Ce mercredi soir, c'est en qualité de meilleur pointeur du Lausanne HC que Théo Rochette va entrer sur la glace face au HC Lugano. Mais pas que. L'attaquant est tout simplement le meilleur compteur de National League. S'il possède le même nombre de points que Matej Stransky et qu'Austin Czarnik, il a plus de buts que le second nommé et a plus de premiers assists que le Tchèque de Davos.
Bref, Théo Rochette fait une saison étourdissante au sein d'une des meilleures attaques de National League. Avec 38 unités à son compteur, il est de loin le meilleur joueur helvétique de National League. Luca Fazzini (33 points) est le deuxième sur la liste. D'ailleurs, les deux hommes qui s'affrontent ce mercredi regarderont les Jeux à la télé. L'absence de Fazzini est logique. Celle de Théo Rochette est autrement plus discutable. Mais elle peut se défendre. Voici pourquoi.
À 23 ans, Théo Rochette a déjà une solide expérience en club. Vainqueur de la Coupe Mémoriale - la plus haute distinction junior au Canada - et double finaliste de National League avec le Lausanne HC, l'attaquant n'a pas grande concurrence dans ce domaine parmi les joueurs de son âge. Par contre, à l'échelle internationale, il ne peut pas en dire autant. En tout et pour tout, il a participé à neuf matches avec l'équipe de Suisse en trois ans.
Durant sa carrière, Théo Rochette n'a pris part à aucun championnat du monde juniors que ce soit en M18 ou en M20. Mine de rien, l'expérience de ces manifestations peut jouer un rôle au moment d'établir une liste. Surtout lorsque la concurrence est extrême comme c'est le cas pour ces Jeux olympiques avec la présence des joueurs de NHL.
Par ailleurs, son tournoi à Zurich en décembre dernier ne lui a pas fait marquer des points. S'il avait été exceptionnel face aux Suédois, Finlandais et Tchèques à Zurich, le No 90 du Lausanne HC aurait probablement donné des maux de crâne à Patrick Fischer. Cela n'a hélas pas été le cas.
Avec le Lausanne HC, Théo Rochette a une place claire. Il est le meilleur attaquant suisse et évolue sur le premier power-play ainsi qu'en infériorité numérique. Il peut à la fois jouer au centre et à l'aile. Bref, il fait tout et sacrément bien. Le rêve pour un entraîneur, non? Geoff Ward, coach du LHC, doit rayonner de pouvoir compter sur lui jour après jour et match après match. Mais en équipe de Suisse, Théo Rochette passerait derrière Nico Hischier pour ce rôle de couteau suisse offensif et défensif. Denis Malgin a plus d'expérience dans les grands rendez-vous et plus de 200 matches de NHL, tout comme Sven Andrighetto. Sur les ailes, il ne peut pas prétendre jouer devant Timo Meier, Kevin Fiala ou Nino Niederreiter.
Bref, si Patrick Fischer veut embarquer Théo Rochette avec lui à Milan, il faut lui trouver une place. Et les lignes No 3 et 4 semblent dévolus à des joueurs de NHL (Philipp Kurashev et Pius Suter), ainsi que des joueurs expérimentés à ce niveau tels Damien Riat, Calvin Thürkauf, Sandro Schmid et Christoph Bertschy.
Ne reste dès lors que deux places à disposition. Simon Knak apporte un vrai élément physique dans son jeu que Théo Rochette n'a pas. Si le joueur du LHC est évidemment beaucoup plus impactant offensivement, Patrick Fischer voulait manifestement un autre profil en sélectionnant le Davosien.
Et Ken Jäger? Comment justifier la présence d'un attaquant auteur de 4 points en équipe de Suisse alors que son coéquipier en a près de 10 fois (!) plus? Ken Jäger a remporté la médaille d'argent lors des deux dernières années. Il connaît parfaitement le système de Patrick Fischer et ce dernier sait utiliser le Grison à bon escient.
En s'appuyant sur ses hommes forts des dernières années, le sélectionneur zougois fait également un choix. Celui de partir au combat avec les hommes en qui il a confiance. Et comme il n'a jamais vu Théo Rochette dans pareille situation, il n'a pas encore eu le temps d'avoir confiance en lui.
Si la scène était moins grande que des Jeux olympiques avec une telle concurrence, il y a fort à parier que Théo Rochette aurait été de la partie. Et il sera très probablement présent en mai lors du Mondial en Suisse. L'occasion d'opérer une transition en douceur entre la génération des doubles médaillés et la prochaine censée prendre le flambeau.
C'est en tout cas le choix fait par Patrick Fischer, qui va se passer volontairement du meilleur compteur de National League.