Un bien discret mécène
Sans ce millionnaire, Franjo von Allmen n'aurait jamais remporté l'or olympique

Le monde entier s'émerveille devant les exploits de Franjo von Allmen, triple médaillé d'or olympique! Mais qui sait que l'ascension de ce jeune homme de 24 ans est étroitement liée à un ancien pharmacien?
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Trois fois l'or! Franjo von Allmen est la superstar de ces Jeux olympiques.
Photo: keystone-sda.ch
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Marcel W. Perren

C’est une histoire digne d’un conte de fées. Celle d’un jeune garçon issu d’un milieu modeste qui conquiert l’Olympe à une vitesse folle, après la disparition beaucoup trop précoce de son père. Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’une fable. Mais bien de l’histoire vraie de Franjo von Allmen.

Beat Gerber, originaire de Därstetten, dans le Simmental, fait partie de ceux qui ont été témoins de cette ascension extraordinaire dès les premiers pas, lui qui avait par le passé travaillé sur des chantiers avec le père de Franjo. Et comme sa propre fille était elle aussi une skieuse ambitieuse durant son enfance, Beat Gerber se rendait régulièrement, le dimanche, sur les courses de jeunes dans l’Oberland bernois. À l’époque, Franjo, venu de Boltigen, figurait déjà parmi les partants.

«Ce n’est pas comme si Franjo avait immédiatement attiré mon attention lors des courses de la Leki Cup», se souvient Beat Gerber. «On voyait certes très vite qu’il prenait énormément de plaisir à skier. Mais il ne gagnait pas toutes les courses de jeunes de la région bernoise, contrairement à Beat Feuz avant lui.»

Le golden boy au vélo pourri

C’est seulement quelques années plus tard, lors d’une semaine de vélo en Toscane organisée par la fédération de ski de l’Oberland bernois, que Beat Gerber réalise à quel point ce Franjo von Allmen est un garçon hors norme. «Même s’il lui arrivait de boire quelques bières le soir, Franjo se montrait impressionnant le lendemain matin lors des sorties à vélo. Et sur le plan de la coordination, il était exceptionnel: il pouvait parcourir deux kilomètres entiers en roulant uniquement sur la roue arrière.»

Le tout avec un sérieux désavantage matériel. Après la mort de son père, l’apprenti charpentier disposait de très peu de moyens financiers. «Il n’avait pas les moyens de s’offrir un bon vélo. Mon collègue Simon Zmoos a alors fait le lien avec le propriétaire de Thömus Veloshop afin que Franjo puisse bénéficier d’un vélo digne de ce nom.»

Les millions du pharmacien

Si ce jeune talent, aussi doué que démuni, a pu poursuivre sa carrière de skieur dès l’âge de 17 ans, c’est d’abord grâce à un crowdfunding lancé par sa commune d’origine. Mais Beat Gerber a également joué un rôle clé pour lui ouvrir d’autres portes. «Lors des championnats suisses à Saint-Moritz, j’ai demandé à Annalisa Gerber, que je considérais un peu comme la patronne officieuse de Swiss-Ski, si elle connaissait Franjo von Allmen. Lorsqu’elle m’a répondu non, je lui ai assuré que ce garçon deviendrait un jour vraiment très bon. Elle s’est laissée convaincre. Ensuite, Annalisa l’a énormément soutenu à travers ses fondations.»

Ancien responsable marketing de Swiss-Ski, Beat Gerber gère aujourd’hui, en plus de la pension Sports de neige, la fondation Dr Heinz Grütter-Jundt. «Le Dr Grütter, décédé en 2014, était un pharmacien fortuné qui, dans sa jeunesse, s’était mesuré au grand Karl Molitor lors de courses de ski. Lorsque le ski de compétition suisse a traversé une profonde crise en 2005, il voulait contribuer à ce que la Suisse redevienne une nation phare de la discipline.»

Grâce aux millions investis par le docteur Grütter, une fondation a vu le jour — et Franjo von Allmen en a largement profité. Après avoir décroché trois médailles d’or olympiques, le skieur devrait désormais être financièrement à l’abri pour le reste de sa vie.

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