Place au slalom mercredi!
Camille Rast skie avec un petit handicap physique et veut en faire abstraction

Touchée au pouce, Camille Rast a dû se contenter d’une 12e place lors du géant, sur une piste jugée trop facile et peu sélective pour les techniciennes. Frustrée mais lucide, la Valaisanne se projette déjà vers le slalom, même si le tracé lui déplaît déjà.
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Camille Rast termine douzième du géant dimanche.
Photo: keystone-sda.ch
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Mathias Germann

Les Jeux olympiques seront-ils encore une histoire d’amour pour Camille Rast? Rien n’est moins sûr. En tout cas pas en ce dimanche ensoleillé à Cortina d’Ampezzo. À l’arrivée, la Valaisanne de 26 ans n’est pas abattue, mais désabusée.

Douzième du slalom géant, elle lâche ensuite une phrase qui en dit long:
«Je serai contente quand les Jeux olympiques seront terminés.»

Il lui manque 37 centièmes pour décrocher une médaille. Un écart infime — et souvent rattrapable en Coupe du monde. Mais les Jeux olympiques ne sont pas la Coupe du monde. La piste de Tofana est pensée pour la vitesse, beaucoup moins pour la technique. Le départ est plus bas que lors des Mondiaux disputés ici il y a cinq ans. Et au lieu d’emprunter la pente finale, plus raide, le tracé rejoint l’arrivée par une large courbe. «C’est même en partie en montée», explique Julia Scheib.

L’Autrichienne parle sans détour — et sans doute aussi au nom d’Alice Robinson. À elles trois, Camille Rast, Julia Scheib et Alice Robinson ont remporté sept des huit géants de Coupe du monde cette saison. À Cortina, elles repartent bredouilles: l'Autrichienne est cinquième, la Néo-Zélandaise huitième, la Vétrozienne douzième.

Un nouveau chapitre du conte de fées Federica Brignone

Les super-techniciennes auraient rêvé d’un tracé bien différent. Plus exigeant. L’entraîneur en chef des femmes suisses, Beat Tschuor, pointe lui aussi un problème. «La piste est très attractive. Mais il a manqué la préparation de base avec la barre d’eau. Cela aurait pu faire la différence.» Conséquence: «Nous avons eu une neige très facile», confirment plusieurs skieuses.

Ancien professionnel et aujourd’hui responsable des courses chez Atomic, Christian Höflehner relativise: «La pente, le tracé, la qualité de la neige… chaque skieuse aime des choses différentes.» Et de sourire: «Pour Thea Stjernesund, c’était aujourd’hui la meilleure piste de tous les temps.» La Norvégienne termine deuxième, ex æquo avec Sara Hector.

L’or, lui, revient à Federica Brignone. Dix mois après une grave fracture de la jambe, l’Italienne de 34 ans écrit un nouveau chapitre de son retour. Camille Rast la félicite avec sincérité: «J’étais chez Fede cet été. Sa jambe n’allait vraiment pas bien. Elle a vécu l’enfer. Je suis très heureuse pour elle.»

Federica Brignone parle même de miracle, tout en glissant: «J’aurais échangé ces deux médailles d’or contre le fait d’avoir été épargnée par cette blessure.»

Camille Rast prête à «coller» son bâton

Retour aux ambitions olympiques de Camille Rast. En slalom, les perspectives restent mitigées. «C’est comme un parcours junior. Tout est plat, très court. 44 secondes. C’est difficile de faire la différence.» Les experts s’attendent à une course extrêmement serrée. Camille Rast regrette: «C’est dommage de ne pas courir sur la pente plus raide des Mondiaux, juste à côté. Mais je vais tout tenter.»

À cela s’ajoute un souci physique. Lors d’un entraînement, elle s’est coincé le pouce droit dans la neige. Depuis, elle porte une attelle. «Je vais coller ma main au bâton et essayer de ne pas le perdre», sourit-elle.

Les signaux positifs existent pourtant: la forme est là, et elle sait ce qu’il lui faut.
«Un peu plus d’espace entre les portes. Du rythme. Des ruptures. Parfois plus direct, parfois moins.» Son entraîneur Denis Wicki saurait sans doute lui offrir cela. Reste à savoir si les traceurs Klaus Mayrhofer (Autriche) et Sascha Sorio (Italie) iront dans ce sens.

La série noire de Mikaela Shiffrin

La superstar Mikaela Shiffrin repart elle aussi sans médaille. Huit courses olympiques désormais — six à Pékin, deux à Cortina. Elle termine onzième, sept centièmes devant Camille Rast. Pas question, toutefois, d’évoquer un quelconque traumatisme olympique: «Je retiens beaucoup de positif. Il y a un an, j’étais à un tout autre stade.»

Quant au tracé jugé trop facile, l’Américaine reste factuelle: «Ce n’était pas très difficile techniquement, c’est vrai. Mais à Semmering en décembre, la piste était traîtresse et c’était dangereux. Ici, ce n’était pas le cas. Et au final, ce sont toujours de très, très bonnes skieuses qui gagnent.»

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