Les larmes après le triomphe
«J'espère que je ne me réveillerai pas de ce rêve»

Parfois, les superlatifs peuvent manquer. Les héroïnes du triplé historique en VTT lors des Jeux olympiques de Tokyo ont également eu de la peine à mettre des mots sur ce qui venait de leur arriver. Elles ont tout de même essayé. Morceaux choisis.
Publié: 27.07.2021 à 10:19 heures
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Dernière mise à jour: 27.07.2021 à 16:29 heures
Jolanda Neff a remporté son premier titre olympique
Grégory Beaud (adaptation)

Après la course, les cœurs des trois Suissesses ont éclaté. La gagnante Jolanda Neff a sangloté et les mots sont venus sans interruption dans le micro de la SRF. «C’est méga cool et c’était moins difficile que ce que j’imaginais en arrivant ici. J’ai été en mesure de contrôler la course. J’ai surtout fait attention à gérer mon effort et à m’assurer que je n’allais pas trop vite.»

L’interview est interrompue lorsque la Polonaise Maja Wloszczowska, qui a terminé la course en 20e position, félicite Jolanda pour sa victoire. Pendant quelques secondes, les deux athlètes se serrent dans les bras avant que la nouvelle championne olympique ne se tourne à nouveau face à la caméra avec des larmes dans les yeux. «J’espère que je ne me réveillerai pas de ce rêve.»

Dans un anglais parfait, Jolanda Neff, qui a passé le confinement en Caroline du Nord avec son ami américain vététiste, a livré une analyse empreinte de précision et d'émotions après sa démonstration olympique. «C'est une incroyable histoire, a-t-elle lâché. J'étais comme portée aujourd'hui. J'ai fait une course parfaite, fluide, sans faute, dans les conditions les plus dures possible. Nous n'avons eu qu'une heure pour nous entraîner et nous préparer sur le parcours modifié par les pluies de la matinée. Il a fallu apprendre vite, reconnaître de nouvelles trajectoires, s'habituer à la terre humide».

«Il était important de bien partir, de trouver son propre rythme. J'aime courir seule devant, c'est là que je me sens la plus à l'aise dans les descentes. Tout a joué en notre faveur. Nous avons beaucoup travaillé la technique à l'entraînement, les réflexes», a poursuivi la Saint-Galloise.

Plus rien gagné depuis fin 2019

«Pour moi, c'est une incroyable histoire. Depuis le test pré-olympique sur ce même parcours à fin 2019, je n'avais plus rien gagné. Les dernières années ont été dures. Heureusement, mon entourage m'a soutenue. Je savais que je devais d'abord retrouver la santé, éviter de nouveaux déboires, a souligné Jolanda Neff. Et puis, il y a eu encore cette fracture à une main à la fin du printemps, qui m'a empêchée de m'entraîner à VTT pendant six semaines. Mais ce devait être mon jour. Et j'étais tellement contente de pouvoir à nouveau, pour la première fois depuis deux ans, m'aligner devant du public (le parcours d'Izu accueillait un nombre étonnant de spectateurs). J'adore la compétition!», a-t-elle conclu.

Pour la Saint-Galloise, la raison de ce triomphe suisse s’explique tout à fait: «Nous avons investi énormément dans la technologie au fil des ans». Et comme les conditions météorologiques ont beaucoup changé le matin à cause de la pluie, les Suisses ont été les plus aptes à s’adapter aux changements. «Nous sommes restées calmes», précise Linda Indergand, troisième. «Les autres ont fait des erreurs, pas nous», poursuit-elle.

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Indergand, qui formait le groupe de poursuite avec Sina Frei, enchaîne: «C’était facile de rouler ensemble avec Sina. Elle m’a poussée à fond dans les montées. Et je suis infiniment heureuse de la médaille de bronze. Je suis sans voix.» Comme Neff, l’Uranaise est aussi totalement désemparée au moment de s’exprimer. À la fin de son interview, elle ne sait plus quoi dire et, les larmes aux yeux, se contente de faire passer un message aux téléspectateurs: «Merci à tous ceux qui ont croisé les doigts et qui ont cru en nous».

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La sensationnelle Sina Frei, qui n’a eu que 24 ans il y a neuf jours, analyse la course comme une professionnelle aguerrie. La médaillée d'argent Sina Frei était elle aussi extrêmement lucide dans son analyse. «Notre préparation a payé comme jamais. Les fortes pluies avant la course nous ont d'abord un peu perturbées. Mais notre équipe en soutien a été exceptionnelle. Et le fait que nous soyons arrivées une demi-heure plus tôt que prévu sur le tracé m'a aidée à ne pas devoir tuer le temps dans ma chambre d'hôtel», a-t-elle déclaré.

«J'adresse un grand merci à tous nos techniciens», a pour sa part déclaré la médaillée de bronze Linda Indergand. «Leur accompagnement sur le parcours avec ces conditions de course modifiées par la pluie a été très important. Le fait d'avoir pu courir longtemps au côté de Sina Frei m'a aussi aidée. Elle m'a poussée dans les montées.»

De manière moins émotionnelle que ses deux compatriotes. «Cela n’aurait pas pu mieux se passer. Je suis extrêmement heureuse d’avoir gagné l’argent. Ces conditions difficiles nous convenaient très bien à toutes les trois. Nous allons maintenant profiter de ce succès.» De ce triomphe, serait-on tenté d’ajouter.

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