En pull rouge marqué «Russie» en lettres capitales, Anton est catégorique: «On ne va pas rester pleurer à la maison parce que les Russes ont un drapeau neutre». Dans un pub moscovite, la diffusion de la cérémonie d'ouverture des JO fait oublier, un temps, «la politique».
Aux JO de Pékin en 2022, plus de 200 athlètes du Comité olympique russe raflaient une trentaine de médailles. Quatre jours après leur clôture, le 24 février, Moscou lançait une offensive à grande échelle en Ukraine, entraînant pour les sportifs leur bannissement de la plupart des compétitions internationales.
13 athlètes sous bannière neutre
Aux Jeux de Milan Cortina, 13 athlètes russes participent sous bannière neutre, après une décision en 2023 du Comité international olympique (CIO) d'ouvrir la porte aux sportifs ne représentant en aucun cas leur État ou toute autre organisation de leur pays. Leur drapeau: celui des «AIN» pour «athlètes individuels neutres».
Mais pour Anton, 39 ans, c'est un détail. «On sait que les gars de Russie sont des sportifs de Russie exactement comme les sportifs d'Italie, de France, de Thaïlande... Du monde entier. On n'est pas des politiciens, on est des sportifs, dit cet homme propriétaire d'une société de production audiovisuelle. La situation mondiale est en ce moment un peu dure et étrange. On essaie d'oublier ça.»
De difficiles pourparlers entre Moscou et Kiev, sous médiation américaine, sont en cours pour tenter de mettre fin au conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Deuxième guerre mondiale. Mais pour les clients de ce pub du centre de Moscou, où une demi-douzaine d'écrans diffusent la cérémonie d'ouverture des JO via le «Netflix russe» le plaisir de partager l'événement planétaire se mêle à l'impression d'un retour à une certaine normalité.
«Une tradition bien ancrée»
«C'est une tradition bien ancrée de regarder les JO en famille, d'en discuter (...) C'est la poursuite des traditions familiales. Je suis contente que cela se passe de nouveau», dit Aliona, designer de 41 ans, accoudée au comptoir.
Les JO de Paris à l'été 2024 n'avaient pas été retransmis en Russie. Depuis, l'ambiance a changé. Donnant le ton politique, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a indiqué vendredi qu'il regarderait les cérémonies d'ouverture et de fermeture et suivrait les compétitions auxquelles participent les sportifs russes: «Là où les nôtres participent, je regarderai forcément. Je regarderai l'ouverture, je regarderai la clôture».
Jeux olympiques suivis en Russie
Selon un sondage réalisé pour l'agence russe «Ria Novosti» et publié vendredi, 24% des personnes interrogées ont l'intention de suivre les performances des athlètes russes à Milan-Cortina, et notamment la nouvelle étoile du patinage national, Adeliia Petrosian, 18 ans.
Le Comité international olympique a par ailleurs récemment recommandé aux fédérations sportives d'autoriser les équipes russes à participer aux épreuves juniors - non professionnelles. Et en football, le président de la FIFA, Gianni Infantino, a plaidé récemment, pour la première fois, pour la levée de la suspension de la Russie et de ses clubs dans les compétitions internationales, estimant qu'elle a engendré «davantage de frustration et de haine».
«Tout a une fin, tôt ou tard, et je pense que dans un an, ou deux ou trois, on sera de retour et on sera en tête», assure Anna, 27 ans. Andreï, coach cycliste de 28 ans, espère lui voir aux JO d'été de 2028 «nos gars avec notre drapeau, notre hymne et notre tenue». Mais «le sport reste malgré tout en dehors de la politique. Le sport, c'est aussi un art vers lequel il faut tendre».