Un clip devenu viral sur les réseaux sociaux résume en quelques secondes la domination de Johannes Klæbo dans le monde du ski de fond. On y voit le Norvégien sprinter à une vitesse ahurissante jusqu'au sommet d’une montée, laissant ses adversaires sans la moindre chance. Certains le comparent à son compatriote Erling Haaland, superstar du football, d’autres à l’icône de l’athlétisme Usain Bolt.
À l’échelle du sport mondial, Johannes Klæbo évolue effectivement dans la même sphère que les plus grands. Dimanche, il a décroché sa quatrième médaille d’or de ces Jeux, avec le relais norvégien. Avec quatre titres, il est devenu le roi du Val di Fiemme. Et avec neuf sacres olympiques au total, il détient désormais seul le record des Jeux d’hiver. Plus fou encore: il pourrait améliorer cette marque dès mercredi lors du sprint par équipes, puis samedi sur le 50 km.
Cette domination intervient à peine un an après une démonstration tout aussi impressionnante aux Championnats du monde de ski nordique, où il avait écrasé la concurrence en remportant six (!) médailles d’or. Mais comment le phénomène de Trondheim a-t-il atteint un tel niveau?
La pêche aux poissons et aux médailles
En Norvège, Johannes Klæbo est vénéré comme une véritable divinité du ski de fond. Mais le public a dû s’habituer à un champion très différent de certains de ses prédécesseurs. Comparé à Petter Northug, l’ancien rival de Dario Cologna, Johannes Klæbo paraît presque austère. Les médias norvégiens l’ont même surnommé le «roi solitaire».
La raison: il subordonne absolument tout à la performance. Son mode de vie est rigoureux. Horaires stricts, très peu de sucreries, isolement total dès que possible. Chaque année, il passe environ un tiers de son temps avec son père Haakon. Sa fiancée, Pernille Døsvik, doit elle aussi s’effacer lorsqu’il se replonge dans sa bulle lors de sa préparation. Pendant la période du Covid, elle avait même dû choisir: s’isoler avec lui ou observer une quarantaine avant de le revoir.
Son grand-père Kåre, 82 ans aujourd’hui, occupe une place centrale dans sa vie. C’est lui qui lui a mis ses premiers skis de fond aux pieds à l’âge de deux ans. Il demeure son plus proche conseiller sportif. Lors de leurs parties de pêche, ils ont dessiné ensemble le plan de carrière du jeune Johannes. «Nous nous sommes demandé: comment devenir champion du monde le plus rapidement possible?», raconte Klæbo dans un reportage de l’Olympic Channel.
Sa mère, Elisabeth, confirme le lien exceptionnel qui unit les deux hommes. En 2020, alors qu’il luttait contre un cancer de la prostate, Kåre Høsflot a même reporté une chimiothérapie pour accompagner son petit-fils pendant la saison. Un geste que Johannes n’a jamais oublié. Dans le documentaire «Klæbo», diffusé l’an dernier en Norvège, il affirme que la véritable star, «ce n’est pas moi, c’est ma famille».
«Cours, Klaebo, cours!»
Réservé et discipliné ne signifie pas asocial. Après les Mondiaux de l’an dernier, Klæbo a décidé de sortir un peu sa bulle, notamment en s’entraînant avec Emil Iversen et en consacrant davantage de temps à sa compagne.
Côté humour, il s’est aussi prêté au jeu dans une vidéo devenue culte de la chaîne norvégienne NRK, intitulée «Cours, Klæbo, cours!», clin d’œil à Forrest Gump. Face caméra, il y déclare: «À partir de ce jour-là, j’ai pu courir plus vite que le vent.» Une phrase qui colle parfaitement au clip viral de son sprint, diffusé en boucle ces jours-ci.