Une championne fière de ses racines
Mathilde Gremaud, la tête dans les airs et les pieds sur terre

En Italie, Mathilde Gremaud est devenue double championne olympique de slopestyle. La Gruérienne a appris à appréhender sa carrière comme elle vit: simplement et au plus proche de ses racines.
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Mathilde Gremaud a remporté l'or en slopestyle
Photo: IMAGO/DeFodi Images

En quelques heures, Mathilde Gremaud a quitté l’hôpital de Livigno pour rejoindre Milan où notre rencontre est prévue. «Pas d’inquiétude, elle tient à venir à Milan», nous explique-t-on au moment où l’on craignait de devoir annuler la rencontre. Finalement, la Gruérienne est arrivée pile à l’heure au magnifique Pavillon de son partenaire Omega où se déroule l'entretien.

À voir la spécialiste de ski freestyle, il paraît presque étonnant de se dire qu’elle vient de traverser une période particulièrement mouvementée en une poignée de jours. Jugez plutôt: le 9 février, elle devient championne olympique de slopestyle, sa discipline reine. Sept jours plus tard, elle se crashe à l'échauffement du Big Air. Elle qui ambitionnait de terminer la soirée sur le podium l’a finie dans une chambre d’hôpital. «Même si j'avais été capable physiquement de concourir, je ne l’aurais pas été mentalement», a-t-elle admis.

Photo: IMAGO/DeFodi Images

Et cette phrase résume en un sens assez bien qui est Mathilde Gremaud. Pour faire du ski freestyle à un tel niveau de compétition, il faut n’avoir peur de rien, mais également connaître ses limites. Désormais double championne olympique, elle ne s’en cache pas: lorsque l’on est arrivé au sommet, y rester ne va pas de soi. «Une carrière, ce n’est pas quelque chose de linéaire et il y a des phases plus mouvementées que d’autres, analyse-t-elle lucidement. Ce qui est bien avec les Jeux, c’est que nous avons quatre ans pour nous y préparer. Cela permet de passer par tous les états d’esprit.»

Elle avoue avoir connu une grande décompression après son titre olympique en 2022 à Pékin. «Je continuais de faire ma routine et de m’entraîner, précise-t-elle. Par contre, j’attendais surtout le week-end afin de voir mes potes et de faire autre chose. Je me suis laissée le temps de penser à autre chose, de changer mes priorités. Entre deux Jeux, il y a énormément de hauts et de bas. Il faut accepter ces jours plus compliqués et ne pas s’en faire. Ce lâcher-prise est important dans la gestion des émotions sur une carrière.»

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Ce qui est bien avec les Jeux, c’est que nous avons quatre ans pour nous y préparer. Cela permet de passer par tous les états d’esprit.
Mathilde Gremaud, double championne olympique
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On pourrait imaginer Mathilde Gremaud évoluer dans un monde plus en rapport avec le côté fun de son sport. Cependant, c’est tout le contraire qu’elle dégage. Pour preuve, elle a préparé ses Jeux olympiques du côté d’Albeuve, en Intyamon. Comment? En participant à la Désalpe en suivant une famille. Une démarche singulière, mais elle ne le voit pas ainsi. «Je trouve que les régions avec des traditions fortes sont souvent des régions de bosseurs, appuie-t-elle. Une famille qui monte à l’alpage fait énormément de sacrifices, parfois même plus que les sportifs. C’est différent et en même temps très similaire. Les femmes et les hommes qui vivent ces saisons-là n’ont pas les médias derrière eux, pourtant ils travaillent tout le temps. Ils doivent s’occuper des bêtes, faire le fromage, veiller à ce que tout soit parfait. Nous devons aussi constamment prendre soin de nous-mêmes. Je vois une vraie similitude.»

D’ailleurs, Mathilde Gremaud s’entoure de marques suisses pour l’accompagner, comme la manufacture horlogère Omega ou l'Union fribourgeoise du Tourisme. «Ce n’est pas par patriotisme, précise-t-elle. Je ne me considère pas ainsi. Mais, bien sûr, en tant qu’athlète, on voyage énormément et tous les jours je croise des gens à qui je dis qu’il faut absolument venir manger une fondue en Suisse ou venir y acheter une montre. Je suis fière du savoir-faire de mon pays. Cela fait partie de moi. Le rapport aux traditions et à la culture, c’est comme ça que j’ai grandi. C’est peut-être cliché de parler de racines, mais c’est vraiment ça.» 

Photo: OMEGA

Et, finalement, cela rejoint plutôt son savoir-faire à elle, sur les skis. Et cette capacité à être prête au moment où cela compte est également enracinée en elle. «Timing is everything» (ndlr Tout est dans le timing), comme on dit en anglais. Pile à l’heure. «C’est une phrase qui me parle beaucoup, constate-t-elle. On a quatre ans pour se préparer. Le jour J, c’est presque le bonus. L’important, c’est de faire les étapes jour après jour. Ça ne veut pas dire être la meilleure au quotidien. Si j’ai un mauvais jour, je l’accepte et je continue. L’idée, c’est d’avancer au bon rythme pour arriver prête au moment clé.»

Du côté de Livigno, le timing était pour le moins bon. C’est devant ses proches que Mathilde Gremaud est devenue double championne olympique. Contrairement à Pékin voici quatre ans, elle a vu une importante délégation débarquer en provenance de La Roche. «Je les entendais faire du bruit depuis le haut de la piste, se souvient-elle. Je n’avais jamais vécu un tel moment. C’était incroyable. En plus de ma famille et de mes proches, il y avait toute une équipe du ski-club présente. Je crois qu’ils étaient une cinquantaine. C’était magnifique d’avoir autant de monde pour célébrer ce grand moment.»

Gérer «l’après»

Même si la petite déception consécutive à son forfait en Big Air, Mathilde Gremaud tire évidemment un bilan positif de ses troisièmes Jeux olympiques. «La discipline reine, c’est le slopestyle, précise-t-elle. Donc, mes Jeux sont réussis.» Reste désormais à voir comment elle va «encaisser» l’après-Jeux. «Je suis encore jeune (ndlr 26 ans), mais je commence à avoir beaucoup d’expérience. En 2018, j’étais assez innocente par rapport à tout ce que j’allais vivre et c’était très intense. En 2022, j’étais peut-être un peu mieux préparée. Mais, c’était encore dix fois plus intense parce qu’il y avait deux médailles, dont une d’or.»

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Je suis fière du savoir-faire de mon pays. Cela fait partie de moi.
Mathilde Gremaud, sur son rapport à son partenaire, Omega.
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En quelques années, sa notoriété a changé du tout au tout. C'est justement le fait d’avoir les pieds solidement ancrés sur terre qui lui permet de vivre cela avec calme. «Il y a beaucoup de choses que je peux gérer moi-même. Mais, le plus important, c’est apprendre à dire non. Tu reçois plein d’opportunités et, prises une à une, chacune pourrait être intéressante. Mais, si tu acceptes tout, cela devient compliqué. Je dois faire des choix. Ma carrière est encore longue. Si ça ne se fait pas aujourd’hui, ce sera pour une prochaine fois.» Finalement, gérer une carrière de double championne olympique, c’est simple. À condition d’avoir la tête sur les épaules. Même à 10 mètres du sol.

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