Pour son premier match à Milan, l'équipe de Suisse affronte son homologue française. Aujourd'hui, les Helvètes sont solidement ancrés dans le Top 6 mondial et les Français ont dégringolé dans le Groupe B. Mais l'écart entre les deux nations n'a pas toujours été autant important.
Et c'est justement sur la scène olympique qu'une des plus mémorables confrontations a eu lieu. C'était en 2002 à Salt Lake City et les hommes de Ralph Krüeger n'avaient pu faire mieux qu'un 3-3 qui a plombé leur tournoi américain. Après ce match nul initial, les Suisses avaient vécu une compétition chaotique marquée par l'exclusion de deux joueurs pour une soirée trop avinée.
Ce jeudi, quatre acteurs, à des degrés divers, sont engagés lors du remake milanais de la rencontre qui s'est déroulée dans l'Utah voici 24 ans.
«Quelques mois après le 11 septembre»
Aujourd'hui, Yorick Treille est sélectionneur de l'équipe de France, tandis que Cristobal Huet est son assistant, tandis que Laurent Meunier commentera pour France Télévisions. Pour la Suisse, Patrick Fischer est encore l'entraîneur en chef. Les quatre hommes étaient sur la glace de Salt Lake City lors de ce 3-3 de triste mémoire d'un côté et extraordinaire de l'autre.
«De ces JO, je me souviens surtout que c'était quelques mois après le 11 septembre, remarque l'entraîneur de la Nati. J'ai davantage profité de l'ambiance à Turin, je dois dire. Mais c'est également ce que j'ai dit aux gars: il faut profiter de cette chance d'être ici, car on ne sait pas si cela se reproduira une fois ou non.»
Dans les rangs français, les souvenirs sont davantage axés sur la glace. Cristobal Huet, coach des gardiens du LHC et assistant de la France, a longtemps permis aux Bleus de croire en un exploit face aux Suisses. Ils menaient encore 3-2 à quelques minutes de la fin de la partie. «Et puis il y a eu ce tir de Mark Streit, se souvient-il. Cela fait partie de ces tirs, en tant que gardien, que tu détestes. Il était flottant. Je le vois encore arriver...» Le technicien avoue n'avoir pas revu les images depuis un bon moment. «Mais je sais qu'il y avait mieux à faire (rires).»
«Depuis, la Suisse est dans une autre dimension»
Actuel sélectionneur de l'équipe de France, Yorick Treille a, lui aussi, ce but de Mark Streit gravé dans sa mémoire. «Un engagement perdu qui mène directement à ce but sur le tard», précise-t-il. Ce qu'il retient surtout? L'évolution des Suisses en 20 ans. «Aujourd'hui, c'est une équipe qui est dans une autre dimension, précise-t-il. Elle joue dans la cour des grands.» La France, elle, a été reléguée dans le Groupe B. «Cela montre à quel point la Suisse a bien travaillé, appuie Cristobal Huet. Nous? C'est plus compliqué.»
Il suffit de voir à quel point cet affrontement, sur le papier, ne devrait plus être un match piège pour la Suisse. Sur le papier, on précise. «Regarde simplement le nombre de joueurs de NHL d'un côté comme de l'autre, rigole Laurent Meunier. Ca en dit suffisamment long sur les forces en présence.» L'ancien attaquant commente aujourd'hui le match pour France TV. «Si tout se passe bien, on pourra même être sur la télé et pas seulement sur le web, poursuit-il. C'est une bonne publicité pour le hockey en France.»
«Il faut jouer»
Ce d'autant plus qu'avec le Mondial 2028 et les JO 2030, ce sport va au-devant d'une étape cruciale pour espérer se développer et sortir du relatif anonymat dans lequel il se trouve. «Après 2002, quand les cadres sont partis, il y a eu un creux. En France, on reste dépendants de la sortie de quelques joueurs, là où la Suisse peut quasiment aligner plusieurs équipes cohérentes.»
Si les Huet, Treille et Fischer ne vont évidemment pas se risquer au petit jeu des pronostics, Laurent Meunier peut davantage se projeter. «C'est un match, précise-t-il. On a bien vu par le passé que sur une rencontre, tout était possible. Les Suisses ont de nombreux joueurs de NHL, mais pas uniquement. Certains devront s'adapter aux dimensions de la glace.»
Et l'ancien joueur de Genève, Lausanne ou Fribourg Gottéron précise un autre point: «La différence la plus notable sera pour les gardiens. Si Genoni ou Berra joue, cela peut aussi avoir une influence. Bref, la Suisse est favorite, mais il faudra jouer le match quand même.» Qui sait, les fantômes de 2002 présents dans la patinoire pourront aussi donner un petit coup de pouce aux Bleus.