Elle saute, s’accroche à une porte d’une main, tourne sur elle-même et s’effondre. Verdict: fracture à la jambe gauche. Le rêve olympique de Lindsey Vonn, 41 ans, s'est brisé dans un fracas douloureux. L’Américaine a déjà été opérée. Sa carrière est-elle terminée? Tout autre scénario surprendrait. Tout porte à croire que c’est la fin brutale d’une immense trajectoire.
Car Lindsey Vonn a tout gagné. Absolument tout. Des titres mondiaux, de l’or olympique, un gros globe de cristal au classement général et vingt petits globes, un record. Elle totalise 84 victoires en Coupe du monde, seules dépassées par sa compatriote Mikaela Shiffrin (108). Avec 45 succès en descente et 28 en super-G, elle restera à jamais la reine de la vitesse, blessures ou non.
Mais qui est réellement Lindsey Caroline Vonn, loin des pistes?
Aux États-Unis, elle a accompli quelque chose de presque impossible.
Née le 18 octobre 1984 à Saint Paul, dans le Minnesota, elle s’appelait encore Lindsey Kildow. À 22 ans, elle épouse Thomas Vonn, ancien skieur, dont elle gardera le nom après leur séparation. Et au fil de deux décennies, elle réussit là où peu de skieurs américains parviennent: devenir une véritable célébrité.
Pas seulement grâce à ses résultats. Le ski alpin reste un sport de niche aux États-Unis, loin derrière la NFL, la NBA, la MLB ou la NHL. Mais Lindsey Vonn a su dépasser le cadre de la neige. Par ses prises de position, souvent audacieuses, parfois dérangeantes, toujours sincères. Elle racontait ce qui touche. Et ça, l’Amérique écoute.
Partout dans les médias
En octobre 2012, elle provoque un premier séisme. À bientôt 28 ans, déjà au sommet de son art, elle demande à la Fédération internationale de ski l’autorisation de participer à une course masculine à Lake Louise, au Canada. «Je veux savoir si je suis assez bonne. Et où je peux encore progresser», explique-t-elle. Elle assure qu’il ne s’agit pas d’un coup médiatique. Peu la croient. La FIS refuse. Mais Lindsey Vonn est partout dans les médias.
Quelques mois plus tard, nouveau choc: elle annonce sur Facebook être en couple avec la superstar du golf, Tiger Woods. Cette fois, elle dépasse définitivement le cercle des amateurs de ski. «Notre relation est passée de l’amitié à quelque chose de plus. Et cela m’a rendue très heureuse», écrivait-elle. Trois ans plus tard, ils se séparent. Sans amertume: «Nous avons vécu des années merveilleuses ensemble. Je l’ai aimé, et je l’aime toujours.»
«Comme si on m'avait violée»
Quatre ans plus tard, un épisode bien plus sombre. Habituée aux séances photo spectaculaires, pour Sports Illustrated, notamment, Lindsey Vonn voit des photos privées de nus fuiter sur internet. Le choc est immense. «Je ne crois pas qu’il existe quelque chose de plus embarrassant. Pourquoi quelqu’un ferait-il ça?» Elle porte plainte, reçoit de nombreux soutiens… mais reste profondément marquée. «C’était comme si quelqu’un m’avait violée», dira-t-elle plus tard.
Parallèlement, elle s’engage. Avec la Lindsey Vonn Foundation, elle soutient des jeunes filles issues de milieux défavorisés. Et surtout, elle parle ouvertement de sa dépression. De sa santé mentale. Pour briser les tabous. «C’est normal d’avoir besoin d’aide. La force, ce n’est pas de tout supporter seul.»
«Je me sentais comme un zombie»
Elle évoque aussi la séparation de ses parents, une blessure intime. «Il y avait des jours où je n’arrivais même pas à sortir du lit. Je me sentais comme un zombie.» Le succès n’a pas tout réglé. «Les gens pensent que gagner rend heureux. Mais ce n’est pas toujours vrai.»
En 2019, lorsqu’elle annonce sa retraite, le constat est sans appel: «Mon corps est complètement cassé. Il me crie d’arrêter.» Opérations à répétition, prothèse partielle au genou, projets médiatiques, émissions télé etcollaborations avec Hollywood, notamment avec Dwayne «The Rock» Johnson.
Puis, contre toute attente, elle revient. Presque six ans plus tard. Et avec ce retour, les critiques. Les moqueries. Les insultes. Mais aussi l’admiration. Et les résultats. Un podium la saison passée. Deux victoires cette année. Leader de la Coupe du monde de descente.
La suite n’appartient qu’à elle. Une chose est certaine: même ses plus farouches détracteurs ne lui auraient jamais souhaité une fin aussi cruelle... si fin il y a.
Car Lindsey Vonn a toujours prouvé une chose: avec elle, il ne faut jamais dire jamais.