Sur le casque interdit
La tragique histoire derrière le visage de Kateryna

Le skeletoneur Vladyslav Heraskevych a été suspendu pour son casque hommage, représentant des victimes de la guerre en Ukraine. Une amie de Kateryna, gymnaste décédée et dont le visage est présent sur le casque, se confie à Blick.
1/10
Le casque interdit de Vladyslav Heraskevych. Le CIO l'a considéré comme un message politique, et n'a pas permis à l'Ukrainien de prendre le départ de la course de skeleton aux Jeux olympiques.
Photo: imago/Kyodo News
Joel_Hahn_Praktikant Sport _Blick Sport _2-Bearbeitet.jpg
Joël Hahn

Le casque du skeletoneur Vladyslav Heraskevych, orné des portraits d’athlètes morts à la guerre, est devenu l’objet le plus marquant des Jeux d’hiver, bien que l’Ukrainien n’ait finalement pas été autorisé à le porter en compétition, après une suspension controversée.

Lorsque Sonija Derevyanko, qui vit à Munich, découvre sur Internet les images de ce casque, elle en a le souffle coupé. La jeune fille de 13 ans reconnaît soudain le visage de sa meilleure amie, Kateryna Diachenko, décédée à l'âge de 11 ans. Une enfant avec qui elle s’était entraînée, avait ri et rêvé pendant des années en gymnastique rythmique à Marioupol, avant que la guerre ne réduise leur monde en ruines.

Le casque comme symbole

Kateryna Diachenko a été tuée lors d’un bombardement en 2022. Son père est mort avec elle, son frère a été grièvement blessé. Pour Sonija, ce casque représentait bien plus qu’un simple message sportif: c’était un acte de mémoire.

Interrogée par Blick, elle raconte: «J’ai d’abord été heureuse», puis, «quand j’ai vu Kateryna, j’ai pleuré». Elle a ressenti que son amie était enfin vue. Honorée. Pas oubliée. Mais ce symbole a été stoppé par le Comité international olympique.

L’exclusion de Vladyslav Heraskevych en raison de son casque a profondément bouleversé Sonija. Pour elle, c’était une gifle pour toutes les familles ayant perdu un proche. «C’est une question d’humanité. De mémoire. Il n’a rien fait de mal. C’est injuste», déclare-t-elle.

Elle comprend les règles du CIO — mais pas leur rigidité. « On aurait dû le laisser courir. Pour que les gens voient ce qui s’est passé ». Selon elle, de nombreux responsables ignorent les destins qui se cachent derrière ces images. « Pour nous, ce casque était important. Pour les parents. Pour les amis ». À ses yeux, cette décision a incarné une froideur là où la compassion aurait dû prévaloir.

La gymnastique, malgré la guerre et la fuite

Sonija a elle-même traversé l’horreur. Pendant les combats à Marioupol, elle s’est cachée durant des semaines dans une cave avec sa mère Olena et son frère Roman — sans électricité, sans sécurité, et sans nourriture suffisante. Lors de leur fuite, elle a vu des morts dans les rues. «On m’a couvert les yeux avec un bonnet», raconte-t-elle.

Aujourd’hui, elle vit à Munich avec sa mère et son frère. Son frère aîné, Jaroslav, est toujours engagé dans l’armée ukrainienne. Il a défendu jusqu’au bout l’aciérie d’Azov, a été brièvement fait prisonnier par les forces russes, puis décoré par le président Volodymyr Zelenskyy.

Sonija est élève au Ludwigsgymnasium et s’entraîne jusqu’à cinq heures par jour en gymnastique. Elle compte parmi les plus grands espoirs en Bavière. En plus de l’école et du sport, elle assume d’importantes responsabilités familiales, traduisant pour sa mère lors des démarches administratives ou des rendez-vous médicaux.

Abandonner n’a jamais été une option pour la jeune fille. «Le sport m’aide à continuer», affirme-t-elle. «À chaque compétition, Kateryna est avec moi en pensée.» Elle porte sa tenue de compétition en souvenir de son amie. Elle ne pratique pas la gymnastique seulement pour elle seule, mais bien pour deux.

Articles les plus lus