Ce vendredi matin, il y avait un étonnant va-et-vient dans les travées de Bormio. En dehors des jours de course de ski alpin, les rues principales de la station italienne sont normalement très calmes lors de ces Jeux olympiques. Quelques bénévoles, tout au plus, et une poignée de badauds
Mais en ce vendredi 13, c'était l'effervescence. Dès les premières heures du matin, les locaux s'activaient, faisant venir de la neige pour recouvrir les artères du village. Les camions se succédaient et les Bormini, pelle en main, applatissaient tout cela. Car le soir, c'était Palio delle Contrade, 60e édition.
En résumé, Bormio est divisé en cinq quartiers. Chacun possède un étendard d'une couleur différente et un logo, qui pourrait clairement avoir sa place dans la série «Game of Thrones». Durant cette nuit de fête, chaque quartier envoie des représentants se «battre». Pas de duel à l'épée, mais une course d'une poignée de kilomètres en… ski de fond. «Les gens sont très compétiteurs, promet Eleonora, serveuse dans un café de la Piazza del Kuerc, la principale de Bormio. Je vais clairement aller encourager mais je ne peux pas participer, parce qu'il faut habiter depuis 10 ans à Bormio.»
«On est tous ensemble»
Ou y être né, comme c'est le cas des premiers participants. Dès 16h, les enfants de moins de 18 ans se sont élancés à travers les rues de la station, sous les encouragements de leurs parents. C'est seulement trois heures plus tard que les adultes, chacun leur tour, en ont fait de même. Les premiers étaient les plus âgés et pour eux, le temps n'avait l'air de pas vraiment importer. Chaussures et skis d'époque aux pieds, certains se sont même élancés avec du ravitaillement sur le dos. Pas sûr qu'il s'agissait d'eau, par contre.
Dans les rues, chaque passage est applaudi comme à un contre-la-montre du Tour de France. Les sourires sont sur tous les visages et, même si l'on habite dans le quartier de Dossorovina, on applaudit le coureur de Maggiore. Fair-play, oui, mais jusqu'à un certain point. «Ah non, mais c'est clairement la guerre, se marre Chiara, représentante des bleus de Buglio. Par contre, après, on va tous aller dans une école pour partager un repas et un verre.» Sérieux, mais pas trop, comme l'explique la jeune femme de 27 ans, qui participe à cet événement depuis qu'elle en a 6: «On est tous ensemble et c'est spécial pour nous. On fait le plein d'émotions.»
Même si elle fait partie des bénévoles lors des JO, elle l'admet sans détour: «Oui, c'est plus important que les Jeux olympiques pour nous.» Au vu de l'affluence dans les rues, on ne peut que la croire. Déception chez les locaux: la Stelvio étant utilisée par le ski alpin, ils ne peuvent pas faire l'autre partie de leur compétition, qui est une épreuve de géant.
Combo, la cible à abattre
Le point de vue de Chiara est partagé par Paolo, représentant de Dossiglio: «C'est clairement plus grand que les Jeux!» Ski de fond à la main, il a d'abord fait un petit tour de chauffe. «C'est génial car c'est rassembleur et, en même temps, c'est marrant de faire tout cela dans le cadre de notre tradition.»
Ce vendredi, la cible à abattre était le quartier de Combo (les blancs). «Ils gagnent depuis trop d'années», se marre Chiara. L'accès aux résultats étant un peu moins pratiques que pour les épreuves olympiques, la décision n'était pas encore tombée vendredi en fin de soirée. Il faudra donc attendre la journée de samedi pour savoir qui de Maggiore, Buglio, Dossorovina, Combo ou Dossiglio sera le roi du week-end. Et tant pis pour Marco Odermatt, Lucas Braathen ou Loïc Meillard.