa sélection pour les Jeux olympiques.

«Je savais que la communication était prévue pour ce jour-là, poursuit la joueuse de Genève-Servette. Je dois bien dire que les deux ou trois nuits précédentes, je n’ai vraiment pas bien dormi. J’étais très nerveuse.» Retenue l’an dernier pour disputer le Mondial «des grandes», elle faisait évidemment partie du cadre élargi en vue des Jeux olympiques.

Coup d'arrêt en novembre

Jusqu’au 1er novembre dernier. «J’ai commencé à me dire que j’avais une vraie chance d’aller aux Jeux et puis je me suis blessée, nous confie-t-elle. Au début, c’était un coup dur. Après discussion avec la chirurgienne, nous avons opté pour une opération et la rééducation s’est très bien déroulée, si bien que j’ai pu revenir au jeu en ce début d’année. Dès que j’ai senti que ça allait le faire, j’ai appelé le sélectionneur pour l’informer de la situation. J’étais stressée que cela me ferme la porte.»

Son retour, elle l’a effectué ces derniers jours lors du Mondial M18 à Cape Breton, au Canada. Et Laure Mériguet n’a pas vraiment eu l’occasion de reprendre en douceur puisqu’elle a patiné durant près de 27 minutes (!) face au Canada. «J’ai pu rapidement voir si mon cardio était au niveau», rigole-t-elle. Ce jeudi, elle dispute les quarts de finale face à la République tchèque (19h, heure suisse). Pour atteindre ce stade, elle a encore joué 29’51’’ lors de la victoire face à la Hongrie. Cela ne fait aucun doute: elle est bien dans le rythme.

Retour sur terre facile

Comment revenir sur terre après avoir reçu l’appel le plus important de sa carrière, en ce début janvier? À l’écouter, c’était tout simple. «Je suis rentrée le 1er janvier à Genève et, le même jour, je repartais pour Zurich afin de préparer le Mondial M18. J’étais donc focalisée sur un autre objectif.» Avant de partir pour Milan, elle aura encore l’occasion de jouer quelques matches de championnat.

Car au quotidien, Laure Mériguet ne joue pas encore chez les adultes, mais avec l’équipe M18 de Genève, chez les garçons. Un moyen de se développer au contact des meilleurs joueurs de l’académie du bout du Léman. «Je les connais pour la plupart depuis les M13 ou les M15, raconte-t-elle. Au quotidien, tout se passe bien. Pour eux, ce n’est plus franchement spécial d’avoir une fille dans le vestiaire.»

«J'ai appris à me défendre»

Ce qui change, en revanche, c’est la comparaison du développement physique entre ses coéquipiers et elle. «Plus jeune, c’est moi qui leur mettais une tête d’écart (rires), mais j’ai arrêté de grandir… eux pas. On en rigole en regardant des vidéos de l’époque. Je le remarque d’ailleurs au quotidien lors des entraînements. Physiquement, ils ont commencé à sacrément évoluer. C’est un challenge intéressant pour moi. Et c’est aussi un bon moyen de progresser dans ce domaine.»

Si les Genevois ne la voient pas différemment, ce n’est pas forcément le cas de ses adversaires en juniors. «Jusqu’en M17, ça allait encore, précise-t-elle. Mais là, je vois que certains ont un peu plus de rage contre moi (rires). Mais quand tu apprends à jouer au hockey, tu apprends surtout à te protéger, donc ça ne me fait pas peur.» Parmi les joueurs du banc opposé, elle a remarqué deux catégories bien distinctes: «Il y a ceux qui mettent un coup de frein pour ne pas me faire mal et ceux qui mettent un coup de patin pour essayer de venir me tester. Tant que l’on ne me met pas en danger, c’est OK.»

Et Laure Mériguet a également du répondant. Non seulement en interview, mais aussi sur la glace. «Pour la première fois, je me suis fait taper dessus, détaille-t-elle. J’ai eu altercations et j’ai reçu des coups en défendant mes coéquipières. Mais j’ai réussi à me défendre (rires) et mes coéquipiers m’ont également soutenue. Bon… J’ai aussi mis quelques coups durant un match, rigole-t-elle. Ça fait partie du jeu.»

Un quotidien chargé

En plus des matches avec les juniors, de ses sélections internationales et, bientôt, des Jeux olympiques, Laure Mériguet a également une vie d’étudiante à mener en parallèle. Elle est en troisième année de collège. «Et je ne peux pas trop mettre les études en pause sous prétexte que je joue au hockey, remarque-t-elle. J’ai la chance de pouvoir compter sur ma meilleure amie qui m’aide au mieux, mais je n’ai pas trop le temps de rattraper, donc je lis un maximum de livres pour me tenir au niveau. Mais j’avoue que je ne suis pas en train d’apprendre mes théorèmes de maths ces jours-ci (rires).»

Elle savait que ces mois de janvier et février allaient être particulièrement compliqués. «J’ai essayé d’en faire le plus possible durant le premier semestre et j’espère que les profs seront compréhensifs. Certains m’ont écrit pour me féliciter de ma sélection. Cela m’a fait plaisir. Mais je pense que tous ne comprennent pas pourquoi je rate autant de cours.» Avec les Jeux qui approchent, elle sait que sa vie d’étudiante va encore être davantage mise entre parenthèses. «J’aurai du boulot en rentrant de Milan, concède-t-elle. Mais en ce moment, je sais où je mets ma priorité et j’assumerai derrière.»

Et si elle revient en classe avec une médaille olympique, elle aura peut-être droit à la mansuétude des profs? Elle pouffe: «L’essentiel est de bien entrer dans le tournoi. C’est sur cette base que nous voulons construire.» Le premier rendez-vous a lieu le 6 février face à la Tchéquie (14h40), avant le match tant attendu face aux stars canadiennes (7 février) et américaines (9 février). Et Laure Mériguet aura forcément des étoiles dans les yeux.

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