Depuis Pékin, beaucoup de choses ont changées pour Pat Burgener. Mais la plus importante? Le Vaudois est devenu brésilien. Comme Lucas Pineihro Braathen, le snowboardeur a décidé d'embrasser la nationalité de sa maman sur la scène internationale. Un choix qui lui a ouvert les portes de la maison brésilienne à Milan, où nous l'avons rencontré samedi soir après un concert sur scène.
Pat, on est ici à la Casa do Brasil et tu viens de descendre de scène. Qu’est-ce que représente ce moment pour toi?
Franchement, c’est très émotionnel. Beaucoup pensent que mon changement vers le Brésil a été simple, mais ça a été très dur, notamment vis-à-vis de la Suisse. Je me suis souvent demandé si je faisais le bon choix. J’ai dû apprendre une nouvelle langue, partir loin, accepter de perdre des sponsors… Il y avait énormément de contraintes. Mais vivre ce moment à la Casa do Brasil m’a fait comprendre pourquoi je l’ai fait. L’énergie ici est incroyable, on se sent comme dans une famille. C’est exactement la culture avec laquelle j’ai grandi grâce à ma mère brésilienne, une maison toujours ouverte. Pouvoir enfin me connecter pleinement à cet état d’esprit, ça veut dire énormément pour moi.
Après le halfpipe à Livigno, tu es venu à Milan. Ce n’était pas prévu au départ?
Si, on avait planifié deux jours avec des concerts, d’abord à la Maison Suisse à Cortina, puis à la Casa do Brasil. Mais au final j’ai enchaîné six concerts. C’est aussi très brésilien comme manière de vivre: on me disait «reste encore demain», puis «il y a Lucas (ndlr Braathen) qui arrive», puis «il y a la dernière soirée»… et je suis resté six jours.
Quel bilan tu tires de ces Jeux olympiques? Sportivement c’était compliqué, mais humainement très fort.
Humainement, c’est clairement une des plus belles expériences de ma vie. Sportivement, c’est frustrant, parce que cette saison je fais toutes les finales, une troisième place, une quatrième, une sixième en Coupe du monde… j’étais vraiment dans le top 6 mondial. Ne pas réussir à plaquer un run aux Jeux m’a fait mal, surtout avec tout le soutien du Brésil. Mais une semaine avant j’étais à l’hôpital avec une grosse contusion et une commotion cérébrale. Prendre le départ était déjà risqué, donc le simple fait de participer reste une réussite.
Justement, le soutien du Brésil, tu l’as ressenti comment?
C’était énorme. Le Brésil n’avait quasiment jamais participé aux Jeux d’hiver avec des athlètes capables de performer, donc ce n’était presque pas diffusé là-bas. Avec Lucas, Nicole (ndlr Silveira, 11e en skeleton) et moi, les grandes chaînes comme KZTV ou GloboTV ont décidé de suivre les Jeux. Du coup, tout un pays a pu vivre les Jeux d’hiver grâce à nous. Ça donne une dimension incroyable à ce qu’on fait.
La prochaine étape, c’est Los Angeles?
Oui, je peux déjà garantir que je serai à Los Angeles. Il y aura la Maison Suisse et aussi la Casa Brasil. Ils m’ont demandé de venir comme créateur de contenu. On s’est tellement bien entendus, on partage la même vision des réseaux sociaux. Je pense passer une ou deux semaines là-bas.
Et sportivement, la suite immédiate?
Je pars dans deux jours à Aspen pour le Snow League. Je continue la saison, je me sens en super forme maintenant que la commotion est derrière moi. Pour la suite, je pense réduire un peu le nombre de compétitions, produire plus de contenu et développer la musique, tout en gardant un niveau suffisant pour viser les Jeux en France, en 2030.