«Aucune d'ambiance»
De nombreux fans déçus par ces Jeux de Milan-Cortina

De nombreux fans quittent l'Italie déçus par ces Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026. Les athlètes émettent également des critiques.
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L'ambiance olympique n'est palbable nulle part.
Photo: Claude Diderich/freshfocus
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Nicola Abt et Mathias Germann

Les Jeux olympiques ont commencé il y a plus d’une semaine. Drames, héros, sensations: tout y était. Du grand sport, exactement ce que l’on attend des Jeux. Ou pas?

Pour beaucoup, ces Jeux ont surtout ressemblé à une succession d’occasions manquées. «Quand je suis arrivé à Cortina, je n’ai ressenti aucune ambiance olympique», confie l'ancien skieur Marco Büchel. Beaucoup d’autres ont vécu – ou vivent encore – la même impression. Et cela se remarque particulièrement à Bormio.

Plus de police et des bus vides

Même si les fans suisses ont pu applaudir d’innombrables médailles, beaucoup sont repartis déçus. «Je m’attendais à tout autre chose. Dans le village, on ne sent pas les Jeux olympiques», explique un Lucernois. La superstar du ski Marco Odermatt partage son sentiment: «Il n’y a aucun esprit olympique à Bormio». Mais l’as du slalom Linus Strasser trouve un point positif: «Le meilleur dans tout ça, c’est que je réalise maintenant que les Jeux de Pékin n’étaient finalement pas si mauvais».

Rappelons qu’à Pékin, le Covid dominait les gros titres. En Italie, les Jeux ressemblent davantage à un grand rassemblement de Coupe du monde classique. C’est ce que vivent les fans, que ce soit à Bormio, Antholz, Milan, Livigno ou Val di Fiemme. L’interdiction des cloches de vache, appliquée de façon irrégulière, agace également.

Un bénévole dans le stade de ski de fond résume: «La seule différence avec une Coupe du monde, c’est qu’il y a beaucoup plus de policiers et de nombreux bus vides qui circulent dans la région».

Où est passée la fête?

Sur le Corso Italia de Cortina, l’animation est intense en journée. Américains, Suisses, Allemands, Autrichiens, Italiens: les bars sont pleins, on discute, on échange des pin’s, on raconte des histoires. La flamme olympique brûle devant la Basilica dei Santi Filippo e Giacomo, et dans le cœur des fans et des athlètes. Mais qu’en est-il du Comité international olympique (CIO)?

Ces Jeux d’hiver ne sont pas un événement sur place, mais un événement télévisé. Ceux qui sont présents dans les stades ou sur les pistes comptent peu, tandis que ceux derrière leur écran comptent beaucoup. «Autour du site de compétition, on rate beaucoup de choses», remarque Marco Büchel.

Le soir, cette impression se confirme. Beaucoup quittent les lieux. Que faire à l’extérieur? En Coupe du monde, la situation est différente: tirage au sort des dossards, podiums, remise des prix… Cortina vibre. Un DJ met le feu, les skieuses sautent sur le podium, la foule exulte. Chaotique, chaleureux, enthousiaste. Aux Jeux olympiques, tout cela manque: les médailles sont remises juste après la course. «On installe un podium, on accroche les médailles, on joue l’hymne… et c’est tout», déplore Marco Büchel.

Peu de fan's club et d'hébergements

Ce constat n’a jamais été aussi frappant que pour Federica Brignone. Dix mois après sa grave chute, elle a remporté le super-G à domicile, à 35 ans. Comme dans un véritable conte de fées. Mais «Fede» au centre du village, sous les projecteurs le soir? Impossible à imaginer. «Les athlètes ne reçoivent pas ce qu’ils méritent. Ça me dérange», souligne Walter Reusser.

À l’arrivée de la Tofana, le mât de drapeau est ridicule. Les fan's clubs sont rares, les billets chers (à partir de 100 euros) et les hébergements limités. Pourtant, il s’agissait des premiers Jeux au cœur de l’Europe depuis 18 ans. Dans les tribunes, l’ambiance est restée plus calme que lors des courses de Coupe du monde: «Beaucoup de spectateurs n’ont pas grand-chose à voir avec le ski. Ils sont gentils, mais pas skieurs», ajoute Marco Büchel.

Le CIO se raconte des histoires

Ralph Stöckli, chef de mission de Swiss Olympic, admet que «les cérémonies du soir manquent. Ce sont des moments magiques. Il faut y remédier». Athlètes, fans et responsables sont unanimes. Mais le CIO semble sourd. L’organisateur se contente de vanter les avantages de son concept: les athlètes peuvent «célébrer la remise des médailles sans devoir se déplacer entre les différents clusters». Aucune auto-critique?

Pourquoi Marco Odermatt et ses collègues ne peuvent-ils pas faire la fête sur place? Lors de petits événements, bien pensés. Il n’est pas nécessaire d’avoir des milliers de spectateurs pour créer l’ambiance. Les fêtes spontanées sont souvent les meilleures.

Au lieu de le reconnaître, le CIO préfère parler de «Jeux très réussis». Les 1,27 million de billets vendus seraient un signe d’enthousiasme. Les événements décentralisés ne sont pas fondamentalement mauvais. La Suisse les accueillera elle aussi en 2038. Mais le CIO devrait laisser une marge de manœuvre aux comités d’organisation locaux: liberté plutôt que réglementation. De petits championnats du monde sous un même toit olympique, pourquoi pas?

La bière est chère

En général, Ralph Stöckli se dit satisfait de l’organisation. Les athlètes ont annoncé de bonnes conditions et ont surtout besoin de trois choses: bons hébergements, bons repas, bonnes infrastructures.

Une bonne infrastructure? Certains ont râlé contre la piste de Tofana: bosses inutiles, sauts mal préparés, neige molle. Camille Rast a qualifié le slalom de «plat et court» après le combiné par équipe. Le chef d’équipe Beat Tschuor a parlé de conditions «dignes d’une course d’écoliers». Pourtant, à quelques mètres se trouve la Druscié, piste éprouvée lors des championnats du monde. Pourquoi ne pas l’utiliser? On soupçonne le CIO d’imposer ses choix.

Pour les spectateurs, les conditions sont rudimentaires: passages souterrains inondés, guirlandes lumineuses provisoires. Au moins, il y a de la bière… mais uniquement de la Corona, 3dl coûtent 7 euros, paiement uniquement par carte. Certaines têtes rougissent, certaines cartes de crédit se vident. À la télévision, rien de tout cela n’apparaît, donc peu importe.

PS: Les bénévoles restent admirables. Ils sacrifient leurs vacances, passent des heures sous la neige, ont froid, aident et sourient. Grazie mille!

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