Ce bénévole français vit les Jeux dans son van
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Star à Sotchi 2014:Ce bénévole français vit les Jeux dans son van

La star de Sotchi 2014
Ce bénévole français de 79 ans dort dans sa voiture depuis trois semaines

Un lit à l'hôtel? Trop cher pour Jacky Delaup, qui a donc aménagé son van, garé juste à côté du tremplin de saut à ski de Predazzo. Il s'agit de ses troisièmes Jeux olympiques en tant que bénévole pour ce Français de 79 ans.
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Jacky Delaup et son chien Sqizz dorment ensemble dans le van.
Photo: Sven Thomann
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Nicola Abt

Aux Jeux olympiques de Sotchi, en 2014, Jacky Delaup avait attiré tous les regards. Les télévisions françaises et russes avaient raconté l’histoire de cet homme qui avait parcouru 3000 kilomètres à vélo pour assister aux JO. «Je me sentais comme une star, tout le monde voulait quelque chose de moi. On m’a même offert un billet pour la cérémonie d’ouverture», se souvient-il.

Douze ans plus tard, le Français, originaire de Courchevel, a de nouveau imaginé quelque chose inédit. Cette fois pour pouvoir assister aux épreuves à moindre coût. Prendre un hôtel à Predazzo était trop cher pour lui. L'homme de 79 ans a donc parcouru plus de 600 kilomètres avec son van et l’a garé à quelques centaines de mètres du tremplin de saut à ski.

Alcool du pays comme cadeau

Depuis trois semaines, il y séjourne avec son chien Sqizz. «Nous sommes les meilleurs amis du monde. Je suis heureux qu’il me tienne compagnie ici», explique-t-il en regardant avec tendresse son petit compagnon, sauvé d'un refuge pour animaux. Pendant l’entretien, le chien aboie pendant plusieurs minutes contre un chat caché. «Typique de ce chien», dit son maître en souriant.

L’emplacement de Jacky Delaup se trouve dans une ferme. Le propriétaire lui permet d’utiliser l’électricité, ainsi que la douche et les toilettes. «Sinon, je n’aurais pas tenu trois semaines ici», confie-t-il en ouvrant la porte coulissante de son van.

Entre les vêtements, les ustensiles de cuisine et le lit, on aperçoit plusieurs bouteilles de vin rouge français. Jacky Delaup les a apportées de chez lui. «Je ne suis pas alcoolique», précise-t-il en riant. Il les offre aux autres bénévoles.

Son fils est un athlète olympique

Séjourner dans un pays étranger ne pose aucun problème à Jacky Delaup. Il a voyagé toute sa vie. En tant que cuisinier, il a travaillé en France, à Londres, au Canada et même en Suisse. «J’ai passé quelques mois à Genève. La ville était formidable. Il y avait beaucoup de gens extraordinaires. Mais la qualité de nos ingrédients ne me convenait pas.»

Outre sa passion pour la cuisine, son cœur bat pour le cyclisme et le saut à ski. Pourtant, il n’a jamais osé s’élancer du tremplin. «Je faisais demi-tour au plus tard une fois assis en haut de la barre d’élan.» À sa place, c’est son fils Steve qui sautait. Aux Jeux olympiques d’hiver d’Albertville, en 1992, il a terminé sixième sur le petit tremplin.

Jusqu’à la cinquième place de Valentin Foubert lors de ces JO de Milan-Cortina, il s’agissait du meilleur résultat olympique jamais obtenu par un sauteur à ski français. Comme les Delaup, Valentin Foubert est lui aussi originaire de Courchevel. «Je le connais depuis des années. J’avais les larmes aux yeux après son saut historique.»

L'organisation russe

Pouvoir vivre de tels moments au plus près de l'action est sa principale motivation pour se rendre sur place dès que possible. En 2018, il voulait aller à Pyeongchang, mais seuls les bénévoles locaux étaient autorisés à participer. Quatre ans plus tard, la pandémie de coronavirus l’a empêché de se rendre à Pékin.

Cette fois, c’est l’Italie. Ses troisièmes Jeux olympiques, après Courchevel en 1992 et Sotchi en 2014. En Russie, beaucoup de choses étaient différentes. «Poutine voulait que tout soit parfait», se souvient-il. L’organisation l’avait impressionné. À l’époque, il partageait une chambre avec trois autres bénévoles. «C’était super. Et en plus, nous étions nourris deux fois par jour.»

Branché sur les réseaux sociaux

À Predazzo, la situation est différente. Outre le manque d’hébergements, Jacky Delaup critique la restauration. «La nourriture est vraiment mauvaise», explique ce cuisinier de formation. Les bénévoles ne reçoivent qu’un seul repas par jour. C’est pourquoi il se rend régulièrement au supermarché.

Ses abonnés suivent ses aventures sur Facebook. Chaque jour, le Français y raconte les émotions, les petits imprévus et les rencontres au pied du tremplin. «J’ai déjà plus de 300 abonnés», dit-il fièrement.

Un grand objectif en 2030

Alors que d’autres commencent doucement à faire leurs valises, lui prépare déjà son prochain voyage. Dans quatre ans, les Jeux auront lieu chez lui. Le tremplin sera alors presque à sa porte. Jacky Delaup veut à nouveau s’y rendre à vélo. «D’ici là, j’aurai une assistance électrique. Pour mes 80 ans, je me ferai ce cadeau.»

Aujourd’hui encore, il parcourt 7 000 kilomètres par an sur deux roues. Car pour Jacky Delaup, une chose est sûre: lorsque les sauteurs à ski planeront dans les airs en 2030, il veut être en assez bonne forme pour pouvoir, une fois de plus, les encourager sur place.

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